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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2406450

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2406450

jeudi 23 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2406450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSOW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 novembre 2024 et le 9 décembre 2024, M. E C, représenté par Me Sow, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " parent d'enfant français " sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît l'article 3 et l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 20 juin 1982 et de nationalité marocaine, déclare être entré sur le territoire français le 1er janvier 2012. Il a en dernier lieu sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 29 avril 2024 en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 14 octobre 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A D, sous-préfet, secrétaire général des Pyrénées-Orientales, qui bénéfice d'une délégation en vertu d'un arrêté du 29 avril 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes, arrêtés, décisions, et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales. Cette délégation inclut expressément tous les actes issus de la législation du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 24 mai 2024 doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chaque décision prononcée, et précise la situation administrative et le parcours du requérant. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. Il est constant que M. C, marié à une ressortissante française le 2 novembre 2014, est père d'un enfant français né le 18 janvier 2016. Il ressort des pièces du dossier que le couple s'est séparé au courant de l'année 2017 et qu'une procédure de divorce a été engagée par M. C le 24 mars 2023. Dans ce cadre, une ordonnance de mesures provisoires du 23 octobre 2023 a accordé à M. C un droit de visite à raison de deux heures deux samedi par mois en point rencontre avec interdiction de sortie, en raison d'un contexte de violences sur conjoint, l'intéressé ayant été condamné le 12 décembre 2022 par le tribunal correctionnel de Perpignan à six mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans. Il résulte de cette ordonnance que l'enfant de M. C vit chez la mère de l'enfant depuis la séparation en 2017 si bien qu'il revient à M. C de justifier, dans le cadre de sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, contribuer à l'éducation et à l'entretien de l'enfant depuis cette séparation. Or, le requérant ne justifie le versement de sommes d'argent à la mère de l'enfant qu'en janvier et février 2021, puis en juillet et août 2021 et en novembre et décembre 2021, et n'établit pas avoir maintenu un lien avec son enfant entre 2017 et 2023. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que si M. C a participé aux quatre premières visites médiatisées pour les mois de juillet, août, septembre et octobre 2023, les visites de novembre 2023 à février 2024 inclus n'ont en revanche pas eu lieu. Par ailleurs, M. C s'est ensuite présenté à la visite de mars 2024 et aux deux visites d'avril 2024, mais a ensuite manqué une visite sur deux pour les mois de mai et juin 2024. Il en résulte que M. C n'était présent qu'à environ une visite sur deux entre juillet 2023 et juin 2024. Enfin, M. C ne justifie pas verser la pension alimentaire de 90 euros par mois fixé par le tribunal judiciaire. Dans ces conditions particulières, et même si M. C s'est présenté aux différentes visites à compter du 20 juillet 2024 et jusqu'en octobre 2024 mais que la mère de l'enfant n'a alors plus présenté leur enfant, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait contribué à l'entretien ou à l'éducation de sa fille depuis la naissance ou depuis au moins deux ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Ainsi qu'il a été dit au point 5, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait contribué à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par ailleurs, si M. C a bénéficié de titres de séjour au titre de sa vie privée et familiale de 2015 à 2023, il ressort toutefois des pièces du dossier que le couple était déjà séparé depuis l'année 2017 et l'intéressé ne justifie pas d'une intégration particulière, notamment professionnelle dès lors que l'intéressé n'a travaillé que lors des seuls mois d'août 2021 à février 2022, puis de mai à août 2023 et de mars à septembre 2024. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 5, M. C a été condamné pour violences conjugales et l'intéressé ne soutient pas ni même n'allègue qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. L'intéressé n'invoque par ailleurs aucun risque encouru en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 et de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 432-13, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13 ci-dessus renvoient.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5, M. C ne justifie pas remplir les conditions d'octroi d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet des Pyrénées-Orientales n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. E C, et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2025.

Le rapporteur,

N. B

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 23 janvier 2025.

La greffière,

A. Junon

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