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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2504101

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2504101

jeudi 10 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2504101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBLAZY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision implicite de refus de renouvellement de titre de séjour opposée par le préfet de l'Hérault à M. C. Le juge a retenu l'urgence, caractérisée par la situation personnelle et familiale du requérant (marié à une Française, père de deux enfants français) et les conséquences professionnelles des attestations de prolongation irrégulières ayant conduit à son licenciement. Il a également estimé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 juin et 2 juillet 2025, M. A C, représenté par Me Blazy, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault doit être regardé comme ayant implicitement, le 27 mars 2024, refusé de lui renouveler son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, d'une part, de réexaminer la demande de la demande de délivrance de carte pluriannuelle par renouvellement d'un titre de séjour " vie privée et familiale ", d'autre part, dans l'attente, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Il soutient que :

- il y a urgence à prononcer la suspension de l'exécution de la décision de rejet en litige dès lors alors même qu'il est marié avec une française et est le père de deux enfants français nés en 2014 et 2015, et bénéficiait depuis le 8 avril 2017 jusqu'au 27 janvier 2024 d'un titre de séjour dont il a demandé le renouvellement le 27 novembre 2023, alors que les attestations de prolongation d'instruction qui lui ont été délivrées à quatre reprises depuis lors, parfois sans continuité, ne lui ont pas permis de stabiliser son contrat de travail, ce qui a conduit à son licenciement le 13 janvier 2025 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de cette décision implicite de refus qui est entachée :

. d'une absence de motivation,

. d'une méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

. d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 27 juin 2025, le préfet conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'urgence n'est pas établie dès lors que le requérant bénéficie d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande l'autorisant à travailler, qu'il a retrouvé un emploi en mars et avril 2025 et que la demande est toujours à l'état d'instruction, ce qui conduira au renouvellement de l'attestation, sans entraîner de rupture de droits sociaux.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montpellier a désigné M. Souteyrand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand, vice-président ;

- les observations de Me Blazy pour le requérant, présent avec son épouse et de M. B pour le préfet de l'Hérault.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre et il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète du demandeur et de ses proches. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas du refus de renouvellement d'un titre de séjour.

3. Il est constant que M. C, marié avec une française, qui est le père de deux enfants français, nés en 2014 et 2015, avec lesquels il vit et dont il pourvoit à l'entretien, a bénéficié depuis le 8 avril 2017 jusqu'au 27 janvier 2024 d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dont il a demandé le renouvellement le 27 novembre 2023, alors que les attestations de prolongation d'instruction qui lui ont été délivrées à quatre reprises depuis lors, parfois sans continuité, ne lui ont pas permis de stabiliser son contrat de travail, ce qui a notamment conduit à son licenciement le 13 janvier 2025. Par suite, M. C justifie de l'urgence à prononcer la suspension de l'exécution de la décision de refus en litige qui est née 27 mars 2024, nonobstant l'intervention postérieure desdites attestations de prolongation d'instruction.

4. Alors qu'il n'est pas opposé à M. C l'incomplétude du dossier de sa demande de titre de séjour ou la circonstance qu'il ne remplit plus les conditions pour pouvoir à nouveau bénéficier d'une titre de séjour en qualité de père d'enfants français, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en litige.

5. Il y a donc lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet en litige et d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer la demande de titre de séjour M. C mention " vie privée et familiale ", dans un délai n'excédant pas trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer, dans un délai n'excédant pas quinze jours à compter de cette notification, une attestation de prolongation d'instruction de sa demande l'autorisant à travailler.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 650 euros à verser à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de M. C est suspendue.

Article 2 : Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer la demande de titre de séjour de M. C présentée au regard de sa vie privée et familiale dans un délai n'excédant pas trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer, dans un délai n'excédant pas quinze jours à compter de la notification de cette ordonnance, un récépissé à sa demande l'autorisant à travailler.

Article 3 : l'Etat versera une somme de 650 euros à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C, au préfet de l'Hérault et à Me Blazy.

Fait à Montpellier, le 10 juillet 2025.

Le juge des référés,

Eric Souteyrand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 juillet 2025.

Le greffier,

D. Martinier

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