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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2508810

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2508810

mardi 9 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2508810
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de la Ligue des droits de l'homme (LDH) visant à suspendre l'installation d'une crèche de Noël dans le hall de l'hôtel de ville de Béziers. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la seule invocation de l'atteinte au principe de laïcité ou à l'autorité de la chose jugée ne suffisant pas à caractériser une urgence justifiant une suspension avant le jugement au fond. La requête a été rejetée par une ordonnance prise en application de l'article L. 522-3 du même code, sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2025, la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen (LDH), représentée par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) de suspendre, en application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de la décision du maire de Béziers d’installer une crèche de nativité dans le hall de l’hôtel de ville et de bénir le bâtiment public accueillant la crèche révélée par l’inauguration du 29 novembre 2025 ;

2°) d’enjoindre au retrait de la crèche du siège de la collectivité sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Béziers la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’urgence est caractérisée : la décision contestée porte une atteinte grave et immédiate au principe de laïcité et de neutralité des services publics ; la décision attaquée porte également atteinte au principe même de l’Etat de droit et à l’autorité de la chose jugée dès lors qu’elle contrevient manifestement aux décisions juridictionnelles prises sur l’installation d’une crèche de Noël ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée : elle méconnait le droit à un recours juridictionnel effectif et la force de chose jugée ; elle méconnait le principe de neutralité et de laïcité ; elle méconnait le principe de non financement des cultes et de neutralité du service public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jérôme Charvin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

1. Suite à l’inauguration le 29 novembre 2025 de la crèche de Noël dans la cour d’honneur de l’hôtel de ville de Béziers, la LDH demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cette décision d’installation de la crèche et d’enjoindre au maire de Béziers de procéder au retrait de ladite crèche du siège de la collectivité..

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (...) ». Aux termes enfin de l’article L 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L.522-1 ».

3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.

4. La LDH, pour démontrer l’urgence qu’il y aurait à suspendre l’exécution de la décision d’installation de la crèche du maire de Béziers susvisée, fait valoir qu’elle porte une atteinte grave et immédiate au principe de laïcité et de neutralité des services publics ainsi qu’au principe même de l’Etat de droit et à l’autorité de la chose jugée dès lors qu’elle contrevient manifestement aux décisions juridictionnelles prises sur l’installation d’une crèche de Noël. Cependant, l’illégalité invoquée de la décision litigieuse, et notamment la méconnaissance des principes de laïcité, de neutralité du service public et de non financement des cultes ou la violation de l’autorité de la chose jugée, ne caractérise pas, à elle seule, une situation justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. Par ailleurs, la LDH n’établit pas que la décision contestée porterait à sa situation ou aux intérêts qu’elle défend une atteinte dont la gravité justifierait sa suspension. Dès lors, la condition d’urgence, qui doit s’apprécier objectivement et globalement, n’est pas remplie. Par suite, l’une des conditions posées par l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’étant pas remplie, il y a lieu, sans qu’il soit besoin de vérifier s'il est fait état d'un moyen propre à créer en l'état de l'instruction un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par la LDH selon les dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de rejeter la requête de la LDH, en ce compris ses conclusions aux fins d’injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.




ORDONNE :



Article 1er : La requête de la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen.

Copie en sera adressée à la commune de Béziers.



Fait à Montpellier, le 9 décembre 2025.


Le juge des référés,




J. Charvin


La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Montpellier, le 9 décembre 2025.
La greffière,


L. Salsmann


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