Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. C..., ressortissant algérien, qui contestait un arrêté préfectoral du 12 avril 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans et une assignation à résidence. Le tribunal a écarté les moyens d’incompétence et de défaut de motivation, jugeant l’arrêté suffisamment motivé et signé par une autorité compétente. Il a également estimé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l’intéressé, au sens de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, compte tenu de son entrée récente en France et de ses attaches familiales conservées en Algérie. La solution retenue s’appuie sur les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mai 2025, M. B... C..., représenté par Me Bayekola-Milandou, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 12 avril 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans et une assignation à résidence dans la commune de Perpignan pendant une période d’un an renouvelable deux fois ;
2°) d’écarter l’interdiction de retour dans l’espace Schengen prise à son encontre ;
3°) de condamner le préfet des Pyrénées-Orientales à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l’article 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que l’arrêté :
- est entaché d’un vice d’incompétence ;
- est entaché d’un défaut de motivation ;
- est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de ses attaches familiales en France et méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’arrêté est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation et méconnait l’article L. 611-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Le 28 mai 2025 le préfet des Pyrénées-Orientales a transmis des pièces au Tribunal.
M. C... a été admis à l’aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2025.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Souteyrand a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C..., ressortissant algérien né le 10 mai 1984, déclare être entré en France en juin 2024, muni d’un visa espagnol de type C valable jusqu’au 10 aout 2024. A la suite d’une interpellation par les services de la police aux frontières de Perpignan, le préfet des Pyrénées-Orientales, par arrêté du 12 avril 2025, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans et l’a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Perpignan pendant une période d’un an renouvelable deux fois. Par suite, M. C... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 8 novembre 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, accessible tant au juge qu’aux parties, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. A... D..., sous-préfet de Prades, à l’effet de signer pour l’ensemble du département, lors des permanences et astreintes qu’il assure, notamment les arrêtés et décisions pris dans le cadre des procédures de mesures d'éloignement des étrangers. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’arrêté attaqué ne peut qu’être écarté.
3. En deuxième lieu, l’arrêté contesté vise notamment les stipulations de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sur lesquelles il se fonde. Il mentionne également les éléments tenant aux conditions d’entrée et de séjour en France de l’intéressé et à sa situation personnelle et familiale. Dans ces conditions, et alors que l’exigence de motivation n’implique pas que la décision mentionne l’ensemble des éléments particuliers de la situation de l’intéressé, le préfet a suffisamment exposé les motifs fondant sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ». Pour l’application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. C..., célibataire et sans enfant à charge, qui déclare être entré en France en 2024, ne justifie donc pas d’une durée de présence ancienne sur le territoire. Par ailleurs, il ne justifie d’aucun revenu licite, ni d’une quelconque insertion socio-professionnelle et ne dispose d’aucune domiciliation stable. Alors qu’il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d’origine où réside sa mère, une sœur et deux frères et où il n’est donc pas isolé, il n’établit pas avoir transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, les moyens, tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle, dirigés contre la décision portant l’obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans, ne peuvent être qu’écartés.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le visa espagnol de type C de M. C... était valable jusqu’au 10 août 2024. Ce dernier ne saurait dès lors sérieusement soutenir qu’en prenant l’arrêté attaqué, le préfet des Pyrénées-Orientales a méconnu les dispositions de l’article L. 511-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions ayant été en tout état de cause été abrogées et remplacées par l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui permet à l'autorité administrative d’obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il s’est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Par suite, ce moyen être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
8. Les dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l’Etat, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que M. C... demande au titre des frais du litige.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M C... est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B... C..., au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Bayekola-Milandou.
Délibéré après l'audience du 27 novembre 2025 à laquelle siégeaient :
M. Souteyrand, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2025
Le président-rapporteur,
E. Souteyrand
L’assesseure la plus ancienne,
A. Bayada
La greffière,
A. Farell
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 11 décembre 2025.
La greffière,
A. Farell