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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2508775

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2508775

mercredi 17 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2508775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantRAHAL

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. B..., ressortissant serbe, qui contestait un arrêté préfectoral du 3 décembre 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de trois ans. Le requérant invoquait un vice de procédure pour défaut de droit d'être entendu et un défaut d'examen réel de sa situation. Le tribunal a écarté ces moyens, estimant que le préfet avait procédé à un examen sérieux et que M. B... avait été auditionné sans démontrer avoir été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents. La décision s'appuie sur les articles L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 16 décembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Rahal, avocate, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 3 décembre 2025, par lequel le préfet de l’Aude l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 91, ce règlement emportant renonciation à l’indemnité versée au titre de l’aide juridictionnelle.


Il soutient que :
- la décision est entachée d’un vice de procédure puisqu’il n’est pas établi qu’il aurait été mis en mesure de présenter les éléments pertinents susceptibles d’influer sur son contenu ;
- la décision est entachée d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation.



Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Thévenet dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d’éloignement.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de M. Thévenet, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Rahal, avocate de M. B..., qui persiste dans ses moyens et conclusions.

Considérant ce qui suit :

Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’admettre M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L’étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité ; (…) ». Il ressort des pièces du dossier que M. B..., ressortissant serbe né le 22 octobre 1987, n’a pu justifier d’une entrée et d’un maintien régulier sur le territoire français. Par suite, il entrait dans les cas où le préfet de l’Aude pouvait édicter la décision attaquée.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l’Aude a examiné réellement et sérieusement le dossier de M. B.... Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen et réel et sérieux doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne : « Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (...). ». Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l’Union européenne que le droit d’être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative avant l’adoption de toute décision susceptible d’affecter de manière défavorable ses intérêts. Toutefois, une atteinte au droit d’être entendu n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu’il lui revient, le cas échéant, d’établir devant la juridiction saisie.

5. Si M. B... soutient que son droit d’être entendu et de présenter ses observations a été méconnu, il ressort des pièces du dossier qu’il a été auditionné sur sa situation administrative et personnelle. En tout état de cause, il ne fait valoir aucun élément qu’il n’aurait pu utilement porter à la connaissance de l’administration avant que ne soit prise les décisions contestées et qui aurait été susceptible d’affecter le contenu de ces décisions. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur les frais liés au litige :

6. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu’elles demandent et le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation. ». Ces dispositions font obstacle à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l’Etat qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.



D E C I D E :

Article 1er : M. B... est admis à l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au préfet de l’Aude et à Me Rahal.


Rendu public par mise à disposition au greffe 17 décembre 2025.

Le magistrat désigné,













F. Thévenet

Le greffier,










D. Martinier


La République mande et ordonne au préfet de l’Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 17 décembre 2025.

Le greffier,


D. Martinier



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