mardi 17 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2501746 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | MAVOUNGOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mars 2025, M. D C, représenté par Me Mavoungou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est fondée sur une obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de l'atteinte portée à son droit au respect de la vie privée et familiale.
La requête a été communiquée au préfet des Pyrénées-Orientales qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gavalda a été lu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 18 août 1993 à El Hajb (Maroc), déclare être entré en France le 23 mai 2022, sous couvert d'un visa D valable du 12 mai 2022 au 10 juin 2022. Il a été titulaire d'une carte de séjour provisoire portant la mention " travailleur saisonnier " valable du 11 août 2022 au 10 octobre 2023. Par un arrêté du 7 février 2025 dont il demande l'annulation, le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, l'arrêté attaqué a été signé par M. B A, directeur et la citoyenneté et de la migration de la préfecture des Pyrénées-Orientales, qui bénéficiait d'une délégation du préfet en vertu d'un arrêté du 24 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Pyrénées-Orientales du 25 octobre 2024, à l'effet de signer les décisions relatives à la mise en œuvre des mesures d'éloignement des ressortissants étrangers en situation irrégulière. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'a pas à viser l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. C, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Le préfet fait notamment état des circonstances de l'entrée et des conditions de séjour du requérant en France ainsi que de la situation familiale de l'intéressé, qui déclare être marié à une ressortissante française et être sans charge de famille. Il relève en particulier que M. C s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention de " travailleur saisonnier ", sans en demander le renouvellement. Il fait également état de la demande de rendez-vous adressée à la préfecture le 12 novembre 2024, soit plus d'un an après l'expiration de son dernier titre, pour être admis au séjour en qualité de conjoint de ressortissant français. L'obligation de quitter le territoire français est donc suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision attaquée, que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. En se bornant à se prévaloir de son insertion professionnelle, en qualité de plongeur au sein d'un restaurant OPanda, depuis le 6 septembre 2023, et de son mariage avec une ressortissante française le 11 mai 2024, sans faire état de la moindre précision sur les motifs qui pourraient légitimement faire obstacle à son retour au Maroc où il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans et où réside encore sa mère, M. C, qui est sans charge de famille, ne démontre pas qu'il aurait établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant, doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
7. La décision vise les textes dont il est fait application et mentionne les éléments de fait sur lesquels le préfet s'est fondé pour refuser au requérant l'octroi d'un délai de départ volontaire, à savoir son maintien irrégulier sur le territoire français depuis la fin de validité de son dernier document de séjour et son absence de justification de garanties de représentations effectives. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit, par suite, être écarté.
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".
9. En l'espèce, pour priver M. C d'un délai de départ volontaire, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé sur les dispositions précitées aux termes desquelles le risque de fuite d'un ressortissant étranger est notamment regardé comme établi, sauf circonstance particulière, s'il s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa et s'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment pas un lieu de résidence effectif. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire depuis la fin de validité de son dernier récépissé de titre de séjour et de la décision implicite de rejet de sa demande de titre en qualité de conjoint de ressortissant français et qu'il ne justifie pas disposer en France d'un lien de résidence effectif et permanent. En se bornant à alléguer qu'il serait domicilié au 5 rue Raphaël à Perpignan, pour soutenir qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes, M. C, qui ne verse à l'appui de ses allégations qu'une attestation d'abonnement à un contrat d'électricité datée du 5 mars 2025 et donc postérieure à l'arrêté attaqué, n'établit pas qu'il disposerait en France d'un lieu de résidence effectif. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation quant au risque de fuite que le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé d'accorder au requérant un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
11. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
13. D'une part, la décision faisant interdiction à M. C de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans vise les dispositions des articles L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se réfère à la clandestinité du séjour de l'intéressé sur le territoire français depuis la fin de validité de son titre de séjour, à son absence d'insertion sociale en France, à son mariage avec une ressortissante française et à la circonstance que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Le préfet relève à cet égard que M. C a été interpellé et placé en garde à vue le 6 février 2025 pour des faits d' " agression sexuelle incestueuse et défaut de permis de conduire " par les services de la direction départementale de la sécurité publique de Perpignan. Cette décision comprend ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée tant dans son principe que dans sa durée. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français doit donc être écarté.
14. D'autre part, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis 2023 et ne justifie pas de liens solides et anciens avec la France et constitue une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à l'édiction de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2025, à laquelle siégeaient :
M. Charvin, président,
M. Lauranson, premier conseiller,
Mme Gavalda, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2025.
La rapporteure,
A. GavaldaLe président,
J. Charvin
La greffière,
L. Salsmann
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 17 juin 2025,
La greffière,
L. Salsmann
ale
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026