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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2601159

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2601159

samedi 14 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2601159
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantVERDIER

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 10 février 2026 interdisant la représentation du spectacle « Best'of » de M. C... dans les Pyrénées-Orientales. Le juge estime que le requérant ne démontre pas le caractère privé de l'événement, le contrat produit étant jugé artificiel, et qu'il n'établit pas l'absence de risque de trouble à l'ordre public au regard de ses précédents spectacles. En conséquence, l'atteinte à la liberté de réunion n'est pas caractérisée comme grave et manifestement illégale, et la requête est rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 février 2026, M. B... C..., représenté par Me Verdier, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 10 février 2026 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a interdit la représentation de son spectacle « Best' of » ou de tout autre intitulé de représentation dans laquelle il est comédien, metteur en scène ou auteur, prévue le 14 février 2026 à 19h00, dans le département des Pyrénées-Orientales et pour une durée d'un mois à compter de sa notification ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l’arrêté attaqué vise à tort un spectacle supposé, qui est inexistant, puisqu’il s’agit d’un événement privé, dont l’organisation a été confiée à la société Kamdo Production, pour fêter son anniversaire avec un certain nombre d’invités, avec une participation demandée de 4,90 euros pour couvrir les frais de gestion logistique et la possibilité de participer, sur place, au cadeau d’anniversaire ;

- l’urgence est caractérisée dès lors que la soirée de fête d’anniversaire doit avoir lieu le 14 février ;
- l'arrêté porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion consacrée par la Constitution de 1793 et 1848, la loi du 30 juin 1881 sur la liberté d'expression et l’article 12 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors qu’aucun motif ne saurait justifier l’interdiction qui lui est faite d’organiser une réunion privée pour son anniversaire, et qui, en l’absence de risque de trouble avéré, n’est ni nécessaire, ni adaptée et est disproportionnée.

Par un mémoire enregistré le 14 février 2026, le préfet des Pyrénées-Orientales, représentée par Me Joubes, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- si M. C... entend seulement fêter son anniversaire, ainsi qu’il le soutient, l’arrêté contesté ne lui fait nullement grief ; il n’a donc pas d’intérêt à en solliciter la suspension et sa requête est irrecevable ;
- le requérant ne démontre pas le caractère privé et restreint de l’événement dont il se prévaut, alors que son site internet officiel indique que les pré-réservations et le tarif « Black Friday », tarif utilisé à la fin du mois de novembre, pour le spectacle « Best’of » prévu ce samedi à 19h00, dans un lieu encore non connu, sont déjà épuisés ; le contrat de mandat d’organisation d’un événement privé produit au dossier, signé le 9 février 2026 entre M. C... et la société Kamdo Productions, qui a son siège social au domicile du requérant et dont l’associé unique n’est autre que sa compagne, a manifestement été établi pour les besoins de la cause ; ce contrat ne permet pas de connaître l’ampleur de cet événement dont il ne précise ni le lieu ni les modalités d’organisation ;
- M. C... ne démontre pas que ne seront pas mis en scène, dans le cadre de son spectacle intitulé « Best’Of », des personnages tenant des propos à caractère antisémite et valorisant des actes de terrorisme comme dans ses spectacles précédents dont les représentations ont été interdites.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la Constitution et notamment son préambule ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- la loi du 30 juin 1881 ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 14 février 2026 :
- le rapport de Mme Encontre, juge des référés,
- les observations de Me Joubes, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. M. B... C... demande au juge des référés d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l’arrêté du 10 février 2026 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a interdit la représentation de son spectacle « Best'of » ou de tout autre intitulé de représentation dans laquelle il est comédien, metteur en scène ou auteur, prévue le 14 février 2026 à 19h00, dans le département des Pyrénées-Orientales et pour une durée d'un mois.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ».

3. Il appartient aux autorités chargées de la police administrative de prendre les mesures nécessaires à l’exercice de la liberté de réunion. Les atteintes portées, pour des exigences d’ordre public, à l’exercice de ces libertés fondamentales doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées.

4. M. C... invoque l’atteinte grave et manifestement illégale portée à la liberté de réunion en faisant valoir que l’événement prévu le 14 février 2026 ne consiste pas en la représentation d’un spectacle, comme indiqué à tort dans l’arrêté préfectoral, mais une soirée privée au cours de laquelle il souhaite fêter son soixantième anniversaire et échanger avec ses invités. Il résulte toutefois de l’instruction, en particulier des captures d’écran de la rubrique « billetterie » du site internet officiel de M. B... C..., produites au dossier par le préfet des Pyrénées-Orientales, que les pré-réservations et le tarif « Black Friday », tarif utilisé à la fin du mois de novembre, pour le spectacle « Best’Of » prévu ce samedi à 19h00, dans un lieu encore non connu, sont épuisés. Il résulte également de la consultation de ce site, dans la rubrique « retrouvez toutes les dates de spectacles de B... », figure, parmi d’autres dates de spectacles « spectacle invitation privée – anniversaire de B.../ Perpignan France/ Samedi 14 février 2026 à 19 :00 ». Si la billetterie associée à cet événement propose la « confirmation d’invitation » soumise au tarif de 4,90 euros au titre de « frais de gestion logistique » et si la rubrique « réservation » est assortie de la mention « Information importante Malgré l’intitulé technique « spectacle/représentation » affiché par défaut par la plateforme, l’événement proposé ne constitue en aucun cas un spectacle, une représentation artistique ou un événement public. Il s’agit exclusivement d’une soirée privée sur invitation, organisée à l’occasion de l’anniversaire de B.... Cette soirée est organisée dans un cadre strictement privé et festif. Il n’est prévu aucune représentation, aucune mise en scène, aucune programmation artistique, ni aucune prestation de spectacle vivant. Dans ce cadre privé, B... sera présent et pourra, le cas échéant, prendre la parole librement, à titre personnel, sans que cela ne constitue une prestation artistique, un spectacle ou une représentation publique. Participation au cadeau d’anniversaire : possible sur place, libre et facultative », la programmation de cet événement sur le site officiel des spectacles de M. B... C..., avec une réservation de places assises, ouverte au grand public et indiquant que les e-billets « seront disponibles en téléchargement à la fin de votre commande au format PDF », ne saurait manifestement pas être regardée comme présentant le caractère d’une réunion privée réunissant un cercle d’invités pour fêter un anniversaire. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir, d’une part, que le spectacle interdit par l’arrêté préfectoral du 13 février 2026 serait inexistant et, d’autre part, que l’arrêté litigieux porterait atteinte à sa liberté de réunion, exercée dans un cadre privé.
.
5. Il résulte de ce qui précède, dès lors que M. C... ne conteste l’arrêté préfectoral du 10 février 2026 qu’en tant qu’il le priverait de la liberté de se réunir dans un cercle privé, sans remettre en cause le bien-fondé des motifs de l’interdiction du spectacle dont la représentation est prévue ce jour, qu’il y a lieu, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, de rejeter les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

6. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. C... la somme de 1 500 euros à verser au préfet des Pyrénées-Orientales au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : M. C... versera au préfet des Pyrénées-Orientales la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... C... et au préfet des Pyrénées-Orientales.


Fait à Montpellier, le 14 février 2026.


La juge des référés,


S. Encontre







La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 14 février 2026
La greffière,


M. A...



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