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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2500146

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2500146

vendredi 16 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2500146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui contestait un arrêté préfectoral du 26 septembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et lui interdisant le retour pour un an. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la cheffe de la section éloignement bénéficiant d'une délégation régulière. Il a jugé que la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, la cellule familiale pouvant se reconstituer au Maroc. Les autres moyens, notamment tirés de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur de qualification juridique, ont également été rejetés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2025, M. E B, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 26 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire sans délai de départ volontaire et a pris une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à payer à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'admission à l'aide juridictionnelle ou à lui verser directement en cas de non admission.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2025, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Ruffel, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité marocaine né le 31 août 1997, est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2021 selon ses déclarations. Le 26 septembre 2024, M. B a été interpellé pour des faits de détention et d'usage de faux documents. Par un arrêté du

26 septembre 2024, le préfet de l'Hérault a décidé d'obliger M. B à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a également pris à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête,

M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 26 septembre 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé pour le préfet de l'Hérault, par Mme C A, cheffe de la section éloignement. Par arrêté du 25 juin 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme C A, aux fins de signer les décisions d'éloignement des étrangers en situation irrégulière. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'obligation de quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. B fait valoir qu'entré en France en 2021, il y vit avec son épouse, titulaire d'une carte de résident, ainsi qu'avec leur enfant et avec le fils ainé de son épouse issu d'une première union, et y travaille comme coiffeur. Toutefois, M. B n'établit pas sa présence sur le territoire français avant l'année 2023. S'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est effectivement marié à une compatriote, qui pouvait solliciter le regroupement familial en faveur de son époux, et que de cette union est né un enfant, la cellule familiale peut se reconstituer au Maroc. Enfin, si M. B n'a pas été condamné, à la date de la décision attaquée, pour les faits de détention et usage de faux document et usage de stupéfiants, il ressort néanmoins du procès-verbal du 26 septembre 2024 qu'il a fait l'objet d'une convocation sur reconnaissance préalable de culpabilité près le tribunal judiciaire de Montpellier le 28 novembre 2024 pour ces faits. Dans ces conditions, en obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet de l'Hérault n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de l'intéressé et n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. L'épouse du requérant possédant la même nationalité que lui et aucune circonstance ne faisant obstacle à ce qu'elle l'accompagne en cas de retour dans son pays d'origine, la décision attaquée n'implique pas de séparer les enfants de l'un ou l'autre de leurs parents. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations citées au point précédent doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant absence de délai de départ volontaire :

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6,

L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

8. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur le 3° de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a considéré qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement en se fondant sur le 1°, le 7° et le 8° de l'article L. 612-3 du même code. Le requérant ne conteste pas son entrée irrégulière sur le territoire français ni son absence de droit au séjour, ni enfin avoir détenu et utilisé un titre de séjour falsifié. Dans ces conditions, à supposer que M. B bénéficie effectivement de garanties de représentation comme il le soutient, le préfet a fait une exacte appréciation des dispositions 1° et 7° de l'article L. 612-3 précité en lui refusant un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Aucun délai de départ volontaire n'ayant été octroyé à M. B, le préfet devait en application des dispositions précitées et en l'absence de circonstances prononcer une interdiction de retour sur le territoire français. M. B, qui ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire, argue de sa situation familiale sur le territoire français et de la circonstance que le placement en garde à vue n'établit pas la matérialité de l'infraction. Toutefois, il ressort ce qui a été dit au point 4 du présent jugement que la présence de M. B sur le territoire français où il a effectivement construit sa cellule familiale est récente à la date de la décision attaquée. Si, à cette date, M. B n'avait pas fait l'objet d'une condamnation pénale, il ressort toutefois des pièces du dossier, comme indiqué précédemment, qu'il représente une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été convoqué le 28 novembre 2024 afin de comparaitre dans le cadre d'une procédure de reconnaissance préalable de culpabilité pour ces faits. Si le requérant n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, les éléments qui précèdent sont de nature à justifier légalement dans sa durée, qui n'est que d'une année, l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre par le préfet de l'Hérault. Par suite le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour pour une durée d'un an est entachée d'erreur d'appréciation doit être écarté.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 à 6 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2024 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Vincent Rabaté, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Camille Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2025.

La rapporteure,

C. D

Le président,

V. Rabaté

La greffière,

E. Tournier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 16 mai 2025.

La greffière,

E. Tournier

fg

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