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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2504747

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2504747

mercredi 9 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2504747
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantFORUM REFUGIES - CENTRE DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE DE PERPIGNAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui contestait un arrêté préfectoral du 2 juillet 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a écarté les moyens d’incompétence du signataire, d’insuffisance de motivation et de défaut d’examen réel de la situation. Il a jugé que la décision d’éloignement ne méconnaissait pas l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et que les autres décisions contestées étaient légales au regard du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2025, et des pièces complémentaires reçues les 4, 5, 6 et 8 juillet 2025, M. C B, représenté par Me Bouazaoui, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ce règlement emportant renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

- il n'est pas établi que leur signataire avait compétence pour ce faire ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale ;

- elle comporte une erreur de droit ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour pour une durée de deux ans :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2025, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Goursaud, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goursaud,

- les observations de Me Bouazaoui, représentant M. B, présent et assisté de M. D, interprète, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et ajoute que l'arrêté contesté est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est privée de base légale dès lors notamment qu'il a bénéficié d'un titre de séjour et qu'il présente des garanties de représentation suffisantes en justifiant être hébergé chez son frère, que les décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et portant interdiction de retour sur le territoire français sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

Les parties ont été informées au cours de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le Tribunal était susceptible substituer le 3° aux 2° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en tant que base légale de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 26 octobre 1990, demande l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre le requérant à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 24 octobre 2024, publié le 25 octobre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. E A, directeur de la citoyenneté et de la migration de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relatives à la mise en œuvre des mesures d'éloignement des ressortissants étrangers en situation irrégulière. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, non stéréotypé, mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, permettant à M. B de comprendre les motifs des décisions prononcées à son encontre. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de cet arrêté, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet des Pyrénées-Orientales n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en janvier 2020 sous couvert d'un visa de type " D " et s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable du 5 février 2020 au 24 février 2023. Il s'est toutefois maintenu sur le territoire national sans respecter les conditions de séjour et de travail d'une durée de six mois imposées par son titre de séjour, fixées à l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Du reste l'intéressé n'a pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour ni même la délivrance d'un nouveau titre et se maintient ainsi en situation irrégulière sur le territoire national depuis plus de deux ans. Célibataire et sans enfant, il ne justifie d'aucune intégration particulière ni d'une profession et d'un domicile stables. S'il indique que son frère réside en France et l'héberge à Nangis en Seine-et-Marne, il ressort toutefois des pièces versées au débat que le titre de séjour de ce dernier est expiré depuis le 30 juillet 2022 tandis qu'en se bornant à produire une attestation de dépôt il ne justifie pas qu'il se serait depuis lors vu délivrer un nouveau titre de séjour. Il ne justifie ainsi pas avoir placé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, ni ne plus avoir de liens dans son pays d'origine où résident ses parents et le reste de sa fratrie. Par suite, la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'apparaît pas que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En deuxième lieu, si le requérant invoque une erreur de droit, il n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien fondé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, en l'absence de toute illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui de la demande d'annulation de la décision portant privation du délai de départ volontaire, doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

12. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a fondé le refus d'accorder un délai de départ volontaire en litige sur les dispositions du 2° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que M. B présente un risque de fuite, ne disposant d'aucune domiciliation stable et se maintenant délibérément en situation irrégulière dans l'espace Schengen. Il ressort pourtant des pièces du dossier que le requérant possédait un visa de court séjour lors de son entrée en France et qu'il s'est ensuite vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable du 5 février 2020 au 24 février 2023, de sorte que le préfet ne pouvait se fonder sur les dispositions précitées du 1° de l'article 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, en se bornant à produire une attestation d'hébergement émanant de son frère, le requérant ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale au sens des dispositions précitées du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En tout état de cause, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

14. En l'espèce, il est constant que M. B s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de sa carte de séjour pluriannuelle, sans en avoir demandé le renouvellement. L'intéressé se trouvait par conséquent dans la situation où, en application du 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le représentant de l'Etat pouvait lui refuser un délai de départ volontaire. Ces dispositions peuvent être substituées à celles mobilisées par le préfet, dès lors que cette substitution n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour pour une durée de deux ans :

15. En premier lieu, en l'absence de toute illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui de la demande d'annulation de la décision portant interdiction de retour, doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612- 10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

17. Au regard des éléments de fait énoncés au point 7 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait inexactement apprécié la situation de M. B en estimant, d'une part, qu'il ne justifiait pas de circonstances humanitaires et, d'autre part, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 2 juillet 2025 doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions relatives aux frais liés au litige.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2025.

Le magistrat désigné,

F. Goursaud Le greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 9 juillet 2025.

Le greffier,

D. Martinier00

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