Le Tribunal Administratif de Montpellier a examiné la requête de M. A... contre un arrêté du préfet de la Seine-et-Marne refusant le renouvellement de son titre de séjour. Le tribunal a relevé que le préfet avait fondé son refus uniquement sur l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans examiner si M. A... remplissait les conditions de renouvellement de son titre de séjour en qualité de travailleur temporaire. Cette absence d'examen constitue un défaut de motivation et un vice de procédure. En conséquence, le tribunal a annulé l'arrêté attaqué et enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. A... dans un délai d'un mois.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 décembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Montesinos-Brisset demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-et-Marne a refusé de renouveler le titre de séjour dont il était titulaire, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixé le pays de destination ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de cette même notification sous astreinte de 100 euros par jour de retard et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous la même astreinte.
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté ne lui a pas été régulièrement notifié ;
- il a été signé par une autorité ne disposant pas de la compétence pour ce faire ;
- il est insuffisamment motivé, notamment en droit faute de viser les articles du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile correspondant à la demande de renouvellement de titre de séjour qu’il a effectué ;
- il est entaché d’un défaut d’examen particulier de sa situation dès lors que le préfet n’a pas examiné la demande de renouvellement du titre de séjour salarié et apprécié la réalité de sa vie privée en France ;
- il méconnaît l’article L. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public, eu égard au caractère isolé de la condamnation prononcée à son encontre ;
- il méconnaît l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il remplit toutes les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie personnelle ;
- l’obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l’illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle a été signée par une autorité ne disposant pas de la compétence pour ce faire ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation dès lors que le préfet n’a pas examiné la demande de renouvellement du titre de séjour salarié et apprécié la réalité de sa vie privée en France ;
- elle méconnaît le 3° de l’article L. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile eu égard à la durée significative de sa présence sur le territoire français sous couvert d’un titre de séjour ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été signée par une autorité ne disposant pas de la compétence pour ce faire ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation dès lors que le préfet n’a pas examiné la demande de renouvellement du titre de séjour salarié et apprécié la réalité de sa vie privée en France ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie personnelle ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2025, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bayada, première conseillère, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d’éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Bayada,
- et les observations de Me Montesinos Brisset représentant M. A... qui insiste sur le caractère isolé de la condamnation pénale qui a été prononcée à son encontre et celles de M. A... présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant malien né en 1981, demande l’annulation de l’arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-et-Marne a refusé de renouveler le titre de séjour dont il était titulaire, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixé le pays de destination
2. Il ressort des pièces du dossier et particulièrement du récépissé de renouvellement de son titre de séjour, que M. A... a sollicité le renouvellement de son titre de séjour délivré en qualité de travailleur temporaire, titre qu’il verse également aux débats, et à cette fin, s‘est prévalu d’un contrat à durée indéterminée en qualité de plombier. Toutefois, l’autorité préfectorale a refusé d’admettre le requérant au séjour sur le seul fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sans apprécier s’il remplissait les conditions pour que lui soit renouvelé le titre de séjour dont il était jusqu’alors titulaire. Dans ces conditions, M. A... est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-et-Marne n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle pour rejeter la demande de renouvellement de son titre de séjour.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu’il y a lieu d’annuler l’arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de Seine et Marne a refusé de renouveler le titre de séjour dont M. A... était titulaire. Par voie de conséquence, les décisions l’obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
6. Aux termes de l’article L. 911-2 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. (…) »
7. Eu égard aux motifs d’annulation ci-dessus retenus, il n’y a pas lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-et-Marne de délivrer un titre de séjour à M. A... mais uniquement qu’il procède au réexamen de la demande présentée par ce dernier, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente décision, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction de l’astreinte demandée. Il y a, par ailleurs, lieu d‘enjoindre au préfet de la Seine-et Marne de remettre à M. A... une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente décision, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction de l’astreinte demandée.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et des article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : L’arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A..., l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de la demande de M. A..., dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente décision, et dans l’attente de remettre à M. A... une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B... A..., au préfet de Seine-et-Marne et à Me Montesinos-Brisset.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2025.
La magistrate désignée
A. Bayada
Le greffier,
D. Martinier
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 5 décembre 2025
Le greffier,
D. Martinier