mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2406717 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2024, M. A C, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an°;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention "'vie privée et familiale'" ou "'salarié'" ou, à défaut, de réexaminer sa demande';
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761 -1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :
- l'arrêté est entaché d'incompétence faute pour son auteur de justifier qu'il bénéficiait d'une délégation°;
- il est entaché d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation°; le préfet n'a rendu compte que de manière imparfaite de son insertion professionnelle'; en dépit de la production de nombreux documents justifiant de ses problèmes de santé, l'arrêté ne mentionne pas qu'il a été victime d'un grave accident sur son lieu de travail alors qu'il se prononce sur sa situation un an et demi après sa demande';
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu du transfert de ses intérêts privés et familiaux en France et de son intégration professionnelle';
- il méconnaît le deuxième alinéa de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 dès lors qu'il était éligible, lors de sa demande de renouvellement de titre de séjour, à la délivrance d'un titre de séjour de dix ans';
- il est entaché d'erreur de fait pour faire état d'une condamnation à 10 ans d'emprisonnement avec sursis alors qu'il a été condamné à 10 mois d'emprisonnement avec sursis';
- il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que cette condamnation est demeurée isolée ;
Sur la décision portant interdiction de retour :
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français';
- elle n'est pas motivée';
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa durée de présence en France, de ses attaches privées et familiales et de son intégration professionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2025, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales';
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987';
- le code des relations entre le public et l'administration°;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991';
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Didierlaurent,
- les observations de Me Brulé, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 26 octobre 1987, de nationalité marocaine, est entré sur le territoire français le 18 avril 2018 et bénéficiait en dernier lieu, à compter du 5 février 2020, d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français valable, après deux renouvellements, jusqu'au 4 février 2023. Après avoir sollicité le 19 septembre 2023 le renouvellement de ce titre de séjour, il a sollicité un changement de statut en qualité de travailleur salarié. Par un arrêté du 3 juin 2024, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé pour le préfet de l'Hérault par M. B D, sous-préfet de l'arrondissement de Béziers. Or, ce dernier bénéficiait d'une délégation de signature, accordée le 9 octobre 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault, accessible tant au juge qu'au public sur le site internet de la préfecture, à l'effet de signer notamment "'les refus d'admissions au séjour et obligations de quitter le territoire français'". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige qu'il rappelle les conditions d'entrée et de séjour en France de M. C, notamment qu'il a été d'abord admis au séjour en qualité de saisonnier, puis en qualité de conjoint de Français. Il indique en outre que M. C a d'abord déposé un dossier de renouvellement de titre de séjour en qualité de conjoint de français puis, à la suite du prononcé de son divorce intervenu le 5 décembre 2023, a modifié sa demande pour la présenter en qualité de salarié et relève à ce titre que l'intéressé a présenté une autorisation de travail pour un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de peintre en bâtiment. L'arrêté indique en outre que M. C a été condamné le 25 octobre 2023 par le tribunal correctionnel de Béziers et fait mention de sa situation familiale. Dans ces conditions, la seule circonstance que l'arrêté attaqué ne fait pas mention de l'ensemble de son parcours professionnel et de ce qu'il a été victime d'un accident de travail n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : "'Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. ()'". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "'La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire ().'". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : "'La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public'".
5. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. C, le préfet de l'Hérault a estimé que sa présence en France constituait une menace à l'ordre public dès lors qu'il a été condamné le 25 octobre 2023 par le tribunal correctionnel de Béziers à "'10 d'emprisonnement'" avec sursis pour des faits de violence commis par une personne en état d'ivresse manifeste suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et il ressort des pièces du dossier, en particulier des mentions de ce jugement, qu'il a été condamné à une peine de dix mois d'emprisonnement avec sursis pour ces faits, commis les 12 et 23 mai 2023. Dans ces conditions, d'une part, le moyen tiré de ce que l'arrêté est entaché d'erreur de fait pour mentionner une peine de 10 ans d'emprisonnement, doit, en dépit de l'omission purement matérielle dont il est entaché, être écarté. D'autre part, compte tenu de la nature des faits commis, sanctionnés pénalement, et de leur caractère récent, M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de l'Hérault a estimé que sa présence en France constituait une menace à l'ordre public.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "'1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui.'".
7. Si M. C est présent en France depuis l'année 2017, les périodes de travail dont il fait état ainsi que son mariage, contracté le 1er juin 2019 et dissout le 5 décembre 2023, ne suffisent pas à établir l'existence de liens stables qu'il aurait noués durant ses sept années de présence sur le territoire français à la date de la mesure d'éloignement en litige. En outre, les seules attestations de proches qu'il produit ne permettent pas de le regarder comme justifiant d'une intégration particulière alors qu'il ressort au surplus des mentions du jugement correctionnel précité qu'il ne maîtrise pas la langue française. Enfin, M. C n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales ou personnelles dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault a méconnu les stipulations citées au point précédent en l'obligeant à quitter le territoire français.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "'Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.'". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : "'Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ()'". L'article L. 613-2 du même code dispose : "'Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées'".
9. En l'espèce, si l'arrêté en litige prononce à l'encontre de M. C, à l'article 5 de son dispositif, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et évoque sa durée de présence sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France et la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français, il ne comporte aucun élément relatif à la durée de la mesure et ne vise pas les articles L. 612-6 à L. 1. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la décision prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est insuffisamment motivée et doit être annulée.
10. Il résulte ce qui précède que l'arrêté du 3 juin 2024 doit être annulé en tant seulement qu'il prononce à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. La seule annulation par le présent jugement de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet de délivrer à M. C un titre de séjour, ni le réexamen de sa situation. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte du requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. C présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Hérault du 3 juin 2024 est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
M. Lafay, premier conseiller,
M. Didierlaurent, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
Le rapporteur,
M. Didierlaurent La présidente,
S. Encontre
La greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 28 janvier 2025
La greffière,
C. Arce
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026