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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2600028

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2600028

mercredi 7 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2600028
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantKOY

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, rejette la demande de suspension de la décision 48 SI du ministre de l’intérieur notifiant à Mme B... la perte de validité de son permis de conduire. La requérante invoquait l’urgence liée à sa profession de chef d’entreprise, nécessitant un permis pour s’approvisionner. Le juge estime que la condition d’urgence n’est pas remplie, car la décision contestée répond à l’intérêt public de la sécurité routière, compte tenu de la gravité et de la récurrence des infractions commises (notamment non-respect de feux rouges et excès de vitesse). La solution retenue écarte la suspension, sans examiner le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 223-6 et R. 223-8 du code de la route.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 janvier 2026, Mme A... B..., représentée par Me Koy, demande au tribunal :

1°) de suspendre, en application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de la décision 48 SI en date du 20 novembre 2025 par laquelle le ministre de l’intérieur lui a notifié la perte de validité de son permis de conduire ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’urgence est caractérisée dès lors que l’exécution de la décision d’invalidation du permis de conduire contestée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation professionnelle dans la mesure où elle exerce la profession de chef d’entreprise en qualité d’entrepreneur individuel d’un commerce d’alimentation générale pour lequel la détention d’un permis de conduire lui est indispensable pour s’approvisionner quotidiennement en denrées et diverses marchandises auprès de ses fournisseurs afin de les ramener personnellement au sein de son commerce et les vendre ensuite auprès de sa clientèle ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée : elle méconnait les dispositions des articles L. 223-6 alinéa 3 et R. 223-8 du code de la route dès lors que le stage de sensibilisation à la sécurité routirère qu’elle a effectué les 5 et 6 décembre 2025, préalablement à la notification le 9 décembre 2025 de la décision 48 SI, aurait dû être pris en compte.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Charvin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision 48 SI du 20 novembre 2025 par laquelle le ministre de l’intérieur lui a notifié la perte de validité de son permis de conduire.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (...) ». Aux termes enfin de l’article L 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L.522-1 ».

3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.

4. Mme B..., pour démontrer l’urgence qu’il y aurait à suspendre l’exécution de la décision du ministre de l’intérieur constatant la perte de validité de son titre, fait valoir qu’elle exerce la profession de chef d’entreprise en qualité d’entrepreneur individuel d’un commerce d’alimentation générale pour lequel la détention d’un permis de conduire lui est indispensable pour s’approvisionner quotidiennement en denrées et diverses marchandises auprès de ses fournisseurs afin de les ramener personnellement au sein de son commerce et les vendre ensuite auprès de sa clientele. Cependant, outre que la requérante n’établit pas que la détention d’un permis de conduire valide lui est effectivement indispensable à l’exercice de sa profession, il résulte de l’instruction que la décision en litige répond à des exigences de protection et de sécurité routière eu égard au caractère grave et, pour certaines, récent de cinq des huit infractions commises par la requérante les 14 février 2025, 21 mai 2024, 22 décembre 2019 et 12 octobre 2027 pour, notamment, non-respect de l’arrêt à un feu rouge, conduite d’un véhicule avec vitres surteintées, excès de vitesse d’au moins 40 km/h et conduite sans port de la ceinture de sécurité, ayant entraîné chacune un retrait de 3 ou 4 points sur son permis de conduire, qui révèlent un comportement grave et réitéré de méconnaissance des dispositions du code de la route. Dès lors, et quelle que soit la gêne qui en résulte pour l’intéressée et les conséquences professionnelles ou personnelles résultant de la perte de validité de son permis, les exigences qui s’attachent à l’intérêt public de la sécurité routière font obstacle à ce que la condition d’urgence, qui doit s’apprécier objectivement et globalement, soit en l’espèce regardée comme remplie. Par suite, sans qu’il soit besoin de vérifier s'il est fait état d'un moyen propre à créer en l'état de l'instruction un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, il y a lieu de faire application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions aux fins de suspension présentées par Mme B....

5. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de rejeter la requête de Mme B..., en ce compris ses conclusions tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



ORDONNE :



Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B....

Fait à Montpellier, le 7 janvier 2026.


Le juge des référés,




J. Charvin


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Montpellier, le 7 janvier 2026,
La greffière,



A-L. Edwige

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