Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 avril 2025, Mme A... C..., représentée par Me Dhérot, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 3 mars 2025 par lequel le préfet de l’Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois ;
2°) d’enjoindre au préfet de l’Hérault de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet de l’Hérault de réexaminer sa demande ;
4°) de mettre à la charge de la préfecture de l’Hérault la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur l’arrêté portant refus de titre de séjour :
- il est entaché d’un vice d’incompétence ;
- il est entaché d’un défaut d’examen sérieux de sa demande ;
- contrairement à ce que mentionne l’arrêté attaqué, elle se trouve dans l’impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d’origine, au risque de porter atteinte aux droits fondamentaux des enfants de son époux ;
- l’arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’arrêté méconnaît l’intérêt supérieur de l’enfant, en méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention relative aux droits de l’enfant.
Sur l’arrêté portant obligation de quitter le territoire :
- il est illégal par voie de conséquence de l’illégalité de l’arrêté portant refus de titre de séjour ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Sur l’arrêté portant interdiction de retour sur le territoire :
- il est illégal par voie de conséquence de l’illégalité de l’arrêté portant refus de titre de séjour ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l’intérêt supérieur de l’enfant, en méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention relative aux droits de l’enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2025, le préfet de l’Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Mme C... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 7 mai 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Corneloup, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Dhérot, représentant Mme C....
Considérant ce qui suit :
Mme C..., ressortissante algérienne née le 24 janvier 1981, est entrée en France en août 2023 munie d’un visa de court séjour. Le 8 novembre 2024, l’intéressée a présenté une demande de titre de séjour. Par arrêté du 3 mars 2025, le préfet de l’Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme C... demande l’annulation de l’arrêté du 3 mars 2025.
En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par M. Guillaume Raymond, secrétaire général adjoint de la préfecture de l’Hérault qui bénéficiait d’une délégation du préfet en vertu d’un arrêté du 7 juin 2024, régulièrement publié au recueil n° 122 des actes administratifs de la préfecture de l’Hérault du 14 juin 2024, à l’effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l’Etat dans le département de l’Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Il en résulte que le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision refusant la délivrance d’un titre de séjour manque en fait et doit être écarté.
En deuxième lieu, la circonstance que le préfet ait retenu le 12 août 2023 comme date de mariage au lieu du 15 septembre 2021 et qu’il ait indiqué que l’époux de la requérante est sans emploi alors qu’il exerce une activité en intérim, n’est pas de nature à entacher la décision d’un défaut d’examen particulier de la situation de la requérante dès lors que ces erreurs sont sans incidence sur le sens de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation de la requérante doit être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits de libertés d'autrui. ».
Mme C... fait valoir qu’entrée en France en août 2023, elle y vit avec son époux, titulaire d’une carte de résident, ainsi qu’avec leurs deux enfants âgés de 11 et 9 ans. Elle fait également valoir que son époux a en France deux enfants nés d’une première union, sur lesquels il exerce des droits parentaux. S’il ressort des pièces du dossier que l’intéressée est effectivement mariée à un compatriote, qui pouvait solliciter le regroupement familial en faveur de son épouse, et que de cette union sont nés deux enfants, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C... ne pourrait pas retourner en Algérie, pays dans lequel elle a résidé jusqu’en août 2023 avec ses enfants et où elle ne démontre pas être dépourvue de toute attache. En outre, s’il ressort des pièces du dossier que son époux exerce en commun l’autorité parentale sur deux enfants nés d’une première union et bénéficie d’un droit de visite, il n’apporte aucun élément permettant de justifier de ce qu’il contribue effectivement à l’entretien et à l’éducation de ces enfants ou qu’il conserve des liens avec eux. Dans ces conditions, Mme C... n’est pas fondée à soutenir que l’arrêté en litige auraient porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En dernier lieu, aux termes de l’article 3-1 de la convention relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ».
En l’espèce, ainsi qu’il a été dit au point 5, il n’est pas établi que l’époux de Mme C... contribue effectivement à l’entretien, à l’éducation ou au suivi régulier des enfants issus de sa première union. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que leurs deux enfants communs ont résidé avec leur mère en Algérie jusqu’à leur arrivée récente en France, et ne sont scolarisés sur le territoire national que depuis moins de deux ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention relative aux droits de l’enfant doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
Il résulte de ce qui précède que Mme C... n’est pas fondée à soulever, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l’encontre de Mme C... ne porte pas, au regard des buts qu’elle poursuit, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
Il résulte de ce qui précède que Mme C... n’est pas fondée à soulever, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l’encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 7, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français prise à l’encontre de Mme C... ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l’intérêt supérieur de l’enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3- 1 de la convention relative aux droits de l’enfant, doivent être écartés.
Il résulte de tout ce qui précède que Mme C... n’est pas fondée à demander l’annulation de l'arrêté attaqué. Sa requête doit ainsi être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d’injonction et celles présentées en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C..., au préfet de l’Hérault et à Me Dhérot.
Délibéré après l'audience du 9 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2025.
La Présidente-rapporteure,
F. Corneloup
L'assesseure la plus ancienne,
M. D...
La greffière
M. B...
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 23 octobre 2025.
La greffière,
M. B...