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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2406375

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2406375

vendredi 10 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2406375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoire enregistrés les 8 novembre et 13 décembre 2024, M. C A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à payer à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

*S'agissant des décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français :

- le signataire était incompétent ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*S'agissant de l'interdiction de retour :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Barbaroux, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 16 novembre 2003, déclare être entré sur le territoire français le 26 octobre 2016 où il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance à compter du 21 mars 2019. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français en fixant le délai de départ et le pays de renvoi, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet de l'Hérault par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, accessible au juge et aux parties, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En vertu de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : L 'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Si M. A, se prévaut de sa scolarité en France à compter de 2018 et de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle " monteur installation sanitaire " au lycée des métiers Léonard de Vinci à Montpellier en 2023, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans charge de famille, et ne justifie pas être dépourvu de lien avec son pays d'origine, nonobstant la circonstance qu'une de ses sœurs réside sur le territoire sous couvert d'un titre de séjour vie privée et familiale valable jusqu'en mai 2025. De plus, il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 15 novembre 2022, confirmée par le tribunal administratif de Montpellier, qu'il n'a pas exécutée. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris les décisions attaquées et n'a, dès lors, pas méconnu les articles cités au point précédent. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

5. En premier lieu, il ressort de ce qui vient d'être exposé que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire à l'encontre de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

7. Eu égard aux motifs énoncés au point 4, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault ait fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, cette durée n'est pas disproportionnée, et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2024 doivent être rejetées. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent aussi être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vincent Rabaté, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Marion Bossi, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2025.

Le rapporteur,

V. B

L'assesseur le plus ancien,

I. Pastor

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 10 janvier 2025

La greffière,

B. Flaesch

sa

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