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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2503197

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2503197

mardi 9 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2503197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier (6ème Chambre) a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, qui demandait l'annulation de l'arrêté préfectoral du 20 janvier 2025 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée au regard des critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Il a également estimé que la résidence du requérant en Espagne était sans incidence sur la légalité de l'interdiction et que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme n'était pas fondé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 2 mai 2025 et le 8 mai 2025, M. A... C... B... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 20 janvier 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l’a assigné à résidence pour une durée d’un an.

Il soutient que :

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’il réside en Espagne ;
- elle est insuffisamment motivée pour se borner à rappeler les textes dont elle fait application sans tenir compte de sa situation personnelle, de sa présence régulière en Espagne et de l’absence de trouble à l’ordre public ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Le préfet des Pyrénées-Orientales a produit des pièces le 7 mai 2025 et le 28 mai 2025, lesquelles ont été communiquées.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de M. Didierlaurent a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant égyptien né le 4 juillet 1984, a été remis aux services de la police aux frontières par les autorités espagnoles le 20 janvier 2025 et, par un arrêté du même jour, le préfet des Pyrénées-Orientales l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l’a assigné à résidence pour une durée d’un an. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de cet arrêté en ce qu’il lui fait interdiction de retour sur le territoire français.

Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ».

Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

En premier lieu, la décision mentionne l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Elle atteste de la prise en compte par le préfet, au vu de la situation de l’intéressé résultant notamment de ses déclarations auprès des services de police, de l’ensemble des critères prévus par la loi, en particulier la durée de son séjour en France, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France et notamment l’absence d’attache réelle sur le territoire ainsi que la nature de ses liens avec l’Égypte. Dès lors, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de l’interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

En deuxième lieu, il ne ressort d’aucune des pièces du dossier, notamment des procès-verbaux d’audition de l’intéressé par les services de police, que M. B... se soit prévalu de circonstances humanitaires, pas davantage que dans sa requête. La circonstance, invoquée par le requérant, selon laquelle il résiderait désormais en Espagne est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de l’interdiction de retour sur le territoire français.

En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Si M. B... soutient que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait porté atteinte à son droit d’établir sa vie privée et familiale en France, il n'assortit son moyen ni des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, ni d'aucun élément de nature à établir la réalité d'une vie privée ou familiale en France. Alors que l’intéressé fait valoir avoir établi sa résidence en Espagne, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée.





D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... B... et au préfet des Pyrénées-Orientales.


Délibéré après l'audience du 25 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,
M. Meekel, premier conseiller,
M. Didierlaurent, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2025.


Le rapporteur,

M. Didierlaurent
La présidente,

S. Encontre


La greffière,

C. Arce



La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 9 décembre 2025.
La greffière,



C. Arce

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