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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2505441

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2505441

mardi 12 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2505441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantKOUAHOU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a annulé la décision du 18 juillet 2025 par laquelle la directrice régionale de l'OFII refusait à Mme D, ressortissante afghane, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que cette décision méconnaissait les articles L. 551-15 et L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 20 de la directive 2013/33/UE, en ne prenant pas en compte la vulnérabilité et l'isolement de la requérante, qui avait déposé une première demande d'asile. La solution retenue est l'annulation de la décision contestée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2025, Mme A D, représentée par Me Kouahou, demande tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 juillet 2025 par laquelle la directrice régionale de l'office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusée le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration d'examiner son dossier dans un délai de 24 heures sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle viole la loi en ne prenant pas en compte sa vulnérabilité et son isolement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Doumergue, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 août 2025 :

- le rapport de Mme Doumergue,

- les observations de Me Kouahou, représentant la requérante, qui persiste dans ses conclusions, par les mêmes moyens et déclare qu'elle a passé deux jours à errer sur la place de la comédie, qu'elle est isolée en France, ne dispose d'aucune ressource lui permettant d'aller à Paris pour l'entretien avec l'OFPRA, ni d'accompagnement dans le cadre de la procédure d'asile,

- et les observations de Mme D qui dit avoir été violentée puis mise à la rue par son conjoint et sa belle-mère, être hébergée à l'hôtel par le 115 mais n'avoir aucune ressource.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante afghane, a déposé une première demande d'asile qui a été enregistrée en procédure normale le 18 juillet 2025. Par une décision du 18 juillet 2025, la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusée le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision du 18 juillet 2025.

2. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/CE du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / () c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. () ". Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Le délai fixé par

l'article L. 531-27 du même code est de quatre-vingt-dix jours à compter de l'entrée de l'intéressé en France. Aux termes de l'article L. 522-2 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ". Aux termes de son article R. 522-1 : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé ".

3. En premier lieu, par une décision du 3 février 2025, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donné délégation de signature à Mme B C, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montpellier, lui permettant de signer notamment tous les documents concernant les demandeurs d'asile. Le moyen tiré de l'incompétence de cette dernière pour signer la décision attaquée doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision, qui indique qu'après examen des besoins et de la situation personnelle et familiale de Mme D et au motif qu'elle n'a pas sollicité l'asile dans le délai de 90 jours suivant son entrée en France, est suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit, par suite, être écarté.

5. En dernier lieu, pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en qualité de demandeur d'asile à Mme D, entrée en France au mois de février 2024, l'OFII, aux termes de la décision contestée du 18 juillet 2025, a opposé, sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le motif tiré de ce que l'intéressée n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, entrée en France pour rejoindre son époux, n'a présenté sa demande d'asile que le 18 juillet 2025 en raison de sa séparation avec son conjoint. Si Mme D soutient être vulnérable en raison de son isolement sur le territoire français, cette circonstance à elle seule ne permet pas d'estimer qu'elle est vulnérable au sens de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si Mme D soutient avoir été victime de violences conjugales, il ressort de la plainte qu'elle a déposée le 2 juillet 2025 que ces violences ont eu lieu à une seule reprise, occasionnant une ITT d'une journée, et qu'elles ont été suivies de son expulsion du logement conjugal dans lequel elle a essayé à plusieurs reprises de revenir sans succès. Eu égard à la nature des violences en cause et à la circonstance que l'intéressée est actuellement logée par le 115 dans un hôtel, l'OFII n'a pas inexactement qualifié les faits de l'espèce en estimant que Mme D n'était pas vulnérable au sens de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Ainsi, Mme D n'établit pas que l'OFII, en édictant la décision en litige, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ou méconnu les dispositions des articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme D, en ce compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Kouahou.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2025.

La magistrate désignée,

C. Doumergue Le greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 12 août 2025,

Le greffier,

D. Martinier

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