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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2500174

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2500174

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2500174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2025, Mme A C, représentée par Me Badji-Ouali, demande au tribunal :

1°) de suspendre l'exécution, d'une part, de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a, le 19 novembre 2024, rejeté son recours gracieux formé le 23 juillet 2024 contre l'arrêté du 5 juin 2024 rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'interdisant de retour pour une durée de trois mois, d'autre part, dudit arrêté ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de l'admettre au séjour au titre de la vie privée et familiale à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence à prononcer la suspension des décision en litige est établie dès lors qu'elle est soumise à un risque d'éloignement alors qu'elle travaille, régulièrement en CDI pour un salaire d'environ 1 600 euros nets mensuels, depuis le 8 décembre 2023 en France, où elle vit avec un ressortissant turc, titulaire d'une carte de résident, et avec lequel elle a un enfant né le 27 juillet 2021 à Montpellier, de sorte que son éloignement priverait ainsi l'un ou l'autre des deux parents de la présence de son enfant ;

- la décision de rejet de son recours gracieux et l'arrêté du 5 juin 2025 sont entachés :

. d'une insuffisance de motivation faute de précision sur sa situation familiale, alors qu'elle a fondé une famille sur le territoire français où elle réside depuis dix années consécutives et où elle atteste d'une bonne insertion professionnelle ;

. la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle eu égard à l'ancienneté de sa présence en France depuis 2014 et à son intégration sociale et professionnelle, compte tenu du pouvoir de régularisation exceptionnel dont dispose du préfet par assimilation aux dispositions des articles L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, même si celles-ci ne sont pas directement applicables aux ressortissants marocains ;

. la décision méconnaît l'article L. 423-23 du même code et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, car sa vie privée et familiale est établie en France depuis 2014 ;

. elle méconnaît les stipulations des articles 3-1, 7, 8 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire, enregistré le 30 janvier 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie, l'intéressée, qui s'était soustraite à la précédente mesure d'éloignement prise le 19 octobre 2021 à son encontre, dont la légalité a été confirmée par le Tribunal et qui est devenue définitive, ne justifie d'aucun droit pour pouvoir exercer l'activité professionnelle dont elle se prévaut, en outre, son concubin, qui est titulaire d'une carte de résident de dix ans, peut, temporairement, s'occuper de leur enfant dans l'attente de l'obtention d'un visa de long séjour qui lui serait délivré par les autorités consulaires françaises au Maroc ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand, vice-président,

- les observations de Me Pitel-Marie, substituant Me Badji-Ouali, représentant Mme C et de M. B pour le préfet de l'Hérault.

Considérant ce qui suit :

1. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

2. Mme C, de nationalité marocaine, née le 17 avril 1990, déclare être entrée en France le 14 septembre 2014, sous couvert d'un visa court séjour. Elle a sollicité, en dernier lieu le 7 mai 2024, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salariée. Par arrêté du 5 juin 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à cette demande, a obligé l'intéressée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en l'interdisant de retour en France durant trois mois. Par la présente requête, Mme C demande la suspension de l'exécution, d'une part, de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a, le 19 novembre 2024, rejeté son recours gracieux formé le 23 juillet 2024 contre l'arrêté du 5 juin 2024 d'autre part, de cet arrêté.

3. En l'état, aucun des moyens de la requête n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige par lesquelles, pour fonder la mesure d'éloignement prise à l'encontre de Mme C, le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour qu'elle a présentée, le 6 mai 2024, en qualité de salariée, dès lors notamment, d'une part, qu'elle ne remplit pas les conditions légales pour pouvoir prétendre à la délivrance sur ce fondement, et, d'autre part, qu'au regard de sa situation privée et familiale, s'étant déclarée célibataire sur cette même demande, l'intéressée n'apporte pas d'éléments de nature à justifier la communauté de vie qu'elle allègue depuis juin 2016 avec son compagnon, de nationalité turque, qui séjourne régulièrement en France et avec lequel elle a eu une fille née en juillet 2021, ni, du reste, que celui-ci contribue à l'entretien de cet enfant.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition liée à l'urgence, il a y lieu de rejeter les conclusions aux de suspension et d'injonction de la requête de Mme C et, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au préfet de l'Hérault.

Fait à Montpellier, le 7 février 2025.

Le juge des référés,

E. Souteyrand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 février 2025.

Le greffier,

D. Martinier

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