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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2406721

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2406721

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2406721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantTOUMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 novembre 2024, M. A C, représenté par Me Toumi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2024 par lequel le préfet du Gers a prononcé son maintien en rétention ;

3°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer l'attestation afférente prévue à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, conformément aux dispositions de l'article L. 754-4 du même code à compter de la notification du jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais du litige, à verser le cas échéant à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- la décision est entachée d'incompétence faute de délégation régulière de signature ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 754-3 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de décider que sa demande d'asile avait été présentée dans le seul but de faire obstacle à son éloignement ;

- la décision est irrégulière car elle porte atteinte à son droit au recours effectif en le privant d'un recours suspensif s'il souhaite contester la décision de refus d'asile ;

- en décidant de le maintenir en rétention le préfet a commis une erreur d'appréciation du risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement ;

- la décision de maintien en rétention est irrégulière car elle n'est pas nécessaire à son éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2024, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lesimple, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Madame Lesimple, magistrate désignée ;

- les observations de Me Toumi, représentant M. C ;

- et les observations de M. C, assisté de Mme B, interprète.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que par arrêté du 17 novembre 2024 le préfet du Gers a pris à l'encontre de M. C une décision d'éloignement sans délai assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Placé en rétention administrative en vue de son éloignement le 17 novembre 2024, il a sollicité, le 22 novembre 2024, une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par un arrêté du 22 novembre 2024 le préfet du Gers a décidé de son maintien en rétention en estimant que la demande d'asile présentée par M. C avait pour seul but de retarder ou de compromettre l'exécution de son éloignement. M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 18 juillet 2024, visé par la décision en litige et publié le même jour au recueil des actes administratif spécial, versé aux débats, le préfet du Gers a donné délégation à M. Cédric Kari-Herkner, secrétaire général de la préfecture, sous-préfet d'Auch, à l'effet de signer, notamment, toutes les mesures prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercée sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. La circonstance qu'un étranger présente une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative ne saurait, à elle seule et sans une appréciation au cas par cas, permettre de présumer que cette demande n'a été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement.

7. Pour estimer que la demande d'asile en litige était dilatoire et avait pour unique objet de faire échec à l'exécution de son éloignement, le préfet a souligné qu'elle avait fait suite à l'ordonnance du 21 novembre 2024 du tribunal judiciaire de Perpignan prononçant le maintien en rétention de M. C pour une durée de 26 jours alors même que lors de l'audience l'intéressé avait été informé d'un éloignement à court terme compte tenu d'un " routing " prévu le 13 décembre 2024. Par ailleurs, le préfet a relevé qu'une première demande d'asile a été présentée par l'intéressé et rejetée par décision du 26 avril 2024 sans que M. C ne fasse appel. Enfin, la décision souligne que lors de son audition par les services de police le 17 novembre 2024, l'intéressé a déclaré n'encourir aucun risque en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions précitées ni commettre d'erreur d'appréciation de la situation de M. C que le préfet a pu prononcer son maintien en rétention.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit à un recours effectif : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ". Par ailleurs, l'article L. 754-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux demandes d'asile présentées en rétention, prévoit que : " La demande d'asile présentée en application du présent chapitre est examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides selon la procédure accélérée, conformément au 3° de l'article L. 531-24 ". Par ailleurs, il résulte des dispositions combinées des articles L. 542-1 et L. 542-2 de ce même code qu'en cas d'examen selon la procédure accélérée prévue à l'article L. 531-24, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides prend une décision de rejet. Enfin, l'article L. 752-7 du même code prévoit que : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français, notifiée antérieurement à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, est devenue définitive, l'étranger qui fait l'objet, postérieurement à la décision de l'office, d'une assignation à résidence, ou d'un placement en rétention administrative dans les conditions prévues aux titres III et IV en vue de l'exécution de cette décision portant obligation de quitter le territoire français, peut, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention, demander au président du tribunal administratif de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ".

9. Le requérant soutient que la décision méconnaît son droit au recours effectif dès lors que, dans l'hypothèse où l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetterait sa demande d'asile, le recours qu'il déposerait devant la Cour nationale du droit d'asile n'est pas suspensif et ne lui ouvre en outre pas droit à faire usage des dispositions de l'article L. 752-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. L'étranger dont la demande d'asile fait l'objet d'un traitement selon la procédure accélérée prévue au 3° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose du droit de contester la décision de rejet qui lui est opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides devant la Cour nationale du droit d'asile, juridiction devant laquelle, au demeurant, il peut faire valoir utilement l'ensemble de ses arguments dans le cadre d'une procédure écrite et se faire représenter à l'audience par un conseil ou par toute autre personne. Dans ces conditions, le droit à un recours effectif, tel que garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'implique pas nécessairement que l'étranger puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, M. C n'est donc pas fondé, en tout état de cause, à soutenir que la décision contestée, en le privant d'un recours suspensif auprès de la Cour nationale du droit d'asile, serait contraire aux stipulations combinées des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, il relève de la seule compétence du juge des libertés et de la détention de se prononcer sur la nécessité de la rétention administrative d'un étranger pour la mise à exécution de la mesure d'éloignement dont cet étranger fait l'objet. Il n'appartient dès lors pas au tribunal de se prononcer sur l'appréciation portée par le préfet du Gers sur le risque que M. C se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement. Au surplus, et en tout état de cause, le requérant n'établit pas, par ses seules allégations, disposer de garanties de représentation suffisantes alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a déclaré vivre dans son véhicule et n'a pas fourni d'adresse en France.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Gers du 22 novembre 2024 portant maintien en rétention administrative. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais du litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête présentée par M. C est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A C, au préfet du Gers et à Me Toumi.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La magistrate désignée,

A. Lesimple

La greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet du Gers en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 6 décembre 2024,

La greffière,

C. Touzet

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