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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2501760

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2501760

mardi 17 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2501760
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKOUEVI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. B, ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté préfectoral l'obligeant à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et prononçant une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a estimé que le préfet des Pyrénées-Orientales n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en refusant un délai de départ volontaire, en raison de l'entrée irrégulière de l'intéressé, de son absence de titre de séjour et de garanties de représentation insuffisantes, conformément aux articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue confirme la légalité de l'arrêté attaqué.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2025, M. A B, représenté par Me Kouevi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de fait, dès lors qu'il présente des garanties de représentation suffisantes et que ni le risque de fuite, ni la menace à l'ordre public ne sont établis ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Pyrénées-Orientales qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gavalda a été lu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 28 mai 1995 à Sousse (Tunisie), déclare être entré en France en mai 2022, sans l'établir. Il a été interpellé le 13 février 2025 par les services de la police aux frontières de Perthus par les autorités espagnoles. Par un arrêté du même jour dont il demande l'annulation, le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

2. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

3. En l'espèce, pour priver M. B d'un délai de départ volontaire, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé sur les dispositions précitées aux termes desquelles le risque de fuite d'un ressortissant étranger est notamment regardé comme établi, sauf circonstance particulière, s'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'il a explicitement déclaré son intention de ne pas déférer à sa mesure d'éloignement et s'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment pas un lieu de résidence effectif. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2022 et qu'il s'y est maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour, qu'il a déclaré lors de son audition par les services de police ne pas vouloir retourner dans son pays d'origine, et qu'il ne justifie pas disposer en France d'un lieu de résidence effectif et permanent. En se bornant à alléguer qu'il est hébergé chez son frère à Marseille, pour soutenir qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes, M. B, qui ne verse à l'appui de ses allégations qu'une attestation d'hébergement postérieure à l'arrêté attaqué, n'établit pas qu'il disposerait en France d'un lieu de résidence effectif. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation ou d'erreur de fait quant au risque de fuite que le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé d'accorder à M. B un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

5. D'une part, la décision faisant interdiction à M. B de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans vise les dispositions des articles L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se réfère à la clandestinité du séjour de l'intéressé sur le territoire français, à son absence d'attaches personnelles et familiales ainsi qu'à son absence d'insertion sociale en France. Cette décision, qui n'avait à indiquer ni que l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, ni qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, comprend ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée tant dans son principe que dans sa durée. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français doit donc être écarté.

6. D'autre part, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. B se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis 2022 et ne justifie pas de liens solides et anciens avec la France. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à l'édiction de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Charvin, président,

M. Lauranson, premier conseiller,

Mme Gavalda, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2025.

La rapporteure,

A. GavaldaLe président,

J. Charvin

La greffière,

L. Salsmann

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 juin 2025,

La greffière,

L. Salsmann

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