mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2406720 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BERRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2024, Mme A C, représentée par Me Berry, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, lui a interdit le retour pour une durée de deux ans et l'a assignée à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas démontrée ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ; le préfet n'a pas pris en compte son statut de demandeur d'asile et les éléments de sa vie privée et familiale ;
- l'arrêté méconnaît l'article 33 de la convention de Genève et le principe de non-refoulement et devait être abrogé dès lors qu'il ne peut être mis à exécution puisqu'elle dispose d'un droit de se maintenir sur le territoire le temps de l'examen de sa demande d'asile ;
- l'assignation à résidence dont elle fait l'objet est injustifiée et l'empêche de rejoindre des membres de sa famille ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, tant dans son principe que dans sa durée.
Un mémoire en production de pièces, présenté par le préfet des Pyrénées-Orientales a été enregistré le 25 décembre 2024 et communiqué le même jour.
Par une décision du 12 décembre 2024, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les observations de Me Berry, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 décembre 2024, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
2. Mme C, ressortissante sénégalaise née le 22 novembre 2001, a été contrôlée le 15 septembre 2024 en gare de Perpignan par les services de la police aux frontières à bord d'un train effectuant la liaison Barcelone/Paris et a présenté un titre de séjour contrefait qu'elle a indiqué avoir acheté en Mauritanie. N'ayant pu justifier de la régularité de son entrée et de son séjour en France et dans l'espace Schengen, le préfet des Pyrénées-Orientales a pris à son encontre, le 16 septembre 2024, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'assignant à résidence à Perpignan pour une période d'un an, renouvelable deux fois, dont Mme C demande, par la présente requête, l'annulation.
3. L'arrêté contesté est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales et par délégation, par M. E B, directeur de la citoyenneté et de la migration. Par un arrêté n° PREF/SCPPAT/2024114-0001 du 23 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. B à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit donc être écarté.
4. L'arrêté litigieux énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte. Par ailleurs, il ressort de ses motifs que le préfet des Pyrénées-Orientales a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme C au regard de ses déclarations aux services de la police aux frontières. A cet égard, la requérante ne peut se prévaloir de ce qu'il n'aurait pas été tenu compte de son statut de demandeuse d'asile dès lors qu'elle a présenté une demande à ce titre le 23 septembre 2024, soit postérieurement à l'édiction de l'arrêté litigieux, et qu'il ne ressort pas du procès-verbal de son audition le 15 septembre 2024 qu'elle aurait sollicité l'enregistrement d'une telle demande. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué et de l'erreur de droit, tenant à l'absence d'un examen réel et sérieux de la situation de la requérante, dont il serait entaché doivent être écartés.
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C n'a pu justifier de la régularité de son entrée et de son séjour en France et qu'elle a, en outre, indiqué vouloir rejoindre une tante qui réside en région parisienne, sans autre précision, et ne pas vouloir se conformer à une mesure d'éloignement qui serait prise à son encontre. Par suite, elle rentrait dans le cas où l'autorité préfectorale pouvait prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai en application des dispositions précitées.
7. Mme C soutient que le préfet des Pyrénées-Orientales devait abroger l'arrêté attaqué compte tenu de la demande d'asile qu'elle a déposée le 23 septembre 2024 en se prévalant des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève. Toutefois, la circonstance qu'un étranger ait sollicité l'enregistrement d'une demande d'asile postérieurement à la décision d'éloignement dont il fait l'objet, qui a pour seul effet, en vertu de l'article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de faire obstacle à l'exécution forcée de cette mesure tant qu'il n'a pas été statué sur la demande d'asile de l'étranger, reste sans incidence sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire et n'est pas de nature à conduire à leur abrogation.
8. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
9. D'une part, Mme C ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'assignation à résidence contestée a été prononcée en application des dispositions sus-rappelées de l'article L. 731-3 du même code. D'autre part, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'enregistrement de sa demande d'asile aurait dû conduire à une abrogation immédiate de l'assignation à résidence dès lors que cette mesure a pour objet de l'autoriser à se maintenir temporairement sur le territoire français. Enfin, Mme C se borne à soutenir, sans autre précision, que son assignation à résidence dans le département des Pyrénées-Orientales l'empêcherait de rejoindre des membres de sa famille résidant en France et ne fait, en outre, état d'aucune circonstance, liée à l'obligation qui lui est faite de se présenter aux services de la police aux frontières tous les jeudis, pour démontrer que les modalités ainsi définies de son assignation à résidence entraveraient son accès effectif aux conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de l'assignation à résidence dont fait l'objet Mme C ne peut qu'être écarté.
10. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. Au regard de ce qui a été exposé au point 5, le moyen soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écarté. Par ailleurs, Mme C ne produit au dossier aucun élément pour établir la réalité des risques qu'elle encourrait pour sa vie ou son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées par l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.
12. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
13. Au regard de ce qui a été exposé aux points précédents, le moyen soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité des décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et assignation à résidence, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour doit être écarté. Par ailleurs, Mme C ne fait pas état de circonstances humanitaires qui auraient justifié que l'autorité administrative ne prononce pas une interdiction de retour à son encontre et la seule circonstance qu'elle a déposé ultérieurement une demande d'asile ne saurait davantage s'y opposer. Par ailleurs, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à D de Mme C, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé sur son entrée irrégulière en France le 15 septembre 2024 et a relevé qu'elle est célibataire et sans charge famille et ne justifie pas disposer d'attaches familiales en France alors que ses parents et sa sœur résident au Sénégal, sans retenir que sa présence en France représenterait une menace à l'ordre public. Eu égard à la situation personnelle de la requérante, la durée de cette interdiction n'apparaît pas disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette mesure, tant dans son principe que dans sa durée, doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2024 du préfet des Pyrénées-Orientales doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Sabine Encontre, présidente,
M. Louis-Noël Lafay, premier conseiller,
M. Mathieu Didierlaurent, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025
La présidente-rapporteure,
S. D
L'assesseur le plus ancien,
L.-N. Lafay
La greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 28 janvier 2025
La greffière,
C. Arce lr
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026