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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2500848

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2500848

vendredi 28 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2500848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 et 14 février 2025, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Rafa Travel, représentée par Me de Prémare, demande au juge des référés, dans ses dernières écritures :

1°) de suspendre l'exécution de la décision de la Caisse des dépôts et consignations du 5 novembre 2024 portant notification de l'ouverture de la procédure contradictoire prévue par l'article 13 des conditions générales d'utilisation de " Mon Compte Formation ", assortie de mesures conservatoires consistant en la suspension des paiements et en son déréférencement de la plateforme, et de la décision définitive du 10 février 2025 confirmant cette décision ;

2°) d'ordonner à la Caisse des dépôts et consignations de la rétablir rétroactivement dans ses droits et de procéder au paiement des sommes qui lui sont dues, soit la somme totale de 117 996 euros arrêtée au 3 décembre 2024, sauf à parfaire ;

3°) de condamner la Caisse des dépôts et consignations à lui payer la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que, 90% des formations qu'elle propose étant éligibles au compte personnel de formation, la suspension des paiements pour les formations échues depuis le 27 septembre 2024 et l'impossibilité, du fait de son déréférencement, de vendre des formations la placeront à très brefs délais en cessation de paiement, faute de pouvoir s'acquitter de ses charges ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, qui prononcent les mêmes sanctions administratives et sont affectées des mêmes irrégularités, dès lors que :

. la procédure contradictoire conventionnelle n'a pas été respectée dès lors qu'elle n'a pas été entendue avant l'édiction des mesures conservatoires, lesquelles ne pouvaient pas légalement être mises en œuvre en l'absence de manquements graves de sa part ;

. la compétence de la signataire de la décision du 5 novembre 2024 n'est pas démontrée ;

. les mesures prises à son encontre ne sont pas suffisamment motivées ;

. elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation et sont disproportionnées ; aucune manœuvre frauduleuse ne saurait lui être reprochée et elle a rectifié les anomalies figurant dans ses publications pour se conformer strictement à la réglementation ; certaines des erreurs relevées ne lui sont pas imputables et les griefs formulés à son encontre ne sont pas fondés dès lors que ses offres répondent aux besoins professionnels des apprenants.

Par des mémoires en défense enregistrés les 14 et 19 février 2025, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par Adden Avocats, conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer sur les conclusions de la société Rafa Travel dirigées contre la décision du 5 novembre 2024 et au rejet des conclusions dirigées contre la décision du 10 février 2025 comme irrecevables, à titre subsidiaire, au rejet de la requête comme non fondée et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante.

Elle soutient que :

- la demande de suspension de l'exécution de la décision du 5 novembre 2024 est devenue sans objet dès lors que les mesures conservatoires prises à l'encontre de la société Rafa Travel ont été remplacées dans l'ordonnancement juridique par les mesures de sanction prononcées par la décision du 10 février 2025, qui constitue un acte administratif distinct emportant des effets propres et n'est donc pas assimilable à un acte confirmatif de la lettre d'observations ;

- les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 10 février 2025, qui devaient faire l'objet d'une instance distincte, sont irrecevables ;

- à titre subsidiaire, l'urgence n'est pas démontrée et les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation présentée par la société Rafa Travel, enregistrée le 4 février 2025 sous le n° 2500849 ;

Vu :

- le code du travail ;

- les conditions générales d'utilisation de la plateforme " Mon Compte Formation " ;

- les conditions particulières " organismes de formation " d'avril 2022 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Encontre, juge des référés ;

- les observations de Me de Prémare, pour la société Rafa Travel,

- les observations de Me Guena, pour la Caisse des dépôts et consignations.

Considérant ce qui suit :

1. La société Rafa Travel, créée en 2022, propose des actions de formation spécialisées pour les conducteurs de véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC) et les chauffeurs de taxi dans l'Hérault, la Seine-Saint-Denis et les Pyrénées-Orientales, départements pour lesquels elle bénéficie d'agréments préfectoraux pour la préparation des stages à la formation initiale et continue, l'essentiel de son chiffre d'affaires provenant de son référencement sur la plateforme " Mon Compte Formation " gérée par la Caisse des dépôts et consignations. Par un courrier du 5 novembre 2024, la Caisse des dépôts et consignations a notifié à la société requérante l'ouverture de la procédure contradictoire prévue à l'article 13 des conditions générales d'utilisation de " Mon Compte Formation ", et l'a informée que deux mesures étaient prises à titre conservatoire jusqu'au terme de la procédure contradictoire, consistant en un blocage des paiements des actions de formation effectuées ou en cours et en son déréférencement sur la plateforme " Mon Compte Formation ". La société Rafa Travel a formé un recours gracieux contre cette décision, daté du 13 décembre 2024, et, par la présente requête, la société Rafa Travel demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 novembre 2024 et de la décision du 10 février 2025 portant clôture de la procédure contradictoire et l'informant de la décision définitive prise à son encontre en application de l'article R. 6333-6 du code du travail, intervenue en cours d'instance.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 5 novembre 2024 :

2. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 10 janvier 2025, la Caisse des dépôts et consignations a procédé à la clôture de la période contradictoire prévue à l'article 13 des conditions générales d'utilisation de " Mon Compte Formation ", et décidé, d'une part, de procéder au déférencement de la société Rafa Travel pour une durée de quatre mois à compter de la notification de cette décision et, d'autre part, de ne pas payer les formations pour les dossiers considérés comme non conformes ou inéligibles au compte personnel de formation (CPF) ou de demander le remboursement des sommes versées lorsqu'elles ont fait l'objet d'une leur prise en charge. Il en résulte que les deux mesures de sauvegarde prononcées à l'encontre de la société Rafa Travel Atlas ont pris fin avec cette décision du 10 janvier 2025 et qu'ainsi, les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 5 novembre 2024 prononçant ces mesures conservatoires sont devenues sans objet. Il n'y a, par suite, pas lieu d'y statuer.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 10 février 2025 :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

4. D'une part, ainsi que le fait valoir la Caisse des dépôts et consignations en défense, les mesures de déréférencement de la société Rafa Travel de la plateforme " Mon Compte Formation " pour une durée de quatre mois et de non-paiement ou de remboursement des formations non conformes ou inéligibles au CPF prononcées par la décision du 10 février 2025 qui a clôturé la procédure contradictoire, qui prennent effet à compter de la notification de cette décision, constituent des sanctions administratives qui ne sont pas de même nature que les mesures de sauvegarde prises à titre conservatoire à l'encontre de la société Rafa Travel le 5 novembre 2024. La décision du 10 février 2025 ne constitue donc pas, contrairement à ce que soutient la société Rafa Travel, une décision confirmative de la décision du 5 novembre 2025. Cependant, dès lors que, par un mémoire enregistré le 14 février 2025, la société Rafa Travel a contesté, dans le délai de recours contentieux, la légalité de la décision du 10 février 2025 dans le cadre de sa requête en annulation susvisée n° 2500849, introduite le 4 février 2025, dirigée contre la décision du 5 novembre 2024 et que les deux décisions en cause se rapportent à une même procédure de contrôle diligentée par la Caisse des dépôts et consignations et peuvent, de ce fait, être contestées dans le cadre de la même instance, la fin de non-recevoir tirée de ce que la contestation par la société Rafa Travel de la décision du 10 février 2025 devait faire l'objet d'une requête distincte doit être écartée.

5. D'autre part, la Caisse des dépôts et consignations n'est pas fondée à soutenir que les conclusions dirigées contre la décision du 10 février 2025 seraient irrecevables en vertu des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, à défaut de moyens dirigés contre cette décision, dès lors que, dans ses mémoires enregistrés le 14 février 2025, la société Rafa Travel indique que les décisions des 5 novembre 2024 et 10 février 2025 sont " toutes deux affectées des mêmes irrégularités " et que, par suite, les moyens soulevés à l'encontre de la décision du 5 novembre 2024 doivent être regardés comme également invoqués contre la décision du 10 février 2025. Par suite, cette fin de non-recevoir ne saurait davantage être accueillie.

Sur la demande de suspension :

6. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

7. Il résulte de l'instruction que les sanctions litigieuses ont été prononcées en raison de manquements de la société Rafa Travel des conditions générales régissant le financement du CPF, la société se voyant reprocher d'avoir procéder à une démultiplication abusive de ses actions de formation proposées sur la plateforme, de ne pas avoir respecté les agréments qui lui ont été délivrés par les préfets de l'Hérault et de la Seine-Saint-Denis l'autorisant à préparer des stages de formation initiale et continue des chauffeurs de VTC et taxi sur un seul lieu de réalisation des formations spécifié dans chaque agrément puisqu'elle a indiqué, dans son catalogue de formations, 15 lieux/villes différentes pour l'Hérault et 25 lieux/villes différentes pour la Seine-Saint-Denis et d'avoir proposé des stages de formation continue, prévus par l'article R. 3120-8-2 du code des transports, inéligibles au CPF. L'objet de la décision du 10 février 2025 est ainsi tout autant de mettre fin et de réprimer des manquements de la société Rafa Travel aux engagements qu'elle a souscrits que d'assurer l'intérêt public qui s'attache à la protection des fonds publics dévolus au CPF. La circonstance que cette décision aura un effet défavorable sur l'activité de la société ne saurait dès lors constituer un élément de nature à caractériser une urgence que pour autant que la protection ainsi recherchée de l'ordre public ne porte pas elle-même, dans cette mesure, une atteinte excessive aux intérêts de la personne sanctionnée.

8. En l'espèce, si la société Rafa Travel expose que 90 % de son chiffre d'affaires repose sur les formations qu'elle dispense au titre du CPF, et qui donnent lieu à un paiement par la Caisse des dépôts et consignations, et qu'un déréférencement ne lui permet donc plus d'accéder à ce secteur de formation, la privant ainsi de l'essentiel de ses ressources, elle ne démontre pas, et il ne ressort pas davantage des éléments produits, qu'elle serait dans l'impossibilité de proposer ses formations autrement que par le biais du dispositif " Mon compte formation ", notamment en ce qui concerne les formations qu'elle propose et qui ont été considérées lors du contrôle comme inéligibles au CPF. Par ailleurs, la société se borne à produire des relevés de son compte bancaire, présentant au demeurant un solde créditeur, ainsi qu'un courrier de relance de l'agence immobilière relatif au paiement du loyer de janvier 2025 de son local commercial situé à Noisy-le-Grand, sans fournir les éléments relatifs à ses charges sociales et fiscales, à ses frais de fonctionnement et les contrats des deux salariés qu'elle indique employer, ni aucun document comptable permettant de comparer sa situation actuelle avec sa situation antérieure. Elle ne peut en outre, pour soutenir que la décision du 10 février 2025 mettrait en péril la pérennité de l'entreprise, se prévaloir d'une convention de prestations de services de mise à disposition d'un bureau à Montpellier, conclue pour une durée de six mois à compter du 1er novembre 2022, et une mise en demeure de l'Urssaf datée du 8 mars 2024, relative au paiement de sommes résultant de redressements notifiés le 2 octobre 2023, opérés à la suite d'un contrôle de la société réalisé en application de l'article R. 243-59 de la sécurité sociale. Dans ces conditions, et eu égard à l'intérêt public qui s'attache, d'une part, au bon fonctionnement du dispositif de financement de formation continue " Mon compte formation " et, d'autre part, à la préservation des finances publiques, les éléments avancés par la société Rafa Travel ne permettent pas de regarder la condition d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative comme remplie.

9. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'urgence, et sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe, au regard des moyens invoqués, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par la société Rafa Travel.

En ce qui concerne les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge des parties les sommes qu'elles ont exposées au titre des frais non compris dans les dépens.

O R D O N N E

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la société Rafa Travel tendant à la

suspension de l'exécution de la décision du 5 novembre 2024 par laquelle la Caisse des dépôts et consignations a pris à son encontre deux mesures de sauvegarde jusqu'au terme de la procédure contradictoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par la Caisse des dépôts et consignations au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée unipersonnelle Rafa Travel et à la Caisse des dépôts et consignations.

Fait à Montpellier, le 28 février 2025

La juge des référés,

S. Encontre

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 février 2025.

La greffière,

L. Rocher lr

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