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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2407259

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2407259

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2407259
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGALLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 décembre 2024, M. C B, représenté par Me Gallon, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de l'orienter avec son fils vers une structure d'hébergement d'urgence à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) de rappeler que, conformément aux dispositions de l'article L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles, qu'il pourra se maintenir avec son fils dans la structure d'hébergement d'urgence qui lui sera désignée jusqu'à ce qu'ils soient orientés vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à leur situation ;

3°) de condamner le préfet de l'Hérault à lui verser la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'il a fait l'objet d'une mesure d'expulsion le 22 octobre 2024, que, malgré les nombreuses démarches qu'il a accomplies dès juillet 2022, lorsqu'il a reçu un congé de reprise du propriétaire de son logement pour fin décembre 2022, il n'a pu être relogé dans le parc locatif privé ou social et est dépourvu d'hébergement, qu'il est en situation de handicap, souffrant depuis plusieurs années d'un cancer du poumon, et qu'il multiplie sans succès les demandes d'hébergement par des appels quasi-quotidiens au 115 ;

- la carence de l'Etat dans sa mission d'assurer le droit à l'hébergement d'urgence viole manifestement les dispositions des articles L. 345-2, L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles et porte gravement atteinte à la liberté fondamentale que constitue le droit aux personnes sans abri, en situation de détresse, d'accéder sans délai à une structure d'hébergement d'urgence.

Un mémoire en production de pièces présenté par le préfet de l'Hérault a été enregistré le 18 décembre 2024 et communiqué le même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Encontre, juge des référés,

- et les observations de Me Gallon, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de désigner un lieu d'hébergement susceptible de l'accueillir avec son fils majeur, A B, âgé de 23 ans.

3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".

4. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées ci-dessus, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. Il résulte de l'instruction que M. B a été expulsé, le 22 octobre 2024, du logement qu'il occupait depuis 2013 dans le parc locatif privé à Ganges, en exécution d'un jugement du 3 mai 2024 du tribunal judiciaire de Montpellier. Le requérant fait valoir qu'ayant reçu un congé de reprise de son bailleur pour fin décembre 2022, il a accompli des démarches en vue de son relogement dès juillet 2022, dans le parc locatif privé et social, que sa demande présentée dans le cadre du droit au logement opposable a été rejetée par la commission de médiation au motif qu'il n'avait pas produit la décision prononçant son expulsion, qu'il a présenté une nouvelle demande auprès de la commission de médiation de l'Hérault qui est en cours d'instruction, de même que son dossier présenté devant la commission des ménages en difficultés économique et sociale, et qu'il appelle quasi-quotidiennement le 115.

6. Si M. B justifie des démarches qu'il a accomplies, il ressort toutefois du courriel du service intégré d'accueil et d'orientation versé au dossier par le préfet de l'Hérault qu'aucun appel au 115 par le requérant n'a été enregistré, l'intéressé n'étant connu du service que dans le cadre du volet insertion en raison de la validation de l'attribution d'un appartement relais en mars 2023, resté sans suite faute de mise à jour, et que le fils majeur du requérant, M. A B, n'est pas connu du service. En outre, si M. B a été traité pour un cancer du poumon, les deux seules pièces médicales versées au dossier, datées de 2018 et 2021, ne révèlent pas une situation d'urgence médicale. Dès lors que le requérant ne justifie pas avoir contacté le 115 depuis son expulsion le 22 octobre 2024, il ne peut se prévaloir d'une inaction du service de veille sociale et, par suite, d'une atteinte grave et manifestement illégale qui aurait été portée à son droit à l'hébergement d'urgence du fait d'une carence caractérisée du service dans l'accomplissement de sa mission.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au préfet de l'Hérault et à Me Gallon.

Fait à Montpellier, le 19 décembre 2024.

La juge des référés,

S. Encontre

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 décembre 2024.

La greffière,

C. Touzet2.

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