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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2406610

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2406610

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2406610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBENGUERRAICHE SHÉHÉRAZADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 novembre 2024, M. B, représenté par Me Benguerraiche, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans, a fixé le pays de renvoi et l'a assigné à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales d'examiner sa situation et de lui accorder l'admission exceptionnelle au séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la légalité de l'arrêté pris dans son intégralité :

- il n'est pas assorti d'une mention claire des voies de recours ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision méconnait les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration pour être insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de fait quant à l'accès effectif à des soins adaptés à sa pathologie en Algérie ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'obligation de quitter le territoire délivrée le 2 novembre 2021 a perdu ses effets et que le préfet s'est abstenu d'exercer son pouvoir discrétionnaire de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle au regard de ses moyens de subsistances ;

S'agissant de la décision d'assignation à résidence :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation puisqu'il réside dans les Bouches du Rhône et n'a pas les moyens économiques de se rendre dans le département des Pyrénées-Orientales pour satisfaire à l'obligation de présentation hebdomadaire.

La requête a été communiquée au préfet des Pyrénées-Orientales le 21 novembre 2024 qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Pater, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A ressortissant marocain né le 1er janvier 1966, a bénéficié d'une première carte de séjour pluriannuelle " travailleur saisonnier " valable du 7 mai 2010 au

6 mai 2013, d'une seconde carte de séjour pluriannuelle sous le même statut valable du

13 juin 2016 au 12 juin 2019 renouvelée pour la période du 13 juin 2019 au 12 juin 2021. En avril 2021, il a sollicité le bénéfice d'un titre de séjour en qualité de saisonnier, qui a été rejeté par un arrêté définitif pris par le préfet des Bouches du Rhône du 2 novembre 2021 l'invitant à quitter le territoire dans un délai de trente jours. M. A a été interpellé le

19 octobre 2024 dans le cadre d'un contrôle d'identité. A l'issue de la procédure de retenue administrative, par arrêté du 19 octobre 2024 dont il demande l'annulation par la présente requête, le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, lui a fait interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence.

Sur les conclusions en annulation :

S'agissant de l'arrêté querellé pris dans son intégralité :

2. Les conditions de notification de l'arrêté attaqué sont sans incidence sur sa légalité. Par suite est inopérant le moyen tiré de l'absence de mention claire des voies de recours dans l'acte de notification.

S'agissant de la décision d'obligation de quitter le territoire :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article

L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté contesté qu'il mentionne la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-marocain du

9 octobre 1987, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles utiles servant précisément de fondement à la décision litigieuse. L'arrêté mentionne également les éléments de fait propre à la situation administrative, professionnelle, personnelle et familiale de M. A. Dès lors, la décision attaquée énonce les éléments de fait et de droit sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, si M. A fait valoir que l'obligation de quitter le territoire français prise le 2 novembre 2021 serait devenue caduque du fait de l'expiration du délai d'un an, cette circonstance en tout état de cause relative aux modalités d'exécution de la décision d'éloignement est sans incidence sur sa légalité de la présente décision.

6. En outre, il appartient à l'autorité préfectorale, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Toutefois, en l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre le 2 novembre 2021, est resté en situation irrégulière depuis cette date, a une adresse liée à un emploi illicitement obtenu et a son épouse et ses enfants résidant au Maroc. Dans ces circonstances, nonobstant le fait qu'il ait séjourné et travaillé régulièrement entre 2010 et 2021 en tant qu'ouvrier agricole dans un métier en tension, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet s'est abstenu d'exercer son pouvoir discrétionnaire en vue de régulariser sa situation.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 6, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de

M. A, nonobstant le fait qu'il ait des frères et sœurs sur le territoire national et que la mesure mette fin à ses possibilités de subsistance sur le territoire national. Par suite, le préfet n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

9. En quatrième et dernier lieu, s'il est soutenu que la mesure d'éloignement serait entachée d'une erreur de fait quant à l'accès effectif à des soins adaptés à sa pathologie en Algérie, un tel moyen qui ne correspond pas à la situation de M. A est inopérant est doit être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

11. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la procédure de retenue administrative produite par le préfet, que M. A, ouvrier agricole, réside à Saint Rémy de Provence dans une caravane qu'il loue pour la somme de 150 euros. Dans ces circonstances particulières, son assignation à résidence dans la commune de Perpignan située à 250 kilomètres environ de son domicile et où il lui est imposé de se rendre chaque semaine durant un an, présente un caractère disproportionné et doit par suite être annulée.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que l'arrêté pris le 19 octobre 2024 par le préfet des Pyrénées-Orientales doit être annulé seulement en tant qu'il porte assignation à résidence.

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, à verser à M. A une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté pris par le préfet des Pyrénées-Orientales le 19 octobre 2024 est annulé en tant qu'il porte assignation à résidence de M. A.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. M. B et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Villemejeanne, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

J.P. Gayrard

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 29 janvier 2025

Le greffier,

S. Sangaré

N°2406610

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