Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. A..., ressortissant roumain, qui contestait un arrêté préfectoral l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de trois ans. Le tribunal a estimé que le préfet de l'Hérault avait légalement fondé sa décision sur l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de la menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public que constituait le comportement délictueux répété de l'intéressé. La solution retenue confirme la légalité de la mesure d'éloignement, compte tenu de la gravité et de la récurrence des condamnations pénales de M. A..., malgré ses moyens tirés de sa situation personnelle et professionnelle.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mai 2025, M. B... A..., représenté par Me de Aranjo, avocat, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 13 avril 2025 par lequel le préfet de l’Hérault l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une période de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, son avocat renonçant à la part contributive de l’Etat en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il a été victime des agissements de sa compagne ;
- il n’a pas connu de condamnation par un tribunal pénal indépendant
- il subvient largement à ses besoins par son travail.
Par un mémoire, enregistré le 18 septembre 2025, le préfet de l’Hérault conclut au rejet de la requête.
Il expose que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 % par une décision du 18 juillet 2025.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Thévenet dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d’éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Thévenet, magistrat désigné ;
- et les observations de Me de Aranjo, avocat de M. A... qui persiste dans ses moyens et conclusions.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions en annulation :
1. Aux termes de l’article L. 614-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l’interdiction de retour sur le territoire français qui l’accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l’article L. 911-1. » L’article L. 614-3 du même code énonce que : « Par dérogation à l’article L. 614-1, lorsque l'étranger est détenu, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l’article L. 921-1. » Aux termes de l’article L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’une disposition du présent code prévoit qu’une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l’article L. 921-4, il statue dans un délai de quinze jours à compter de l’introduction du recours. »
2. Les dispositions de l’article L. 233-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoient que, sous certaines conditions, les citoyens de l’Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois. Aux termes de l’article L. 251-1 du même code : « L’autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu’elle constate les situations suivantes : (…) 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l’ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société ; (…) ». Il appartient à l’autorité administrative qui envisage de prendre une mesure d’éloignement à l’encontre d’un ressortissant d’un autre État membre de l’Union européenne de ne pas se fonder sur la seule existence d’une infraction à la loi, mais d’examiner, d’après l’ensemble des circonstances de l’affaire, si la présence de l’intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L’ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
3. Le 18 septembre 2025, la préfecture de l’Hérault a informé le tribunal que par jugement du 28 juillet 2025, le président du tribunal correctionnel de Montpellier (Hérault) avait prononcé la condamnation de M. A... à huit mois de prison pour des faits de vol facilité par l’état d’une personne vulnérable et l’a maintenu en détention au centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault). Pour obliger M. A..., ressortissant roumain né le 2 décembre 1975, à quitter le territoire français, le préfet de l’Hérault s’est fondé sur les dispositions précitées du 2° de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en raison des nombreux délits et récidives commis par l’intéressé sur le territoire national depuis des années. Ainsi, compte tenu de la répétition et de la gravité des faits ayant donné lieu à ses nombreuses condamnations et de sa situation individuelle, laquelle n’est pas de nature à prévenir un risque de récidive de son comportement délictueux, M. A... entrait dans les cas où l’autorité administrative pouvait légalement édicter à son endroit la mesure attaquée.
4. Les circonstances que M. A... aurait été victime des agissements de sa compagne, qu’il n’a pas connu de condamnation par un tribunal pénal indépendant et qu’il subvient largement à ses besoins par son travail, à les supposer établie, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, fondée sur le 2° de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, les conclusions en annulation de la requête de M. A..., doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
5. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu’elles demandent et le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation. ». Ces dispositions font obstacle à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de l’Etat qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de l’Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe 9 octobre 2025.
Le magistrat désigné,
F. Thévenet
Le greffier,
D. Martinier
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 9 octobre 2025.
Le greffier,
D. Martinier