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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2407163

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2407163

jeudi 2 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2407163
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. B... contre le refus implicite du préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour. Le tribunal a jugé que la demande, présentée par courriel, était irrégulière car elle ne respectait pas l'obligation de comparution personnelle en préfecture prévue par les articles R. 431-2 et R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, aucun refus implicite n'a pu naître, rendant la requête irrecevable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 décembre 2024 et 12 septembre 2025 M. A... B..., représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de l’Hérault sur la demande d’admission au séjour qu’il a présenté le 3 novembre 2023 ;

2°) d’enjoindre au préfet de l’Hérault de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » dans le délai d’un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, d’ordonner le réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la décision n’est pas motivée faute de réponse à la demande de communication de motifs qu’il a présentée ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2025, le préfet de l’Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- aucune décision de rejet implicite n’a pu naître dès lors qu’il a présenté sa demande par courriel, en méconnaissance de la règle de comparution personnelle en préfecture ;
- les autres moyens sont inopérants.

M. B... a été admis à l’aide juridictionnelle totale par une décision du 17 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Bayada,
- et les observations de Me Ruffel représentant M. B....

Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant turc né le 9 juillet 1997, soutient avoir présenté le 3 novembre 2023 par courriel adressé à la préfecture de l’Hérault une demande d’admission au séjour. Par sa requête, il demande l’annulation de la décision née du silence gardé par le préfet sur cette demande.

2. D’une part, aux termes de l’article L. 431-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions dans lesquelles les demandes de titres de séjour sont déposées auprès de l’autorité administrative compétente sont fixées par voie réglementaire ». Aux termes de l’article R. 431-2 du même code : « La demande d’un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l’immigration s’effectue au moyen d’un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code (…) ». Aux termes de l’article R. 431-3 du même code : « La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l’article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu’il détermine soient adressées par voie postale ». Il résulte de ces dispositions qu’en dehors des titres dont la demande s’effectue au moyen d’un téléservice et qui figurent sur la liste prévue à l’article R. 431-2 du code, fixée par arrêté du ministre chargé de l’immigration, la demande de titre de séjour est effectuée par comparution personnelle au guichet de la préfecture ou, si le préfet le prescrit, par voie postale.
3. D’autre part, aux termes de l’article R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d’asile : « Le silence gardé par l’autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l’article R. 432-1 naît au terme d’un délai de quatre mois. (…) ». Si le silence gardé sur une demande de titre de séjour présentée par voie postale, lorsqu’un tel mode de dépôt a été prescrit par le préfet, vaut rejet implicite de la demande, sauf à ce que le dossier soit incomplet, le silence gardé par l’administration sur une demande de titre irrégulièrement présentée par voie postale ou par courriel, en méconnaissance de la règle de comparution personnelle en préfecture, ne fait pas naître une décision faisant grief susceptible d’être déférée au juge de l’excès de pouvoir. Si le préfet n’est pas tenu de rejeter une demande de titre de séjour irrégulièrement présentée en méconnaissance de la règle de comparution personnelle, une telle irrégularité, si elle est établie, peut légalement justifier, à elle seule, le refus de l’administration d’instruire la demande.

4. En l’espèce, la demande de titre de séjour que M. B... soutient avoir présentée est fondée sur les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne figure pas parmi celles mentionnées aux articles 1ers des arrêtés du 27 avril 2021 et du 31 mars 2023 pris en application de l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Sa demande devait donc être effectuée par comparution personnelle au guichet de la préfecture ou par voie postale et donner lieu, sous certaines conditions, à la remise d’un récépissé qui autorise la présence sur le territoire de l’étranger pour une durée déterminée.

5. Il est constant que M. B... ne s’est pas présenté aux services de la préfecture pour déposer sa demande de titre de séjour mais indique que son conseil a adressé la demande en son nom, ce qui a généré une réponse automatique.

6. Si le requérant fait état de l’impossibilité de prendre un rendez-vous en ligne pour le dépôt de son dossier, les captures d’écran qu’il verse aux débats ne permettent pas de l’établir. En effet, alors que deux d’entre elles ont été prises le même jour sur une période de cinq minutes, les sept autres attestent de l’absence de créneaux disponibles sur deux périodes de trois jours alors même que la réponse automatique des services du préfet, générée à la suite de l’envoi du courriel du 3 novembre 2023, renvoie vers un lien et indique qu’aucune demande de rendez-vous ne sera traitée via l’adresse internet utilisée. Dans ces conditions, M. B... ne justifie pas qu’il aurait été dans l’impossibilité effective de prendre rendez-vous pour le dépôt de sa demande de titre de séjour en préfecture.

7. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’autre fin de non-recevoir opposée en défense, que la demande de titre de séjour que le requérant soutient avoir présenté n’a pu faire naître de décision faisant grief susceptible d’être déférée au juge de l’excès de pouvoir et la requête dirigée contre cette décision est par suite irrecevable. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d’injonction sous astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, également, être rejetées.






DECIDE :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A... B..., à Me Ruffel et au préfet de l’Hérault.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
Mme Adrienne Bayada, première conseillère,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2025

La rapporteure,





A. Bayada
Le président,





E. Souteyrand

La greffière,




M-A. Barthélémy



La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 octobre 2025.
La greffière,




M-A. Barthélémy



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