Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 novembre et 16 décembre 2025, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 28 août du maire de Villeneuve-les-Maguelone en tant qu’elle procède au retrait de la décision de non-opposition tacitement acquise le 10 juin 2025 pour l’implantation d’une station relais de téléphonie mobile sur un terrain sis 229, avenue du Moulin de la Jasse les Rocailles ;
2°) de condamner la commune à lui verser une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, avec toutes les conséquences de droit.
Elle soutient que :
Sur l’urgence :
- la condition d’urgence est remplie compte tenu de l’intérêt public qui s’attache à la couverture du territoire national par ses réseaux de téléphonie mobile et des engagements qu’elle a pris en cette matière dans ses cahiers des charges 4G, THD et 5G en sa qualité d’opérateur de téléphonie mobile, alors que la partie du territoire de la commune sur laquelle doit être implantée l’antenne station relais n’est pas couverte par ses réseaux ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté en litige :
- le motif d’opposition tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article UE 7 du règlement du plan local d’urbanisme est illégal à plusieurs titres :
* il est erroné de soutenir que les pièces du dossier seraient insuffisantes pour permettre à l’autorité compétente de vérifier que le projet respecte bien les règles d’implantation des constructions par rapport aux limites séparatives dès lors que les plans fournis au dossier sont tous dotés d’une échelle permettant aux services instructeurs de vérifier les distances ;
* la station relais litigieuse n’étant pas une construction au sens et pour l’application du plan local d’urbanisme de Villeneuve-Lès-Maguelone, il ne pouvait lui être fait application des dispositions de l’article UE 7 du règlement de ce document d’urbanisme sans commettre d’erreur de droit, le moyen relatif à la règle de retrait étant en tout état de cause inopérant ;
* ce motif d’opposition méconnaît les dispositions de l’article R. 423-22 du code de l’urbanisme, puisque l’autorité compétente n’ayant jamais sollicité l’exposante pour qu’elle lui produise les éléments qui feraient aujourd’hui défaut, ne pouvait utilement reprocher à son dossier de déclaration préalable de ne pas comporter les éléments lui permettant de vérifier le respect des distances de retrait imposées par le plan local d’urbanisme ; de plus, si l’auteur de la décision considère que les stations de téléphonie mobile ne seraient pas au rang des installations d’intérêt collectif, il suffit de se reporter à l’arrêté du 10 novembre 2016 définissant les destinations et sous-destinations et à la jurisprudence pour se convaincre que les stations relais de téléphonie mobile entrent dans la catégorie des installations techniques nécessaires au fonctionnement des services publics ;
- le motif d’opposition tiré de la méconnaissance des règles de hauteur des constructions issues de l’article UE10 du plan local d’urbanisme est illégal dès lors que les stations relais de téléphonie mobile, en l’absence de définition contraire posée par le règlement du PLU, ne sont pas des constructions ; de même, l’article UE 10 n’intègre pas dans le calcul des constructions concernés les ouvrages techniques, or une station relais est un ouvrage purement technique ;
- la censure du motif tiré d’une prétendue méconnaissance des dispositions de l’article UE 13 du règlement du PLU s’impose d’une part, dès lors que la société requérante ne peut se voir reprocher de ne pas avoir produit d’éléments permettant de calculer la surface minimale maintenue en pleine terre sans méconnaitre les articles R. 431-35 et R. 431-36 du code de l’urbanisme et d’autre part, dès lors que ce motif s’inscrit en méconnaissance de l’article R. 423-22 du code de l’urbanisme qui prévoit que l’autorité compétente ne peut fonder une décision d’urbanisme sur l’absence au dossier d’éléments dont elle n’a pas sollicité la fourniture dans le mois du dépôt du dossier de déclaration préalable en mairie.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 11 décembre 2025, la commune de Villeneuve-Lès-Maguelone, représentée par Me
Marc, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la SAS Free Mobile à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l’urgence :
- la condition d’urgence n’est pas remplie dès lors qu’un objectif de couverture à l’horizon 2027 ou 2030 ne peut en aucun cas fonder une urgence en 2025, faute de caractère immédiat, mais également eu égard au fait que les données disponibles sur l’ARCEP ou les différents observateurs de données montrent que la zone de Villeneuve-lès-Maguelone est intégralement couverte en 4G voir en 5G par tous les opérateurs ;
- la condition d’urgence n’est pas non plus remplie eu égard au fait qu’il existe, à proximité immédiate du site envisagé deux antennes déjà en service pour la commune et le secteur littoral, ainsi que plusieurs antennes 5G couvrant efficacement le territoire, y compris des antennes appartenant à l’opérateur de la société Free Mobile, sans que la société Free Mobile ne démontre avoir sollicité une mutualisation des équipements auprès des fournisseurs partenaires ; en tout état de cause, la société Free Mobile échoue à démontrer que l’installation projetée serait nécessaire au regard de l’intérêt public ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité :
- le projet litigieux est implanté en limite de parcelle et ne respecte pas les règles de prospect qui impose un retrait de 5 mètres par rapport à la limite séparative ; la société Free Mobile ne peut se prévaloir de la qualité d’équipement d’intérêt public de l’antenne relais pour bénéficier d’une implantation différente au regard de l’article UE7, puisqu’il ne s’agit que d’une simple faculté admise par le plan local d’urbanisme ;
- dès lors qu’une antenne-relais de radiotéléphonie mobile et ses locaux ou installations techniques constituent une construction, leur implantation doit être conforme à l'ensemble des dispositions du PLU applicables aux constructions et en l’espèce, le projet concerne une antenne de 26 mètres de hauteur ce qui excède manifestement la hauteur maximale prévue par le plan local d’urbanisme ;
- la commune de Villeneuve-Lès-Maguelone prend acte de la surface réelle maintenue en pleine terre en estimant qu’il s’agit d’une erreur de calcul et qu’en tout état de cause, le projet est irrégulier au regard des articles UE10 et UE7 du plan local d’urbanisme.
Vu :
- la requête enregistrée le 20 octobre 2025 sous le n° 2507543 par laquelle la société requérant demande l’annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Après avoir entendu au cours de l’audience publique du 16 décembre 2025 à 10 heures :
- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés ;
- les observations de Me Candelier, représentant la société Free Mobile, qui reprend ses conclusions par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Marc, représentant la commune de Villeneuve-Lès-Maguelone, qui reprend ses conclusions par les mêmes moyens et demande une substitution de motifs tiré du non -respect des règles de prospect fixées par l’article UE 7 du PLU.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Après avoir pris connaissance de la note en délibéré présentée pour la commune de Villeneuve-Lès-Maguelone enregistrée le 17 décembre 2025.
Considérant ce qui suit :
Le 9 mai 2025, la société Free Mobile a déposé auprès des services de la commune de Villeneuve-Lès-Maguelone une déclaration préalable portant sur l’implantation d’un pylône treillis de téléphonie mobile de 24 mètres de hauteur sur un terrain sis 229, avenue du Moulin de la Jasse les Rocailles. En l’absence de réponse expresse dans le délai d’instruction, une décision tacite de non-opposition est née le 10 juin 2025. Toutefois, par courrier du 25 juin 2025, le maire de la commune de Villeneuve-Lès-Maguelone a informé la société pétitionnaire de son intention de retirer la décision tacite de non-opposition, ce qu’il a fait par un arrêté n° 2025URBA108 du 9 juillet 2025, reçu le 15 juillet suivant. A la suite d’une erreur administrative de ses services, la commune a, en date du 1er août 2025, informé la société Free Mobile, du relancement d’une procédure contradictoire préalable, ainsi que de son intention de retirer son arrêté du 9 juillet 2025 avant de procéder à nouveau au retrait de la décision de non-opposition tacite du 10 juin 2025. C’est finalement par un arrêté n° DP 034337 2500084 du 28 août 2025, reçu le 1er septembre 2025 que le maire de la commune va procéder au retrait et au remplacement de l’arrêté n° 2025URBA108 du 9 juillet 2025, ainsi qu’au retrait de la déclaration préalable tacitement accordée le 10 juin 2025. Par la présente requête, la société Free Mobile demande au juge des référés de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution dudit arrêté du maire de la commune de Villeneuve-Lès-Maguelone du 28 août 2025.
Sur les conclusions à fin de suspension :
Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».
En l’état de l’instruction, aucun des moyens soulevés par la requérante n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de décision attaquée.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il y soit besoin de se prononcer sur l’urgence, qu’il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à la suspension de l’exécution de l’arrêté du maire de la commune de Villeneuve-Lès-Maguelone du 28 août 2025. Les conclusions aux fins d’injonction sont rejetées par voie de conséquence.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de laisser à chacune des parties la charge des frais de l’instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SAS Free Mobile est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Villeneuve-Lès-Maguelone au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de Villeneuve-Lès-Maguelone.
Fait à Montpellier, le 19 décembre 2025
La juge des référés,
F. Corneloup
La greffière,
M. A...
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 19 décembre 2025
La greffière,
M. A...