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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2407339

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2407339

mercredi 18 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2407339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBAZIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier (6ème Chambre) a rejeté la requête de Mme B, ressortissante mauricienne, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Hérault du 10 juillet 2024 lui refusant un titre de séjour en tant que conjointe de Français, assorti d'une obligation de quitter le territoire et d'une interdiction de retour de trois mois. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la condition de communauté de vie effective de six mois prévue à l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) n'était pas remplie. Il a également écarté les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, et de l'erreur manifeste d'appréciation, confirmant ainsi la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire en réplique et des pièces complémentaires, enregistrés les 19 décembre 2024 et le 8 avril 2025, Mme C épouse A, représentée par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2025, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Par une décision du 21 novembre 2024, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Encontre,

- les observations de Me Mallet substituant Me Bazin, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante mauricienne née le 21 août 1975, est entrée en France le 2 février 2023 sous couvert de son passeport biométrique et a épousé M. A, ressortissant français, le 12 août 2023. Le 29 décembre 2023, elle a sollicité un titre de séjour en qualité de conjointe de français. Par un arrêté du 10 juillet 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 423-1 du même code : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". L'article L. 423-2 du même code prévoit que : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français et satisfait ainsi aux exigences des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le fait que l'arrêté ne vise pas l'accord franco-mauricien du 23 septembre 2008 ne saurait l'entacher d'un défaut de motivation en droit dès lors que le préfet de l'Hérault s'est fondé sur l'absence de preuve de la communauté de vie effective des époux depuis six mois pour refuser d'admettre Mme B au séjour en application de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans lui opposer la circonstance qu'elle serait entrée en France de manière irrégulière au motif qu'elle y est entrée sans visa. En outre, l'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relevant de la situation personnelle et familiale du demandeur mais ceux qui fondent le motif du refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il est constant que Mme B ne dispose pas d'un visa de long séjour et ne peut, dès lors, prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, ainsi qu'exposé au point précédent, le préfet de l'Hérault n'a pas opposé à la requérante une entrée irrégulière sur le territoire français pour refuser de l'admettre au séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du même code et, si la requérante soutient qu'elle vit avec M. A, ressortissant français depuis son entrée sur le territoire français le 2 février 2023, les seules pièces produites au dossier sont toutefois insuffisantes pour établir l'effectivité de sa communauté de vie avec son époux depuis six mois à la date de l'arrêté contesté. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Mme B ne fait état d'aucun motif exceptionnel et d'aucune considération humanitaire susceptible de justifier son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que le séjour en France de Mme B, entrée sur le territoire le 2 février 2023, son mariage avec un ressortissant français le 12 août 2023 et la scolarisation en France de ses deux filles mineures, nées le 18 octobre 2007, sont récents. Ainsi, Mme B ne justifie pas d'une ancienneté de liens familiaux en France qui permettrait d'établir une atteinte excessive portée à sa vie familiale au sens des stipulations et dispositions précitées. En outre, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la requérante serait dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 47 ans, le temps nécessaire à l'obtention d'un visa de long séjour exigé pour obtenir un titre de séjour en qualité de conjointe de français. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour de l'étranger et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'arrêté sur la situation personnelle et familiale de Mme B doivent être écartés.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

10. Si Mme B soutient que les décisions litigieuses auront une incidence sur la scolarisation de ses filles jumelles, nées le 18 octobre 2007, elle ne démontre pas qu'elles ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en France le temps pour elle de se rendre à l'Ile Maurice, notamment pour obtenir un visa de long séjour, ou l'y rejoindre pendant les vacances scolaires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. (). ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

12. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a motivé sa décision au regard des quatre critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, dès lors que la présence en France de Mme B et les liens familiaux dont elle y dispose sont récents, le préfet de l'Hérault a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation et sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français dont la durée de trois mois n'est pas disproportionnée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 juillet 2024 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, au préfet de l'Hérault et à Me Bazin.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

M. Meekel, premier conseiller,

M. Didierlaurent, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2025.

La présidente-rapporteure,

S. EncontreL'assesseur le plus ancien,

T. MeekelLa greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 juin 2025

La greffière,

C. Arce0dl

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