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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2406090

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2406090

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2406090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantCAYLUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2024, M. C B demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a maintenu en rétention ;

3°) d'enjoindre au préfet de Pyrénées-Orientales d'enregistrer sa demande de réexamen de protection internationale et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile prévue à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, conformément aux dispositions de l'article L. 754-4, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de l'acte est incompétent ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ; le fait qu'il ait introduit sa demande d'asile ne peut suffire à qualifier sa demande de dilatoire ; le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de son parcours, sa situation, et les craintes en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la décision le prive du droit à un recours suspensif et effectif ;

- une erreur entache la décision sur le risque de soustraction au retour ;

- la rétention n'était pas nécessaire, il présente des garanties de représentation.

Par un mémoire enregistré le 30 octobre 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il expose que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Crampe dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crampe, magistrate désignée ;

- les observations de Me Caylus, représentant M. B, lequel était assisté de Mme A, interprète. M. B soutient en outre que l'obligation de quitter le territoire français le prive de la possibilité de suivre un traitement médical trop coûteux pour qu'il puisse y accéder dans son pays, et qu'il n'a pas reçu notification de l'obligation de quitter le territoire français.

Considérant ce qui suit :

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian né le 22 août 1984 a fait l'objet, le 24 janvier 2024, d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, notifié le 13 février 2024. Il a été remis au service de la police aux frontières par les autorités espagnoles en vue de sa réadmission, le 16 octobre 2024 et placé le 17 octobre 2024 en centre de rétention administrative. Postérieurement à ce placement en rétention, il a déposé une demande d'asile, le 24 octobre 2024. Par un arrêté du 24 octobre 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé son maintien en rétention administrative le temps de l'examen de sa demande d'asile, laquelle a été rejetée par l'OFPRA le 28 octobre 2024. M. B demande l'annulation de la décision du 24 octobre 2024 décidant de son maintien en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par M. E D. Par un arrêté du 23 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. E D, directeur de la citoyenneté et de la migration, aux fins de signer notamment les actes relatifs à l'asile, à l'éloignement et à la rétention. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du magistrat du siège du tribunal judiciaire exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. La circonstance qu'un étranger présente une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative ne saurait, à elle seule et sans une appréciation au cas par cas, permettre de présumer que cette demande n'a été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement.

4. L'article L. 754-4 du même code dispose que : " L'étranger peut, selon la procédure prévue à l'article L. 921-2, demander l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur. () ".

5. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a examiné la question des risques encourus par M. B pour évaluer les raisons pour lesquelles le requérant avait formé cette demande d'asile en rétention. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de droit en raison d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant au regard des risques encourus dans son pays d'origine doit être écarté.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B avait déjà formé une demande d'asile en 2020 rejetée, en dernier lieu, par la cour nationale du droit d'asile le 25 août 2022. Ayant fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 24 janvier 2024, il n'a pas exécuté cette dernière. Il n'a pas depuis lors fait état de risque encourus dans son pays d'origine, et a simplement évoqué ces derniers au dépôt de sa demande d'asile en rétention. M. B n'apporte pas d'éléments permettant d'accréditer la réalité et l'actualité de ces risques allégués. C'est ainsi sans erreur d'appréciation que le préfet a regardé M. B, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce et de son parcours, tel qu'exposés dans la motivation de l'arrêté et au point qui précède, comme n'ayant effectué cette demande que dans le but de ne pas exécuter la mesure d'éloignement prise en son encontre, notifiée en février 2020 et qu'il n'a pas exécutée.

7. En troisième lieu, s'il est vrai les dispositions précitées ne prévoient pas que l'examen de la demande d'asile formée en rétention soit suspensif dans l'hypothèse d'un rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de cette demande, et si cet examen est effectuée en procédure accélérée en vertu des dispositions du 4° du II de l'article L.723-2 du même code, le réexamen d'une demande d'asile selon le mode prioritaire ne prive pas l'étranger en rétention d'un examen circonstancié dès lors qu'une première demande présentée le 17 novembre 2020 devant cet Office avait fait l'objet d'un examen complet dans le cadre d'une procédure d'asile normale. Il n'est en outre pas privé du droit à un recours effectif par l'effet de la décision en litige, qui est sans effet sur son droit à recours contre la mesure d'éloignement dont il a par ailleurs fait l'objet et pour l'exécution de laquelle il a été placé en rétention, ou encore, en application de l'article L. 731-2, contre la décision de l'office rendue le 28 octobre 2024, devant la Cour nationale du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, si M. B conteste la nécessité de le placer en rétention, notamment au motif qu'il présenterait des garanties de représentation, en vertu des dispositions précitées, ce contrôle appartient au juge des libertés et de la détention. Il n'appartient dès lors pas au tribunal de se prononcer sur l'appréciation portée par le préfet sur le risque que le requérant se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement et sur la nécessité de son placement en rétention.

9. En dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir ni des conséquences de la mesure d'obligation de quitter le territoire français sur l'accès aux soins dans son pays d'origine, ni de la circonstance que celle-ci ne lui aurait pas été notifiée, circonstances qui sont sans incidences sur la légalité de la décision prononçant son maintien en rétention, dont le tribunal est saisi dans la présente instance.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. B ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celle présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Caylus.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La magistrate désignée,

S. Crampe

La greffière

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 31 octobre 2024.

La greffière,

C. Touzet

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