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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2500130

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2500130

jeudi 3 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2500130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantROSE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. D, ressortissant marocain, qui contestait un arrêté préfectoral du 11 septembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le Maroc comme pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, la signature ayant été régulièrement déléguée. Il a jugé que le préfet avait procédé à un examen suffisant de la situation de l'intéressé, notamment au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que la mesure d'éloignement était légale, sans qu'il soit nécessaire d'envisager une réadmission vers l'Espagne ou le Portugal. En conséquence, la requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 janvier 2025, M. B D, représenté par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel le préfet du Gard l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le Maroc comme pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de condamner l'Etat à payer la somme de 1 500 euros à Me Rosé en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence de son auteur ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation et méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français sans envisager une mesure de réadmission vers l'Espagne ou le Portugal ;

- en ne lui accordant pas de délai de départ volontaire, alors qu'il n'était pas en situation de compétence liée, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français sera annulée car fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an, alors qu'il réside manifestement en Espagne depuis au moins le 23 août 2024, le préfet a pris une mesure disproportionnée au regard de sa vie privée et familiale et commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination sera annulée car fondée sur des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français elles-mêmes illégales.

M. D a obtenu l'aide juridictionnelle totale par décision de la présidente du bureau d'aide juridictionnelle du 12 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Rosé, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain né le 16 octobre 1991, a fait l'objet le 11 septembre 2024 d'un contrôle par la police aux frontières et n'a pu justifier de la régularité de son séjour. Par un arrêté du 11 septembre 2024, le préfet du Gard lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire à destination de son pays d'origine, avec interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de ces décisions.

2. La décision attaquée a été signée pour le préfet du Gard par Mme F G, cadre d'appui chargée des questions migratoires à la préfecture du Gard, laquelle bénéficie d'une délégation de signature du préfet du Gard aux fins de signer notamment les décisions d'éloignement des étrangers en situation irrégulière, en cas d'empêchement de Mme A C dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'aurait pas, à cette même date, été absente ou empêchée, en vertu de l'article 2 de l'arrêté du préfet du Gard n° 30- 2022- 01- 13-00001 du 13 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Gard accessible tant aux parties qu'au juge. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". Il ne ressort pas des termes de la décision, ni des pièces du dossier que M. D serait régulièrement admissible en Espagne ou au Portugal, ni que le préfet, qui a mentionné la présence de l'intéressé au Portugal et en Espagne, n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de sa situation avant de prendre la décision contestée. Le moyen tiré de l'erreur de droit au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

4. D'une part, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611- 1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () ". Aux termes de l'article L. 621-2 : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne () l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ". Aux termes de l'article L. 621-3 du même code : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité.". D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 5 de l'accord franco-espagnol susvisé : " 1. Chaque partie contractante réadmet sur son territoire, à la demande de l'autre Partie contractante et sans formalités, le ressortissant d'un Etat tiers qui ne remplit pas ou ne remplit plus les conditions d'entrée ou de séjour applicables sur le territoire de la Partie contractante requérante pour autant qu'il est établi que ce ressortissant est entré sur le territoire de cette Partie après avoir séjourné ou transité par le territoire de la Partie contractante requise (). ". Aux termes de l'article 2 de l'accord entre la France et le Portugal : " 1. Chaque Partie contractante réadmet sur son territoire, à la demande de l'autre Partie contractante et sans autres formalités que celles prévues par le présent Accord, le ressortissant d'un Etat tiers qui a transité ou séjourné sur son territoire et s'est rendu directement sur le territoire de l'autre Partie, lorsqu'il ne remplit pas les conditions d'entrée ou de séjour applicables sur le territoire de la Partie contractante requérante. 2. Chaque Partie contractante réadmet sur son territoire, à la demande de l'autre Partie contractante et sans autres formalités que celles prévues par le présent Accord, le ressortissant d'un Etat tiers qui ne remplit pas les conditions d'entrée ou de séjour applicables sur le territoire de la Partie contractante requérante, lorsque ce ressortissant dispose d'un visa, d'une autorisation de séjour de quelque nature que ce soit, ou d'un passeport pour étranger en cours de validité, délivrés par la Partie contractante requise. ".

5. Il ressort de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement, soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen qui l'a autorisé à entrer ou l'a admis au séjour sur son territoire, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 de ce code. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagé l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un État membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.

6. Il ne ressort pas des quelques pièces produites par le requérant, dont l'arrivée dans l'espace Schengen date de moins de quatre mois à la date de la décision attaquée, qu'il disposerait d'un droit au séjour au Portugal et en Espagne, ni de quelconques liens familiaux ou personnels dans ces deux pays. Il n'allègue d'ailleurs pas avoir demandé sa réadmission dans un de ces pays. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en n'envisageant pas une réadmission avant de prendre l'obligation de quitter le territoire français contestée ne peut qu'être écarté.

7. Il ne ressort pas des termes de son arrêté que le préfet, qui s'est fondé sur les 2° et 8° du III de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se serait cru en situation de compétence liée pour refuser d'accorder à M. D un délai de départ volontaire. Dès lors qu'ainsi qu'il l'a été dit au point précédent le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en décidant d'édicter une obligation de quitter le territoire français au lieu d'une mesure de réadmission, le requérant, qui ne justifie d'aucune garantie de représentation en Espagne, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen, invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, tiré de l'illégalité des décisions d'obligation de quitter le territoire français et de refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

9. M. D n'est entré dans l'espace Schengen que depuis quelques mois et ne justifie d'aucune attache familiale et personnelle en France, ni même en Espagne. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que cette interdiction de retour sur le territoire français d'une durée limitée à un an porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen, invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, tiré de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Gard du 11 septembre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B D, au préfet du Gard et à Me Rosé.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2025.

La rapporteure,

M. E

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 3 juillet 2025.

La greffière,

A. Junon

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