mardi 12 août 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2505524 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | RICHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juillet 2025 et le 10 août 2025, M. C A, représenté par Me Richard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2025 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a pris une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure n'est pas régulière dès lors que le préfet n'a pas vérifié son droit au séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'a pas été informé de la possibilité de demander au président du tribunal administratif l'assistance d'un interprète et d'un conseil ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- la décision attaquée porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- la décision portant absence de de délai de départ volontaire est illégale par la voie de l'exception, étant fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- la décision portant absence de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne la menace à l'ordre public ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par la voie de l'exception, étant fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 en raison de l'intensité de ses liens avec la France.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Doumergue, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 août 2025 :
- le rapport de Mme Doumergue ;
- les observations de Me Balestie, substituant Me Richard, représentant M. B A qui reprend les conclusions et les moyens développés dans la requête et précise que la détention de l'intéressé a fait obstacle à ce qu'il sollicite un titre de séjour à sa majorité, que s'agissant de la menace pour l'ordre public il a bénéficié d'une remise de peine de 120 jours et que la durée de l'interdiction de retour de quatre ans est excessive au regard de sa vie privée et familiale en France ;
- et les observations de M. B A qui dit n'avoir commis aucun autre fait que ceux commis en 2019 et en 2022 et avoir changé depuis qu'il a rencontré la mère de sa fille.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 23 août 2001, est entré sur le territoire français en 2005 et, à sa majorité, s'est maintenu sur le territoire français sans titre de séjour. Par un arrêté du 25 juillet 2025, le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a pris une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans. Par la présente requête, M. B A demande l'annulation de cet arrêté du 25 juillet 2025.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, selon l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français () est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de l'Hérault a procédé à la vérification du droit au séjour de M. B A avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les conditions de notification d'un acte administratif étant sans incidence sur sa légalité, le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait pas été informé de son droit à l'assistance d'un interprète et d'un conseil doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen réel et complet de sa situation personnelle au vu des éléments dont il disposait à la date à laquelle la décision a été prise. Le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B A, présent sur le territoire français depuis son très jeune âge avec ses parents et sa fratrie, a débuté une relation sentimentale avec une ressortissante française au début de l'année 2023, déjà mère de deux enfants nés d'une précédente union, avec laquelle il a eu un enfant né le 4 septembre 2024 et qui est à nouveau enceinte de ses œuvres. Toutefois, M. B A, qui n'est pas marié, n'établit pas, par les attestations qu'il produit et alors qu'il est actuellement en détention depuis plusieurs mois, contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son très jeune enfant. Il ressort des pièces du dossier que M. B A a été condamné par un jugement du tribunal judiciaire de Grasse du 8 décembre 2020 à vingt-quatre mois d'emprisonnement pour des faits de trafic de stupéfiant puis par un jugement du même tribunal du 31 janvier 2024 à dix mois d'emprisonnement pour des faits d'outrages et de violences sur des agents dépositaires de l'autorité publique. Si ces condamnations concernent des faits commis en 2019 et en 2022, ces derniers n'étant pas particulièrement ancien à la date de la décision attaquée, le comportement délictuel de M. B A, qui ne s'est pas intégré par le travail n'ayant travaillé que trois mois en 2019, s'est répété tendant à confirmer que l'intéressé n'a pas entendu installer le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit à la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Il n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant absence de délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
8. En premier lieu, M. B A ne démontrant pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
9. Il ressort des pièces du dossier, notamment de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement, que M. B A a été pénalement condamné à deux reprises pour des faits graves. Ainsi, son comportement constitue, contrairement à ce qu'il soutient, une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et pour ce seul motif, le préfet était fondé à refuser de lui accorder un délai de départ volontaire en application du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
11. Il résulte de ces dispositions que le préfet doit prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre d'un étranger auquel est notifiée une obligation de quitter le territoire français sans délai, à moins que celui-ci ne fasse état de circonstances humanitaires avérées. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
12. Le préfet de l'Hérault ayant refusé d'accorder un délai de départ volontaire, il lui appartenait, en l'absence de circonstances humanitaires particulières, de prononcer une interdiction de retour à l'encontre de M. B A. Il ressort des pièces du dossier, que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français a été décidée en tenant compte des éléments rappelés au point 6 du présent jugement quant à la durée de son séjour en France, à la présence de l'intégralité de sa famille en France, ainsi à la menace à l'ordre public qu'il représente en raison des deux condamnations pénales qui ont été prononcées à son encontre. Toutefois, eu égard à la circonstance que M. B A est père d'un très jeune enfant français et qu'un second est à naitre, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est, dans les circonstances particulières de l'espèce, la mère de l'enfant étant également mère de deux autres enfants d'une autre union, disproportionnée. Dans ces conditions, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans est entachée d'une erreur d'appréciation.
13. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans doit être annulée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 25 juillet 2025 du préfet de l'Hérault est annulé en tant seulement qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans. En revanche, les conclusions de M. B A tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 juillet 2025 en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai sont rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. L'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'implique pas la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ou le réexamen de la situation de M. B A. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : La décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans à l'encontre de M. B A, prononcée par l'arrêté du 25 juillet 2025 du préfet de l'Hérault, est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Hérault et à Me Richard.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 12 août 2025.
La magistrate désignée,
C. DoumergueLe greffier,
D. Martinier La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 12 août 2025.
Le greffier,
D. Martinier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026