mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2406509 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BADJI-OUALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Badji Ouali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 31 mai 2024 portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour pendant une durée de trois mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, sinon de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées et révèlent un défaut d'examen réel et sérieux ;
- elles méconnaissent l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée, est illégale tenant à l'illégalité des décisions portant refus de séjour ou obligation de quitter le territoire français et méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête :
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son premier protocole additionnel,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gayrard, rapporteur,
- et les observations de Me Badji Ouali, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 29 décembre 1968, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 31 mai 2024 portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour pendant une durée de trois mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté querellé vise les textes applicables et fait également état d'éléments de fait propres à la situation du requérant. Contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet, qui indique dans son arrêté que la mère et trois frères et sœur de la requérante résident en Algérie, n'était pas tenu de préciser la nature et l'intensité des relations avec ses membres de sa famille. Il n'était pas davantage tenu d'exposer les motifs ayant conduit la requérante à quitter son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B a présenté une demande de certificat de résidence au titre de sa vie privée et familiale et non le renouvellement de son certificat de résidence délivré en qualité de conjoint de français, alors qu'il n'est pas contesté qu'elle est en instance de divorce depuis le 10 juillet 2023, ou pour raisons de santé dès lors que, par courriel 22 mai 2024, son conseil a précisé que la demande de titre de séjour était fondée sur la vie privée et familiale de l'intéressée et que l'intéressée n'a pas, en conséquence, retiré et rempli le formulaire médical nécessaire à l'instruction d'une demande fondée sur l'état de santé. Il s'ensuit que Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet se serait mépris sur le fondement de sa demande et n'aurait ainsi pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".
5. Mme B fait valoir qu'elle est entrée en France le 18 mars 2018 avec ses deux enfants, alors mineurs, qu'elle s'est mariée le 14 août 2020 avec un ressortissant français et qu'elle a obtenu la délivrance d'un certificat de résidence au titre de son état de santé, valable du 6 février 2019 au 5 février 2020 puis un second titre de séjour en qualité de " conjoint de français ", valable du 1er octobre 2021 au 30 septembre 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a fait l'objet d'une mesure d'éloignement selon arrêté du préfet du Gard du 23 juin 2020 à laquelle elle n'a pas déféré, qu'elle est en instance de divorce d'avec son conjoint français depuis le 10 juillet 2023, que si elle invoque des violences conjugales, elle n'apporte aucun commencement de preuve sur ce point, que ses enfants sont devenus majeurs et qu'elle n'est pas dénuée d'attaches familiales en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de cinquante ans. Enfin, la circonstance qu'elle ait suivi des formations et fait du bénévolat ne suffit pas à caractériser une intégration au sein de la société française. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prenant l'arrêté querellé et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ou de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En quatrième lieu, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lequel ne trouve pas à s'appliquer aux ressortissants algériens. Néanmoins, le préfet peut toujours délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit en appréciant, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
7. Outre sa situation familiale exposée au point 5, la requérante soutient que son état de santé relève de motifs exceptionnels ouvrant droit à être admise exceptionnellement au séjour. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a été opérée en 2020 d'un cancer du sein et ne bénéficie depuis que d'un suivi hospitalier. D'autre part, si la requérante fait également valoir qu'elle souffre d'une sclérodermie, les pièces médicales fournies ne révèlent pas que cette pathologie nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni que les symptômes en découlant ne pourraient pas être traités dans son pays d'origine. En outre, comme indiqué au point 3, Mme B n'a pas présenté une demande de titre de séjour en raison de son état de santé. Il s'ensuit que le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.
8. En dernier lieu, aux termes de l'articles L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
9. Contrairement à ce que soutient la requérante, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois comporte une motivation propre suffisante, le préfet ne s'étant pas borné à opposer l'absence de circonstances humanitaires pour prononcer sa décision mais en ayant tenu compte des quatre critères de la durée du séjour en France, des liens privés et familiaux dans son pays d'origine, de l'absence de mesure d'éloignement et de menace à l'ordre public. Le préfet n'était pas tenu d'indiquer les problèmes de santé de la requérante pour motiver sa décision et, au surplus, la requérante n'apporte aucun élément tendant à démontrer que son état de santé serait incompatible avec la décision contestée. Au vu de la situation personnelle de l'intéressée exposée au point 3, la durée d'interdiction de retour sur le territoire français de trois mois n'apparait pas disproportionnée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 31 mai 2024 portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour pendant une durée de trois mois, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à titre d'injonction ou au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de l'Hérault et à Me Badji Ouali.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Villemejeanne, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
Le président-rapporteur,
JP. Gayrard L'assesseure la plus ancienne,
B. Pater
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 29 janvier 2025.
Le greffier,
S. Sangaré
N°2406509pa
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026