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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2503729

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2503729

vendredi 19 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2503729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCHARLES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier, statuant en formation collégiale, a rejeté la requête de M. A..., ressortissant bangladais, qui contestait un arrêté préfectoral du 13 mai 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, de défaut de motivation et de violation du droit d'être entendu, en se fondant sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la jurisprudence relative à la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. La solution retenue confirme la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mai 2025, M. E... A..., représenté par Me Charles, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 13 mai 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l’a obligé à quitter le territoire français sans délai assorti d’une interdiction de retour du territoire français d’une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d’un vice d’incompétence ;
- est entachée d’un défaut de motivation et d’un défaut d’examen de sa situation d’ensemble ;
- méconnait l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’union européenne ;
- est entaché d’une erreur manifeste d'appréciation.

La décision refusant le délai de départ volontaire :
- est entachée d’un vice d’incompétence ;
- est entachée d’un défaut de motivation et d’un défaut d’examen de sa situation d’ensemble ;
- méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’il n’existe pas de risque qu’il se soustraie à la mesure d’éloignement ;
- méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour du territoire français :
- est entachée d’un vice d’incompétence ;
- est entachée d’un défaut de motivation et d’un défaut d’examen de sa situation d’ensemble ;
- méconnait les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code des relations entre le public et l’administration,
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme B... a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant bangladais né le 11 février 1988, a été remis par les autorités espagnoles au service de la police aux frontières du Perthus le 12 mai 2025. Par arrêté du 13 mai 2025 le préfet des Pyrénées-Orientales l’a obligé à quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour du territoire français d’une durée de deux ans. Par la présente requête il demande au tribunal l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

2. En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par Mme D... C..., cheffe du bureau de la migration et de l’intégration, adjointe au directeur de la citoyenneté et de la migration, conformément à la délégation de signature qui lui a été consentie par le préfet des Pyrénées-Orientales par l’article 2 de l’arrêté du 24 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Pyrénées-Orientales le 25 octobre 2025. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l’arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application. Il mentionne également, pour chaque décision, les faits sur lesquels il se fonde, le préfet des Pyrénées-Orientales n’étant pas tenu de relater la totalité des éléments de la situation du requérant. Le préfet précise notamment que M. A... a sollicité l’asile qui lui a été définitivement refusée par décision du 9 avril 2024 de la cour nationale du droit d'asile et qu’il circule, depuis cette date, irrégulièrement en France et dans l’espace Schengen ménageant volontairement sa clandestinité. L’arrêté relève, en outre, que le requérant se dit marié sans enfant à charge, ne démontre pas ne plus conserver de liens familiaux dans son pays d’origine où réside son épouse et ne justifie d’aucun revenu licite en France. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait insuffisamment motivé son arrêté et n’aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé doivent être écartés.

4. En quatrième lieu, d’une part, il résulte de l’ensemble des dispositions du livre V du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l’autorité administrative statue sur une demande de titre de séjour. Il s’ensuit que les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l’administration ne sauraient être utilement invoqués à l’encontre de la décision attaquée. D’autre part, si l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l’Union, le droit d’être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union européenne. Toutefois, lorsqu’il sollicite la délivrance ou le renouvellement d’un titre de séjour, l’étranger, en raison même de l’accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu’en cas de refus, il pourra faire l’objet d’une mesure d’éloignement. A l’occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l’administration les motifs pour lesquels il sollicite la délivrance d’un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande, qu’il peut compléter en tant que de besoin au cours de l’instruction de son dossier par toute information qu’il juge utile.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des procès-verbaux de son audition par les services de police le 12 mai 2025, que M. A... a été mis en mesure de faire connaitre, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu’elle n’intervienne. Ainsi, M. A... n’a pas été privé de son droit d’être entendu.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. M. A... soutient qu’il réside en France depuis son entrée régulière en janvier 2023 muni d’un visa italien et qu’il détient une promesse d’embauche. Toutefois, à supposer même qu’il justifie d’une durée de séjour en France de deux ans, cette circonstance ainsi que la détention d’une promesse d’embauche, ne peuvent être regardées comme des motifs exceptionnels permettant la régularisation de son séjour en France alors qu’il ne conteste pas que son épouse réside au Bangladesh pays dans lequel il a vécu au moins jusqu’à l’âge de 35 ans, et qu’il ne justifie pas d’une demande de titre de séjour salarié. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ». Aux termes de l’article L. 612-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / (…) / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (…) / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; (…) / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ».

8. M. A... se borne à produire une attestation de domiciliation à l’association Aurore d’Aubervilliers, ce qui ne constitue pas une garantie suffisante de représentation. Par ailleurs, il a déclaré lors de son audition par les services de police ne pas vouloir retourner dans son pays d’origine. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus d’octroi d’un délai de départ volontaire serait entaché d’erreur d’appréciation et de droit au regard des dispositions du 3° de l’article L. 612-2 et des 1°, 4° et 8° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne peut qu’être écarté.

9. En second lieu, en se bornant à faire état de l’enracinement de sa situation privé et familiale en France alors que le préfet des Pyrénées-Orientales relève que son épouse réside au Bangladesh et qu’il ne serait pas isolé en cas de retour, M. A... ne démontre pas avoir déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Le moyen tiré de la violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision d’interdiction de retour d’une durée de deux ans :

10. Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Selon l’article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l’interdiction de retour, « l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ».

11. Compte tenu de ce qui est jugé au point 6, le requérant ne justifie pas de « circonstances humanitaires » de nature à faire obstacle au prononcé de la mesure d’interdiction de retour sur le territoire. Dans ces conditions, l’ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle est de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans, qui n’est pas la durée maximale. Dès lors, les moyens tirés de l’erreur d’appréciation, de l’erreur de fait et de l’erreur de droit, dont serait entachée la décision attaquée, doivent être écartés.

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, il y a lieu d’écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 14 mai 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.


D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E... A... et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Vincent Rabaté, président,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
Mme Marion Bossi, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.

La rapporteure,




I. B...Le président,




V. Rabaté

La greffière,


E. Tournier

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 19 décembre 2025.

La greffière,

E. Tournier

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