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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2505567

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2505567

mercredi 30 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2505567
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCARDOSO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A, ressortissant afghan, qui demandait le rétablissement des conditions matérielles d'accueil (hébergement et allocation) après leur retrait par l'OFII suite au rejet de sa demande d'asile pour irrecevabilité. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant n'a pas justifié de démarches pour accéder à un hébergement d'urgence ni démontré une situation de précarité suffisamment grave pour caractériser une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. La solution retenue est le rejet de la requête, sans qu'il soit nécessaire d'admettre l'intéressé à l'aide juridictionnelle provisoire. Les textes appliqués sont les articles L. 521-2 et L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux conditions matérielles d'accueil.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2025, M. B A, représenté par Me Cardoso, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de rétablir sa prise en charge et de lui verser les conditions matérielles d'accueil incluant son hébergement et le versement de l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il a sollicité l'asile en France le 11 avril 2025 mais, suite au rejet de sa demande d'asile pour irrecevabilité le 16 juin 2025, l'OFII a mis fin à sa prise en charge matérielle par décision du 16 juillet 2025 ;

- il se trouve dans une situation de précarité dès lors qu'il est privé d'un toit et de moyens de subsistance et ne dispose d'aucune attache en France ;

- la décision lui retirant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'hébergement d'urgence et au principe de dignité humaine dès lors qu'il a déposé une aide juridictionnelle aux fins de recours devant la cour nationale du droit d'asile et demeure ainsi en procédure de demande d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Charvin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né en 1998, a sollicité l'asile le 11 avril 2025. Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui a été accordé dès cette date lui a ensuite été retiré par décisions en date des 16 et 18 juillet 2025. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir sa prise en charge et de lui verser les conditions matérielles d'accueil incluant son hébergement et le versement de l'allocation pour demandeur d'asile.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ". L'article L. 522-3 dispose cependant que " lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

4. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Aux termes de l'article L. 551-9 de ce code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L 552-1 du même code : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code ". Aux termes de l'article L. 552-8 de ce code : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. / Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ".

5. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le juge des référés ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation familiale. Dans cette hypothèse, les mesures qu'il peut ordonner doivent s'apprécier au regard de la situation du demandeur d'asile et en tenant compte des moyens dont dispose l'administration et des diligences qu'elle a déjà accomplies.

6. Pour justifier d'une situation d'urgence au soutien de sa demande d'injonction de rétablir ses conditions d'accueil par l'office français de l'immigration et de l'intégration, M. A se borne à soutenir qu'une telle situation d'urgence est constituée par la privation des mesures prévues par la loi visant à assurer les conditions matérielles des demandeurs d'asile, et qu'il se trouve dans une situation de précarité dès lors qu'il est privé d'un toit et de moyens de subsistance et ne dispose d'aucune attache en France. L'intéressé, qui ne se prévaut d'aucune charge familiale ni n'indique souffrir d'une pathologie particulière, n'établit cependant pas être dans une situation de vulnérabilité ou de précarité telle qu'elle constituerait une situation d'urgence. M. A n'apporte ainsi aucun élément de nature à établir l'existence d'une circonstance particulière, notamment au regard de son état de santé, permettant de considérer que le refus de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil rendrait nécessaire, dans les quarante-huit heures, les mesures d'injonction qu'il sollicite. Dès lors, la condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie dans les circonstances de l'espèce.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en ce compris ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Montpellier, le 30 juillet 2025.

Le juge des référés,

J. Charvin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 juillet 2025,

La greffière,

C. Touzet

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