jeudi 2 octobre 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2500870 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MAZAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 février 2025, M. E... F..., représenté par Me Mazas, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de l’Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti son refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois mois ;
2°) d’enjoindre au préfet de l’Hérault de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées et entachées d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- elles sont entachées d’erreur manifeste d’appréciation en ce que sa présence sur le territoire français ne porte pas atteinte à l’ordre public ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 6-5 de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 28 avril 2025, le préfet conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. F... été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 6 janvier 2025
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme B...,
les observations de M. F....
Considérant ce qui suit :
1. M. F..., ressortissant algérien né le 15 octobre 1979, est entré en France le 16 novembre 2018 sous couvert d’un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles, valable du 28 juin au 27 décembre 2018, accompagné de son épouse et de leurs trois enfants. Il a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français assortie d’une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un mois par un arrêté du 22 mars 2018, confirmé par un jugement de ce tribunal le 15 mai 2019 et par la cour administrative d’appel de Marseille le 15 septembre 2020, puis d’un refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français par arrêté du 14 août 2020, confirmé par un jugement de ce tribunal le 26 mars 2021. Le 26 mars 2024, il a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 10 juillet 2024, le préfet de l’Hérault a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois mois. Par la présente requête, M. F... demande l’annulation de cet arrêté.
2. L’arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français et satisfait ainsi aux exigences des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration et de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Si M. F... fait valoir que l’arrêté ne vise pas l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, n’indique pas que deux de ses cinq enfants sont nés en France et ne précise ni la scolarisation de chacun de ses enfants, ni la situation de handicap de sa fille A... C..., atteinte d’une surdité bilatérale, l’absence de mention de ces éléments ne sauraient, d’une part, entacher l’arrêté d’une insuffisance de motivation qui permet au requérant de connaître le fondement juridique et les motifs du rejet de sa demande de titre de séjour et de l’obligation qui lui est faite de quitter le territoire français et, d’autre part, révéler un défaut d’examen réel et complet de la demande du requérant et de son droit au séjour au regard de sa situation familiale et de l’intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l’erreur de droit, tenant à l’absence d’un examen particulier de la situation de M. F..., ne peuvent qu’être écartés.
3. Aux termes de l’article L. 412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La circonstance que la présence d’un étranger en France constitue une menace pour l’ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l’autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu’à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention « résident de longue durée-UE ». » et selon L’article L. 432-1 du même code : « La délivrance d’une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d’une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l’ordre public. ».
4. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du tribunal correctionnel de Montpellier rendu le 13 juillet 2022, devenu définitif, M. F... a été reconnu coupable de faits de détérioration d’un bien appartenant à autrui et de violence aggravée par deux circonstances sur sa fille mineure de moins de 15 ans commis le 19 juin 2022 et condamné à quatre mois d’emprisonnement avec sursis simple. Ce jugement précise que M. F... a donné des coups de ceinture et des gifles à sa fille mineure en présence d’un autre mineur et en réunion. En outre, en dépit du caractère relativement récent de son entrée en France, il ressort du fichier de traitement d’antécédents judiciaires que le requérant est connu défavorablement des services de police pour des faits de conduite d’un véhicule sans permis le 18 mars 2020 et de soustraction à un arrêté d’expulsion le 12 février 2021. Au vu de ces éléments et compte tenu de la nature et de gravité des faits commis par M. F... en juin 2022, le préfet de l’Hérault a pu, sans entacher sa décision d’une erreur d’appréciation, retenir que le comportement du requérant constituait une menace pour l’ordre public.
5. Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien : « (…) Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (...) 5. au ressortissant algérien, qui n’entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (…) ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
6. Si M. F... fait valoir qu’il réside en France depuis 2018 avec son épouse et leurs enfants, il ressort des pièces du dossier que Mme F... est en situation irrégulière, que les parents et l’ensemble de la fratrie du requérant résident dans son pays d’origine où il n’est pas démontré que leurs cinq enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité et que la surdité de l’enfant A... C... ne pourrait faire l’objet d’une prise en charge médicale et éducative adaptée à son handicap. En outre, M. F... a fait l’objet de deux précédentes obligations de quitter le territoire français et le préfet en défense indique que son épouse et son fils aîné ont également fait l’objet de mesures d’éloignement auxquelles ils n’ont pas déféré. Dès lors que rien ne s’oppose à ce que la vie familiale de M. F... se poursuive en D... où il a vécu la majeure partie de son existence et où sa cellule familiale s’est d’ailleurs constituée, l’arrêté attaqué ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du 5° de l’article 6 de l’accord franco-algérien doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet de l’Hérault ne peut être regardé comme ayant entaché l’arrêté en litige d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. F....
7. Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant du 26 janvier 1990 : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».
8. Ainsi qu’exposé au point 7, dès lors que rien ne s’oppose à ce que M. F..., son épouse et ses enfants regagnent D..., pays dont ils sont tous des ressortissants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu’être écarté.
9. Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l’étranger n’est pas dans une situation mentionnée aux articles
L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français. ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l’édiction et la durée de l’interdiction de retour mentionnée à l’article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l’interdiction de retour prévue à l’article L. 612-11. ».
10. Au regard de la situation familiale de M. F..., des deux précédentes obligations de quitter le territoire français dont il a fait l’objet et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français, le préfet de l’Hérault n’a pas commis d’erreur d’appréciation en prononçant une interdiction de retour à B... du requérant, dont la durée de 3 mois n’est pas excessive.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F... tendant à l’annulation de l’arrêté du préfet de l’Hérault du 10 juillet 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E... F..., au préfet de l’Hérault et à Me Mazas.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Sabine Encontre, présidente,
M. Thomas Meekel, premier conseiller,
M. Mathieu Didierlaurent, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2025
La présidente-rapporteure,
S. B...
L’assesseur le plus ancien,
T. Meekel
La greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 octobre 2025,
La greffière,
C. Arce
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 février 2025, M. E... F..., représenté par Me Mazas, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de l’Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti son refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois mois ;
2°) d’enjoindre au préfet de l’Hérault de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées et entachées d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- elles sont entachées d’erreur manifeste d’appréciation en ce que sa présence sur le territoire français ne porte pas atteinte à l’ordre public ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 6-5 de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 28 avril 2025, le préfet conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. F... été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 6 janvier 2025
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme B...,
les observations de M. F....
Considérant ce qui suit :
1. M. F..., ressortissant algérien né le 15 octobre 1979, est entré en France le 16 novembre 2018 sous couvert d’un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles, valable du 28 juin au 27 décembre 2018, accompagné de son épouse et de leurs trois enfants. Il a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français assortie d’une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un mois par un arrêté du 22 mars 2018, confirmé par un jugement de ce tribunal le 15 mai 2019 et par la cour administrative d’appel de Marseille le 15 septembre 2020, puis d’un refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français par arrêté du 14 août 2020, confirmé par un jugement de ce tribunal le 26 mars 2021. Le 26 mars 2024, il a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 10 juillet 2024, le préfet de l’Hérault a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois mois. Par la présente requête, M. F... demande l’annulation de cet arrêté.
2. L’arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français et satisfait ainsi aux exigences des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration et de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Si M. F... fait valoir que l’arrêté ne vise pas l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, n’indique pas que deux de ses cinq enfants sont nés en France et ne précise ni la scolarisation de chacun de ses enfants, ni la situation de handicap de sa fille A... C..., atteinte d’une surdité bilatérale, l’absence de mention de ces éléments ne sauraient, d’une part, entacher l’arrêté d’une insuffisance de motivation qui permet au requérant de connaître le fondement juridique et les motifs du rejet de sa demande de titre de séjour et de l’obligation qui lui est faite de quitter le territoire français et, d’autre part, révéler un défaut d’examen réel et complet de la demande du requérant et de son droit au séjour au regard de sa situation familiale et de l’intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l’erreur de droit, tenant à l’absence d’un examen particulier de la situation de M. F..., ne peuvent qu’être écartés.
3. Aux termes de l’article L. 412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La circonstance que la présence d’un étranger en France constitue une menace pour l’ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l’autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu’à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention « résident de longue durée-UE ». » et selon L’article L. 432-1 du même code : « La délivrance d’une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d’une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l’ordre public. ».
4. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du tribunal correctionnel de Montpellier rendu le 13 juillet 2022, devenu définitif, M. F... a été reconnu coupable de faits de détérioration d’un bien appartenant à autrui et de violence aggravée par deux circonstances sur sa fille mineure de moins de 15 ans commis le 19 juin 2022 et condamné à quatre mois d’emprisonnement avec sursis simple. Ce jugement précise que M. F... a donné des coups de ceinture et des gifles à sa fille mineure en présence d’un autre mineur et en réunion. En outre, en dépit du caractère relativement récent de son entrée en France, il ressort du fichier de traitement d’antécédents judiciaires que le requérant est connu défavorablement des services de police pour des faits de conduite d’un véhicule sans permis le 18 mars 2020 et de soustraction à un arrêté d’expulsion le 12 février 2021. Au vu de ces éléments et compte tenu de la nature et de gravité des faits commis par M. F... en juin 2022, le préfet de l’Hérault a pu, sans entacher sa décision d’une erreur d’appréciation, retenir que le comportement du requérant constituait une menace pour l’ordre public.
5. Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien : « (…) Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (...) 5. au ressortissant algérien, qui n’entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (…) ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
6. Si M. F... fait valoir qu’il réside en France depuis 2018 avec son épouse et leurs enfants, il ressort des pièces du dossier que Mme F... est en situation irrégulière, que les parents et l’ensemble de la fratrie du requérant résident dans son pays d’origine où il n’est pas démontré que leurs cinq enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité et que la surdité de l’enfant A... C... ne pourrait faire l’objet d’une prise en charge médicale et éducative adaptée à son handicap. En outre, M. F... a fait l’objet de deux précédentes obligations de quitter le territoire français et le préfet en défense indique que son épouse et son fils aîné ont également fait l’objet de mesures d’éloignement auxquelles ils n’ont pas déféré. Dès lors que rien ne s’oppose à ce que la vie familiale de M. F... se poursuive en D... où il a vécu la majeure partie de son existence et où sa cellule familiale s’est d’ailleurs constituée, l’arrêté attaqué ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du 5° de l’article 6 de l’accord franco-algérien doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet de l’Hérault ne peut être regardé comme ayant entaché l’arrêté en litige d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. F....
7. Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant du 26 janvier 1990 : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».
8. Ainsi qu’exposé au point 7, dès lors que rien ne s’oppose à ce que M. F..., son épouse et ses enfants regagnent D..., pays dont ils sont tous des ressortissants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu’être écarté.
9. Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l’étranger n’est pas dans une situation mentionnée aux articles
L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français. ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l’édiction et la durée de l’interdiction de retour mentionnée à l’article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l’interdiction de retour prévue à l’article L. 612-11. ».
10. Au regard de la situation familiale de M. F..., des deux précédentes obligations de quitter le territoire français dont il a fait l’objet et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français, le préfet de l’Hérault n’a pas commis d’erreur d’appréciation en prononçant une interdiction de retour à B... du requérant, dont la durée de 3 mois n’est pas excessive.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F... tendant à l’annulation de l’arrêté du préfet de l’Hérault du 10 juillet 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E... F..., au préfet de l’Hérault et à Me Mazas.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Sabine Encontre, présidente,
M. Thomas Meekel, premier conseiller,
M. Mathieu Didierlaurent, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2025
La présidente-rapporteure,
S. B...
L’assesseur le plus ancien,
T. Meekel
La greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 octobre 2025,
La greffière,
C. Arce
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026