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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2501702

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2501702

mardi 17 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2501702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLAPORTE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de Mme B, ressortissante marocaine, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour étudiant et la mesure d'éloignement prise par le préfet de l'Hérault. Le tribunal a jugé que la décision était signée par une autorité compétente, suffisamment motivée, et que le préfet avait procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Il a estimé que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du caractère réel et sérieux des études n'était pas fondé, et que la décision ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. En conséquence, le tribunal a rejeté l'ensemble des conclusions de la requérante, y compris celles relatives à l'interdiction de retour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 mars et 27 mai 2025, Mme A B, représentée par Me Laporte, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste s'agissant du caractère réel et sérieux des études poursuivies ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle mentionne une date d'arrivée en France erronée ;

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2025, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gavalda,

- et les observations de Me Laporte, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine, née le 9 novembre 2002 à Sidi Belyout (Maroc), déclare être entrée en France le 8 septembre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", valable du 25 août 2020 au 23 octobre 2021. Elle a été titulaire de deux cartes de séjour temporaires portant la mention " étudiant ", du 8 novembre 2020 au 8 novembre 2022, puis d'une carte de séjour pluriannuelle " étudiant " du 11 novembre 2022 au 10 novembre 2024. Par un arrêté du 25 novembre 2024 dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault qui bénéficiait d'une délégation du préfet en vertu d'un arrêté du 7 juin 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault du 12 juin 2024, à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui n'ont pas à viser l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme B, énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Le préfet fait notamment état des circonstances de l'entrée et du séjour de l'intéressée en France depuis 2020, ainsi que de son parcours universitaire. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation des décisions attaquées, que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de Mme B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Et selon l'article R. 433-2 de ce code : " L'étranger déjà admis à résider en France qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance de la carte de séjour temporaire correspondant au motif de séjour de la carte de séjour pluriannuelle dont il est détenteur et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code. () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est d'abord inscrite au sein du parcours d'accès spécifique santé " Portail Sciences " auprès de l'université de Montpellier, au titre de l'année universitaire 2020-2021. Elle s'est ensuite réorientée et inscrite en licence 1 " sciences de la vie " en 2021-2022, où elle a été admise, puis en licence 2 " sciences de la vie ", où elle a été ajournée en 2022-2023 et en 2023-2024. A l'appui de sa demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant ", l'intéressée présente, pour la troisième année consécutive, une nouvelle inscription en licence 2 " sciences de la vie " ainsi qu'une inscription en bachelor 2 " International Business Administration ", sans établir que ce double cursus répondrait à une progression et à une cohérence dans son parcours universitaire. Si Mme B affirme qu'elle a rencontré des problèmes de santé, qui ont eu des répercussions sur le plan psychologique, l'unique attestation médicale qu'elle verse l'appui de ses allégations est postérieure à la décision attaquée et, en tout état de cause, insuffisante pour établir que son état de santé aurait été incompatible avec la poursuite de ses études entre 2020 et 2024. Dans ces conditions, et dès lors qu'il est constant que l'intéressée a uniquement validé sa première année de licence à l'issue de ses cinq années passées sur le territoire, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de l'Hérault a pu estimer que l'ensemble du parcours universitaire de l'intéressée ne revêtait pas un caractère sérieux et cohérent et était dépourvu de progression significative dans sa poursuite. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 précité doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. En se bornant à se prévaloir de son arrivée en France en 2020 afin d'y poursuivre ses études, de son parcours universitaire, de son engagement bénévole dans l'association Linkee Montpellier et de la présence sur le territoire de quatre de ses cousins et de sa tante, alors qu'elle n'établit pas être isolée dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans et où résident ses parents, Mme B ne démontre pas qu'elle aurait établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Hérault a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

10. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2.

11. En troisième lieu, si le préfet de l'Hérault a, dans la décision attaquée, commis une erreur de plume en indiquant une date d'entrée en France erronée, cette erreur est sans incidence sur sa légalité. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut d'examen réel de sa situation de doivent donc être écartés.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

13. Mme B est entrée récemment sur le territoire français, ne justifie pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, ni être démunie d'attaches familiales dans son pays d'origine, n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois. Le moyen doit donc être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, n'implique aucune mesure exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Charvin, président,

M. Lauranson, premier conseiller,

Mme Gavalda, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2025.

La rapporteure,

A. GavaldaLe président,

J. Charvin

La greffière,

L. Salsmann

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 juin 2025,

La greffière,

L. Salsmann

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