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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2406875

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2406875

mardi 29 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2406875
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, M. A B, représenté par

Me Badji-Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- ces décisions sont est insuffisamment motivées ;

- elles procèdent d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elles sont entachées d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet s'est abstenu de faire usage de son pouvoir de régularisation lui permettant de faire droit à sa demande de titre de séjour en dépit de la non-possession d'un visa de long séjour ; il justifie par ailleurs du sérieux de ses études ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 février 2025, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Villemejeanne, rapporteure,

- et les observations de Me Badji-Ouali, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 30 septembre 1996, déclare être entré sur le territoire français le 15 juillet 2018. M. B a sollicité le 22 février 2024 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant-élève " Par un arrêté du 27 mai 2024, le préfet de l'Hérault a rejeté cette demande, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français avec un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire national pendant une durée de six mois. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, les décisions attaquées mentionnent, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et en particulier des éléments tenant aux conditions d'entrée et de séjour en France de M. B, à sa situation personnelle et familiale en France ainsi qu'au Maroc. Dans ces conditions, et alors que l'exigence de motivation n'implique pas que les décisions mentionnent l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressé, le préfet a suffisamment exposé les motifs fondant le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la motivation circonstanciée des décisions, que le préfet a examiné, de façon complète et sérieuse, la demande de titre de séjour de M. B ainsi que sa situation avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour et de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L.412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes des dispositions de l'article L.422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an./ En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".

5. D'une part, la réalité et le sérieux des études poursuivies sont appréciés dans le cadre d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour " étudiant " et non d'une première demande. Par suite, la circonstance selon laquelle M. B poursuivrait avec sérieux le cursus universitaire dans lequel il justifie être inscrit est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

6. D'autre part, il résulte de la combinaison des dispositions exposées au point 4 que si la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " est subordonnée à une condition de présentation d'un visa de long séjour, le préfet peut, en vertu de son pouvoir de régularisation, dispenser l'étranger qui suit en France un enseignement ou y fait des études, en cas de nécessité liée au déroulement des études, de la présentation d'un visa long séjour dans certains cas particuliers, en tenant compte des motifs pour lesquels le visa de long séjour ne peut être présenté, du niveau de formation de l'intéressé, ainsi que des conséquences que présenterait un refus de séjour pour la suite de ses études.

7. M. B déclare être entré sur le territoire français le 15 juillet 2018. Cependant il ne l'établit pas, en se bornant à produire son passeport qui est uniquement revêtu d'un tampon d'entrée à Gérone, en Espagne, le 3 juillet 2018. En outre, il est constant qu'il est entré dans l'espace Schengen à l'âge de 21 ans, muni d'un visa court séjour et qu'il n'a pas présenté de visa long séjour à l'appui de sa demande de titre présentée plus de cinq ans après son entrée supposée sur le territoire français. En outre, au soutien de sa demande, le requérant, titulaire d'un baccalauréat et d'un diplôme de " technicien spécialisé " marocains respectivement obtenus en 2015 et 2018, produit une attestation de test de connaissance du français obtenue en 2023 et se prévaut d'une inscription en Licence " administration économique et sociale " pour l'année universitaire 2023-2024. Cependant, le requérant n'établit pas que son cursus ne pourrait pas être poursuivi dans son pays d'origine et conduire à la délivrance d'un diplôme équivalent au diplôme qu'il envisageait de préparer par la suite en France, ni que l'arrêté attaqué, qui a été pris le

27 mai 2024 et laissait un délai de trente jours au requérant pour quitter le territoire français, aurait eu pour effet d'interrompre son année entière de formation ou de nuire à la progression dans son cursus. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne fait état d'aucun motif particulier pour justifier l'absence de production de visa long séjour, en ne faisant pas usage de la faculté de le dispenser de la condition de visa de long séjour et en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant au motif qu'il ne disposait pas d'un tel visa, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur de droit, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Ainsi qu'il vient d'être dit, le préfet a pu légalement opposer à M. B la circonstance qu'il ne présentait pas le visa de long séjour requis et s'abstenir de lui accorder une dérogation à cette condition. Par suite, après avoir constaté qu'elle ne remplissait pas l'une des conditions de délivrance du titre de séjour étudiant posée par l'article L. 412-1 du même code, le préfet de l'Hérault a pu, pour ce seul motif, lui refuser la délivrance du titre de séjour demandé.

9. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

10. M. B ne justifie pas être entré régulièrement en France le 15 juillet 2018 et les pièces produites, insuffisantes en nombre et en valeur probante, ne permettent pas d'établir qu'il y résiderait habituellement depuis. En outre, M. B, sans charge de famille, déclare vivre en concubinage avec une ressortissante française depuis 2022 mais ne justifie pas, en produisant une attestation d'hébergement rédigée par cette-dernière ni même par les autres pièces versées au débat, de l'ancienneté et de la stabilité de la relation alléguée. Il ne démontre pas davantage avoir constitué le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Il ne conteste pas conserver des attaches familiales au Maroc, pays où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses parents, sa sœur ainsi que son frère. Enfin, M. B, qui n'a notamment pas déféré à une précédente mesure d'éloignement, ne justifie pas d'une insertion particulière à la société française. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En cinquième lieu, les dispositions des articles L. 422-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au droit au séjour ne peuvent être utilement invoquées pour contester la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 de la présente décision, les décisions de refus de délivrance d'un titre de séjour et d'éloignement n'ont pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :

14. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

15. Bien que la présence sur le territoire français de M. B ne constitue pas une menace pour l'ordre public, l'intéressé a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 1er février 2023, ne justifie pas d'attaches, ni d'une insertion, particulières en France et n'est pas isolé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en fixant à six mois la durée de l'interdiction de retour, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à d'injonction et d'astreinte présentées à ce titre doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Hérault et à

Me Badji-Ouali.

Délibéré après l'audience du 15 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Villemejeanne, première conseillère,

M. Didierlaurent, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2025.

La rapporteure,

P. Villemejeanne

Le président,

J-P. GayrardLe greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 mai 2025.

Le greffier,

F. Balicki

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