jeudi 21 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2406303 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2024, la société Totem France et la société Orange, représentées par Me Gentilhomme, demandent au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 19 juillet 2024 par laquelle le maire de la commune de Bages a retiré la décision tacite de non opposition à travaux née du silence gardé sur la demande présentée pour la construction d'une antenne de radiotéléphonie mobile sur un terrain cadastré section M n° 120, situé lieu-dit Figuère d'en Pala, à Bages ;
2°) d'enjoindre au maire de Bages de délivrer à la société Totem France un certificat de non opposition à la déclaration préalable, dans le délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 5 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
En ce qui concerne l'urgence :
- elles bénéficient d'une présomption d'urgence compte-tenu de l'intérêt qui s'attache à couvrir l'ensemble du territoire national d'un réseau de téléphonie mobile ;
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation, compte-tenu de l'absence de répercussions du pylone de téléphonie mobile sur les paysages naturels avoisinants, lesquels ne présentent au surplus aucun caractère remarquable ;
La requête a été communiquée à la commune de Bages, qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- la requête enregistrée le 17 septembre 2024, transmise par le tribunal administratif de Pau et enregistrée sous le numéro 2406302, tendant à obtenir l'annulation de la décision du 19 juillet 2024 du maire de Bages
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Sanson, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sanson ;
- et les observations de Me Gentilhomme, pour les sociétés Totem France et Orange, qui persistent dans leurs conclusions et par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
1. La société Totem France a déposé le 17 avril 2024 une déclaration préalable de travaux pour l'édification d'un pylone de téléphonie mobile sur un terrain cadastré section M n° 120, situé lieu-dit Figuère d'en Pala, à Bages. Par décision du 19 juillet 2024, dont la société Totem France et la société Orange demandent la suspension, le maire de la commune a retiré la décision tacite de non opposition à travaux née du silence gardé sur cette déclaration pendant un mois.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile et à la circonstance que le secteur d'implantation du projet n'est que très partiellement couvert par le réseau de téléphonie mobile géré par la société Orange en sa qualité d'opérateur, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet en cause porterait atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, eu égard à son lieu d'implantation et à ses caractéristiques propres. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable ne méconnaissait pas l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
5. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier soumis au Conseil d'Etat, l'autre moyen invoqué par les sociétés requérantes n'est pas susceptible d'entraîner la suspension de la décision attaquée.
6. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 19 juillet 2024 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.
7. La suspension de l'exécution de la décision ayant pour effet de rétablir la décision tacite de non-opposition, elle n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions des requérantes aux fins d'injonction et d'astreinte doivent dès lors être rejetées.
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de la commune de Bages au titre des frais exposés par les sociétés Totem France et Orange sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du maire de la commune de Bages du 19 juillet 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Article 2 : La commune de Bages versera la somme de 1 500 euros aux sociétés Totem France et orange en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Totem France, à la société Orange et à la commune de Bages.
Fait à Montpellier, le 21 novembre 2024.
Le juge des référés,
P. SansonLa greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 21 novembre 2024
La greffière,
C. Arce
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