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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2500813

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2500813

mardi 17 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2500813
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSUMMERFIELD GABRIELLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté du préfet de l'Allier l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour trois ans. Le tribunal a estimé que la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la récence de sa relation et de l'absence d'insertion socio-professionnelle établie. Il a également écarté le moyen tiré d'un détournement de pouvoir visant à faire obstacle à son mariage, la décision n'ayant pas cet objet. La requête a été rejetée sur le fondement des articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 février 2025, M. A B, représenté par Me Summerfield, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 août 2024 par lequel le préfet de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Summerfield en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la mesure d'éloignement porte atteinte à sa vie privée et familiale en méconnaissance des articles 8 et 12 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est constitutive d'un détournement de pourvoir visant à faire obstacle à sa liberté fondamentale de se marier ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnaît les stipulations de l'article 7 de la directive " retour " ;

- la décision portant interdiction de retour est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délai ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Charvin, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de son interpellation par les services de la gendarmerie nationale, dans la cadre d'un contrôle routier réalisé le 15 août 2024 sur le territoire de la commune de Montmarault (Allier), M. B, ressortissant algérien né 1er juillet 1991, a été placé en retenue administrative en vue de la vérification de son droit au séjour. Le même jour, le préfet de l'Allier a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article 12 de la convention de sauvegarde et des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " A partir de l'âge nubile, l'homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l'exercice de ce droit ".

3. M. B ne saurait utilement se prévaloir des stipulations précitées de l'article 12 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la décision qu'il conteste n'a ni pour objet ni pour effet de lui interdire de se marier, mais seulement de l'obliger à quitter le territoire français en raison de l'irrégularité de son séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Si M. B déclare être entré en France en 2020, il n'établit, par la production d'une simple attestation d'hébergement de sa compagne et d'un contrat d'abonnement auprès de la société EDF, toutes deux datées du mois d'août 2024, ni la date de son entrée ni la continuité de son séjour sur le territoire français. S'il justifie être hébergé depuis le début de l'année 2024 par une ressortissante française, avec laquelle il envisage de se marier, cette relation récente ne saurait, à elle seule, suffire à démontrer qu'il aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, alors qu'il ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle particulière ni ne soutient être privé de toute attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de M. B en France, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de l'Allier n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Dès lors, ainsi qu'il a été exposé au point 3, que la décision contestée ne peut être regardée comme ayant eu pour motif déterminant de faire obstacle au mariage du requérant, le moyen tiré de ce qu'elle serait entachée d'un détournement de pouvoir ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 précise que ce risque peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, lorsque : " 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

8. Si M. B soutient que la décision par laquelle le préfet de l'Allier a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 7 de la directive " retour " du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, lesquelles ont été transposées par les articles L. 612-2 et L. 612-3 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne présenterait pas un risque de fuite particulier, qu'il n'aurait pas présenté de demande de titre de séjour frauduleuse et que son comportement ne constituerait pas un trouble à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré en situation irrégulière sur le territoire français et s'y est maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Il entrait ainsi dans les cas où, en application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet pouvait légalement considérer qu'il existait un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. La décision refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale doit être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et de dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

12. M. B se prévaut de sa vie de couple en France et de son projet de mariage avec une ressortissante française. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement, eu égard aux conditions de son entrée et de son séjour en France ainsi qu'à son insertion socio-professionnelle, que les circonstances dont le requérant fait état ne présentent pas de caractère humanitaire et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, malgré la circonstance que l'intéressé ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée, le préfet de l'Allier n'a, en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, ni méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Allier du 15 août 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Allier de prendre de telles mesures doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

15. Les dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au préfet de l'Allier et à Me Summerfield.

Délibéré à l'issue de l'audience du 3 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,

Mme Aude Marcovici, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2025.

Le président-rapporteur,

J. Charvin

La greffière,

A-L. EdwigeL'assesseur le plus ancien,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Allier en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 juin 2025,

La greffière,

A-L. Edwigeale

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