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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2406796

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2406796

lundi 12 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2406796
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBAZIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de Mme B, ressortissante géorgienne, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Hérault lui refusant un titre de séjour pour raison de santé et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute pour la requérante de justifier d'une vie privée et familiale stable en France. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions à fin d'annulation et d'injonction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation, en l'absence de mention de la situation de son époux, qui dispose d'une autorisation provisoire au séjour en raison de son état de santé ;

- elle méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et celle de sa famille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2025, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Par ordonnance du 9 décembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 3 mars 2025.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meekel,

- les observations de Me Bazin, représentant Mme B.

Une note en délibéré, présentée pour Mme B, a été enregistrée le 15 avril 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante géorgienne née le 23 avril 1974, est entrée en France le 14 novembre 2023 et a déposé une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), rejetée le 29 mars 2024. Elle a déposé le 7 mai 2024 une demande de titre de séjour pour raison de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 mai 2024, dont la requérante, par la présente requête, demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont celles de l'article L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent d'assortir un refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire. L'arrêté précise les éléments déterminants qui ont conduit le préfet à refuser de délivrer à la requérante un titre de séjour et indique, à cet égard, que l'absence de soins ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, que l'état de santé de Mme B lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine et qu'elle ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable sur le territoire national. Enfin, dès lors que le préfet n'est pas tenu de reprendre l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du demandeur, la circonstance que le concubin de la requérante dispose, depuis l'intervention de l'arrêté attaqué, d'une autorisation provisoire de séjour en raison de son état de santé, ne saurait caractériser une insuffisance de motivation. Ainsi, dès lors que l'arrêté énonce ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de séjour et de l'obligation faite à Mme B de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée récemment en France le 14 novembre 2023, à l'âge de 49 ans, et qu'elle est sans charge de famille, ses deux enfants majeurs résidant en Russie et en Allemagne. Sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade a été rejetée au motif que, dans son avis du 7 mai 2024, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle peut regagner son pays d'origine sans risque pour sa santé. Si la requérante se prévaut de l'état de santé de son concubin, avec lequel elle dit vivre depuis le 3 septembre 2022 et qui dispose d'une autorisation de séjour en raison de son état de santé, aucune des pièces du dossier ne permet de démontrer que sa présence à ses côtés serait indispensable. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le rejet de sa demande de titre de séjour et de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français porteraient à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

6. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet a pris en considération la date d'entrée de Mme B en France et donc la durée de sa présence sur le territoire national, le fait qu'elle ne justifie pas de liens privés et familiaux anciens en France, qu'elle n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement antérieure et ne représente pas une menace pour l'ordre public. Dès lors que les quatre critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été pris en compte, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français manque en fait et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 du présent jugement, Mme B n'est pas fondée à invoquer une erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet de l'Hérault en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées dans leur ensemble.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de Mme B à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, ne nécessite aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions de la requérante aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au Préfet de l'Hérault et à Me Bazin.

Délibéré après l'audience du 15 avril 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

M. Meekel, premier conseiller,

M. Didierlaurent, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2025.

Le rapporteur,

T. MeekelLa présidente,

S. Encontre

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 12 mai 2025.

La greffière,

C. Arce

lr

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