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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2500396

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2500396

vendredi 4 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2500396
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAZIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier (2ème chambre) a rejeté la requête de Mme C, ressortissante gabonaise, qui contestait l'arrêté préfectoral du 3 septembre 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a estimé que la décision de refus de séjour était suffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. S'appuyant sur l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le tribunal a considéré que le préfet n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en refusant le titre, faute pour la requérante de justifier du caractère réel et sérieux de ses études.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2025, Mme A C, représentée par

Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire durant trois mois ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et dans l'attente de lui délivrer un récépissé dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à Me Bazin au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnait les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration pour être insuffisamment motivées ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions précédentes ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2025, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Mme C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Pater, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante gabonaise née le 3 janvier 2003, entrée sur le territoire national le 3 septembre 2023 munie d'un visa " étudiant ", a sollicité le 1er juillet 2024 le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ". Par la présente requête, Mme C demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 3 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire durant trois mois.

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article

L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée mentionne les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les éléments de fait propres à la situation personnelle de Mme C, tenant aux études pour lesquelles elle a sollicité un titre de séjour. La circonstance que le préfet de l'Hérault n'ait pas mentionné les raisons exposées par la requérante pour lesquelles elle a échoué à l'université la première année ainsi que son projet de réorientation ne sont pas de nature à faire regarder cette motivation comme insuffisante. Dès lors, la décision attaquée énonce les éléments de fait et de droit sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a obtenu un visa " étudiant " pour suivre des études en licence 1 " sciences du langage " à l'université Paul Valéry de Montpellier au titre de l'année universitaire 2023/2024. Pour expliquer les raisons pour lesquelles elle a été ajournée avec de nombreuses absences injustifiées, elle déclare, sans toutefois le justifier, avoir connu des difficultés d'adaptation et des " problèmes d'anxiété ". Si, compte tenu de son impossibilité de " sortir de chez elle ", elle s'est inscrite cette même année à une formation privée financée par ses parents pour préparer un CAP " petite enfance ", elle ne produit aucun résultat et cette formation, uniquement accessible en ligne et intégralement poursuivie à distance, ne peut en tout état de cause s'analyser comme un enseignement ou des études poursuivies en France au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, Mme C ne justifie pas d'une volonté réelle de suivre des études sur le territoire national et en rejetant la demande de

Mme C de se réorienter vers une inscription en première année de Licence en ressources humaines, le préfet de l'Hérault ne pas méconnu les dispositions précitées.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour doivent être rejetées.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. L'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par

M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté du 7 juin 2024 régulièrement publié, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. B à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Compte tenu de sa précision, cette délégation n'est pas d'une portée trop générale. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Il ressort des pièces du dossier, que Mme C est arrivée récemment sur le territoire national et n'établit ni n'allègue avoir des attaches personnelles ou familiales en France alors qu'elle passé la majeure partie de sa vie au Gabon. Dans ces conditions, nonobstant le fait qu'elle soit venue en France pour pouvoir poursuivre des études universitaires avec l'aide financière de sa famille et qu'après une année difficile, elle espère enfin pouvoir suivre ses cours de manière assidue, en prenant la décision attaquée, le préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire sont rejetées.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

11. Les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire n'étant, eu égard à ce qui vient d'être dit, pas entachées d'illégalité, l'exception d'illégalité soulevée par Mme C sera écartée.

12. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8. ".

13. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8. ".

14. Après avoir visé le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier l'article L. 612-8 précité, la décision d'interdiction de retour contestée, mentionne que M. C être entrée sur le territoire national en 2023, qu'elle est célibataire sans enfant et ne justifie pas avoir transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire national, qu'elle n'a pas fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement antérieure et ne représente pas une menace pour l'ordre public. La décision du préfet de l'Hérault, qui a apprécié la situation de la requérante au regard des quatre critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte ainsi un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent et permettent à l'intéressée de la comprendre. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.

15. Si Mme C déclare avoir vainement, en raison de " problème administratif ", tenté de suivre des études au Gabon, elle n'en justifie pas et pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 9, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision d'interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois mois sur sa situation personnelle doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de l'Hérault et à

Me Bazin.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

M. Jacob, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2025

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

J.P Gayrard

La greffière,

P. Albaret

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 juillet 2025

La greffière,

P. Albaret

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