jeudi 3 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2500856 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LAPORTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 février 2025, le 8 mai 2025 et le 12 mai 2025, Mme C B, représentée par Me Laporte, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé le renouvellement de son titre de séjour, a prononcé une obligation de quitter le territoire français et une interdiction de retour d'une durée de 3 mois ;
3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour temporaire " étudiant ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de la demande ;
- le préfet a commis une erreur de fait en considérant qu'elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux du suivi de ses études ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en retenant que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle a établi ses intérêts privés en France.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les conséquences de cette décision sur sa situation personnelle n'ont pas été prises en compte.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2025, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E ;
- les observations de Me Laporte, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante Béninoise, née le 10 mai 1999, est entrée sur le territoire français le 12 septembre 2020 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valable du 8 septembre 2020 au 8 septembre 2021. Elle a ensuite été titulaire d'une carte de séjour temporaire en tant qu'étudiante du 4 janvier 2022 au 3 novembre 2023. Par une demande du 15 novembre 2023, Mme B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 25 novembre 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et l'a assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour d'une durée de trois mois. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté du 25 novembre 2024.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
3. En l'espèce, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Hérault et par délégation par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault. Par un arrêté n° 2024-06-DRCL-230 du 7 juin 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 122 du 14 juin 2024, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. A à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire :
4. En premier lieu, la décision portant refus de titre et obligation de quitter le territoire comporte de façon suffisamment détaillée, les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Elle mentionne la situation administrative, personnelle et familiale de Mme B de sorte qu'elle résulte d'un examen réel et complet. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen réel et complet peut être rejeté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an ". Aux termes de l'article R.433-1 du même code : " L'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code. ".
6. En l'espèce, pour refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité, le préfet s'est fondé sur le fait que Mme B a été inscrite en licence 3 de sciences de la vie entre 2020 et 2022 où elle a été ajournée deux fois, qu'elle s'est orientée vers un titre professionnel " manager d'unité marchande " au titre de l'année 2022-2023 et qu'elle ne produit aucune inscription universitaire depuis 2023. S'il ressort des pièces du dossier que Mme B a produit une attestation en date du 9 janvier 2025 selon laquelle elle a suivi une formation intitulée " Bachelor européen marketing digital " du 26 mars 2024 au 29 janvier 2025, le préfet de l'Hérault a valablement considéré que le parcours de Mme B ne caractérisait pas une progression dans les études. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait en ce qu'elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux du suivi de ses études doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle (). ".
8. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a relevé que la requérante a fait l'objet d'une ordonnance pénale près le tribunal judiciaire d'Orléans pour recel de bien obtenu à l'aide d'une escroquerie et a estimé qu'elle présentait une menace à l'ordre public. Si la requérante est fondée à soutenir qu'eu égard à la nature et à l'ancienneté de l'infraction reprochée, son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public à la date de la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait néanmoins pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur le motif tiré du défaut de sérieux dans la progression de ses études.
9. En dernier lieu, Mme B ne justifie pas d'une ancienneté significative sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, elle est célibataire et sans charge de famille, et ne fait état d'aucun liens personnels sur le territoire, ni d'aucune intégration particulière, laquelle ne saurait résulter de son engagement associatif et du service civique qu'elle a effectué du 5 septembre 2024 au 4 mai 2025. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue d'attaches au Bénin où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, et alors même que la décision attaquée la prive de la possibilité de poursuivre sa formation en France, Mme B n'est pas fondée à soutenir que cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois :
10. En premier lieu, Mme B, qui n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'interdiction de retour.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612- 10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). ".
12. En l'espèce, si Mme B ne représente pas une menace pour l'ordre public et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, au regard de la durée de présence en France et de l'absence de liens stables sur le territoire français de l'intéressée, le préfet de l'Hérault a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois.
13. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Laporte et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 19 juin 2025 à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2025.
La Présidente-rapporteure,
F. E
L'assesseure la plus ancienne,
M. D
La greffière
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 3 juillet 2025.
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026