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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2407438

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2407438

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2407438
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantPOUILLAUDE JÉROME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Renversez, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et prononcé une interdiction de retour de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence dès lors qu'il appartient à l'administration de justifier que le signataire de la décision bénéficiait d'une délégation à cet effet ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisque sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, et qu'il n'a pas déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans son principe et dans sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2024, le préfet Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Villemejeanne, première conseillère, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le préfet des Pyrénées-Orientales n'étant pas présent ni représenté, ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 décembre 2024 :

- le rapport de Mme Villemejeanne, magistrate désignée

- les observations de Me Pouillaude représentant M. A qui abandonne les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire ainsi que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte et, pour le surplus, conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- et celles de M. A assisté de M. C, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien du 26 mai 1992, actuellement au centre de rétention administrative de Perpignan demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2024, par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A avant d'édicter une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen n'est pas fondé et doit être écarté.

3. En second lieu, qui M. A a été interpellé, le 22 décembre 2024, alors qu'il circulait à bord d'un véhicule venant de Barcelone, ne conteste pas être entré sur le territoire français sans être muni d'un visa ni même disposer d'un titre de séjour. M. A fait état de la présence en France de sa tante et de ses cousins. Toutefois les documents produits dans le cadre l'instance ne permettent pas d'établir l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec les membres de sa famille en France ni qu'il y aurait constitué le centre de ses intérêts privés et familiaux. Il ressort en revanche des pièces du dossier que M. A réside en Espagne depuis 2022, que ses parents, son frère et ses quatre sœurs résident en Algérie, pays où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Orientales a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, édicter une mesure d'éloignement à l'encontre de M. A. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

4. En premier lieu, M. A n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Ainsi, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle lui refusant un délai de départ volontaire. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A avant de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen n'est pas fondé et doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

7. D'une part, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et donc sur la circonstance selon laquelle il existerait un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. M. A ne peut dès lors utilement faire état de ce que son comportement ne constituerait pas une menace pour l'ordre public. D'autre part, pour regarder le risque de fuite comme établit le préfet de l'Hérault s'est fondé sur les dispositions du 2°et 8° de l'article L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A ne peut dès lors utilement soutenir qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ni qu'il n'aurait pas déclaré son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit, M. A est entré sur le territoire français muni d'un visa expiré depuis le 28 juin 2023 et ne conteste pas son absence de droit au séjour. Il ressort également des pièces du dossier, que M. A ne justifie pas disposer d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Orientales a pu sans commettre d'erreur de droit, refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. Pour interdire à M. A de revenir sur le territoire français et fixer à deux ans la durée de cette interdiction, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé sur l'obligation de quitter le territoire français sans délai prise le même jour à l'encontre de l'intéressé. Cette décision précise les éléments de droit et de fait sur lesquels elle se fonde, à savoir les dispositions de l'article L. 612-6 précité au point 11, et sur un ensemble d'éléments liés à la situation de l'intéressé, notamment le caractère irrégulier de sa présence en France, l'absence de preuve de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France par rapport aux fortes attaches dont il dispose en Algérie et sur la circonstance selon laquelle sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public. Une telle motivation atteste de la prise en compte par le préfet de l'Hérault de l'ensemble des critères prévus par la loi. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A avant de lui interdire de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite, le moyen n'est pas fondé et doit être écarté.

12. En troisième lieu, M. A n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Ainsi, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle prononçant une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

14. M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, ainsi qu'il été dit précédemment, le requérant est entré sur le territoire français le jour de la décision attaquée et ne justifie de l'existence de liens stables et intenses sur le territoire par rapport à ceux qu'il allègue disposer en Algérie ou en Espagne. Même si le signalement de M. A au fichier automatisé des empreintes digitales ne peut, à lui-seul, caractériser l'existence d'une menace pour l'ordre public et qu'aucune précédente mesure d'éloignement n'a été prise à l'encontre de M. A, eu égard aux circonstances qui viennent d'être exposées, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Pour les mêmes motifs, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1 er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La magistrate désignée,

P. VillemejeanneLe greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 3 janvier 2025

Le greffier,

D. Martinier

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