Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 septembre et 7 octobre 2025, la SCI Loqra et Mme A... C..., épouse B..., représentées par Me Dhérot, demandent au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté d’opposition n° AMURB 2025-107 en date du 3 juillet 2025 par lequel le maire de la commune de Saint-Chinian s’est opposé à la demande d’autorisation de travaux modifiant un établissement recevant du public (ERP) existant ;
2°) à titre principal, d’enjoindre à la commune de Saint-Chinian de délivrer une autorisation d’urbanisme dans un délai de deux semaines à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre à la commune de Saint-Chinian de réexaminer la demande d’autorisation de travaux dans un délai de deux semaines à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Chinian le versement à la SCI Loqra et à Mme C..., épouse B..., la somme de 1 000 euros à chacun au titre de l’article L. 761- 1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
Sur l’urgence :
- la condition est remplie dès lors que la structure projetée vise à se conformer aux prescriptions de sécurité imposées par le permis de construire délivré le 22 mars 2022 pour un établissement recevant du public et répond ainsi à un intérêt public de sécurité ;
- la condition est remplie dès lors que la décision attaquée affecte gravement la situation économique du requérant et de l’exploitante du restaurant qui se trouvent dans l’impossibilité d’accueillir la clientèle dans des conditions conformes aux normes de sécurité.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté en litige :
- l’arrêté contesté est entaché d’un défaut de motivation ;
- l’arrêté contesté est entaché d’une erreur de droit en ce que le rejet de la demande d’autorisation de travaux du 3 juillet 2025 se fonde sur un avis simple de la sous-commission départementale pour l’accessibilité des personnes handicapées qui n’est pas motivé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2025, la commune de Saint-Chinian, représentée par Me Henry, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI Loqra la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l’urgence :
- La condition d’urgence n’est pas satisfaite.
Sur le doute sérieux quant à la légalité :
- l’arrêté qui est justifié tant sur le fond que sur la forme en raison de la violation des règles d’accessibilité n’est pas entaché d’un défaut de motivation ;
- l’arrêté attaqué n’est pas entaché d’erreur de droit dès lors que le déplacement de l’accès, des barrières et du marquage au sol projeté n’est pas clairement identifié et ne permet ainsi pas de contrôler la conformité des modifications aux règles d’accessibilité.
Vu :
- la requête enregistrée le 5 septembre 2025 sous le n° 2506444 par laquelle la société requérante demande l’annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Après avoir entendu au cours de l’audience publique du 7 octobre 2025 à 10 heures :
- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés ;
- les observations de Me Dhérot, représentant la SCI Loqra et Mme B..., qui reprend ses conclusions par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Paret, représentant la commune de Saint-Chinian, qui reprend ses conclusions par les mêmes moyens.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Par la présente requête, la SCI Loqra et Mme C..., épouse B..., demandent au juge des référés la suspension de l’exécution de l’arrêté d’opposition n° AMURB 2025-107 du 3 juillet 2025 par lequel le maire de la commune de Saint-Chinian s’est opposé à la demande d’autorisation de travaux modifiant un établissement recevant du public existant.
Sur les conclusions à fin de suspension :
Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».
En ce qui concerne l’urgence :
Il résulte des dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.
Si les requérantes soutiennent que la décision attaquée les place en situation d’urgence en ce qu’elle les empêcherait de mettre en place la structure ayant vocation à couvrir la terrasse de leur restaurant et, ainsi, de se conformer aux prescriptions de sécurité issues du permis de construire n° PC 034 245 18 H0005 délivré le 22 mars 2022, il ressort tout d’abord du dossier qu’elles ont, en date du 8 juin 2022, procédé à une déclaration attestant l’achèvement et la conformité des travaux relatifs au permis de construire susmentionné auprès de la commune Saint-Chinian et que dès lors, les travaux objets du permis, parmi lesquels figurait la pose d’une toile de tente, doivent être considérés comme achevés et conformes. De même, si elles indiquent que le projet visé par la demande d’autorisation de travaux comporterait des modifications assimilables à des adaptations mineures relatives à l’accessibilité des lieux, il ressort de l’instruction que l’autorisation de travaux sollicitée concernait uniquement la « pose d’une toile de tente sur pergola existante » et qu’en tout état de cause, de telles modifications sont sans lien avec l’objet de l’autorisation demandée. Enfin et surtout, si la SCI Loqra et Mme B... se prévalent d’une atteinte portée à leur situation financière et à la viabilité économique de leur activité en ce que l’arrêté attaqué aurait vocation à provoquer une perte de loyers pour la société et une cessation d’activité pour l’exploitante, la seule production du bail commercial qui les lie et d’une facture attestant du versement d’un acompte de 5 580 euros ne suffit pas à démontrer l’existence d’une telle atteinte. Dans ces conditions, la condition d’urgence exigée par l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est pas remplie.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il y ait besoin de se prononcer sur le doute sérieux quant à la légalité, qu’il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à la suspension de l’exécution de l’arrêté d’opposition du 3 juillet 2025 par lequel le maire de Saint-Chinian s’est opposé à la demande d’autorisation de travaux sur un ERP existant.
Sur les conclusions à fin d’injonction
Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu, en application de l’article L. 911- 1 du code de justice administrative, d’enjoindre au maire de la commune de Saint-Chinian de réexaminer la demande d’autorisation de travaux modifiant l’établissement recevant du public existant dans un délai de deux semaines.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la SCI Loqra la somme de 800 euros à verser à la commune de Saint-Chinian au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SCI Loqra et de Mme C..., épouse B... est rejetée.
Article 2 : La SCI Loqra versera à la commune de Saint-Chinian une somme de 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à SCI Loqra, à Mme A... B... et à la commune de Saint-Chinian.
Fait à Montpellier, le 13 octobre 2025.
La juge des référés,
F. Corneloup
La greffière,
M. D...
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 13 octobre 2025.
La greffière,
M. D...