mercredi 12 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2001903 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS ARCIANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 30 avril 2020 et 18 janvier 2022, Mme D C, représentée par Me Bourges-Bonnat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite intervenue le 2 mars 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Rennes a refusé de procéder à la régularisation de sa situation administrative à compter du 8 novembre 2012 et jusqu'au 24 avril 2016 ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Rennes de procéder à la reconstitution de sa carrière, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son placement en disponibilité d'office du 8 novembre 2012 au 25 avril 2016 était irrégulier dès lors que le recteur aurait dû, du fait de l'invalidation par la commission de réforme des avis du comité médical et du comité médical supérieur, régulariser rétroactivement sa situation ;
- sa réintégration dans ses fonctions en 2016 signifie que l'avis initialement émis par le comité médical était erroné quant à son appréciation et que le recteur aurait dû procéder à sa réintégration dès 2012, indépendamment de l'avis du comité, dès lors qu'il disposait de suffisamment d'éléments justifiant son aptitude à reprendre ses fonctions ;
- une mesure de reconstitution de carrière a nécessairement et par nature un caractère rétroactif.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2021, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Bourges-Bonnat, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, professeure des écoles titulaires, a été placée en congé de longue maladie puis en congé de longue durée du 8 novembre 2007 au 7 novembre 2012. Le 14 novembre 2012, le comité médical départemental a rendu un avis d'inaptitude à la fonction enseignante et à toutes fonctions à l'épuisement de ses droits à congé de longue durée et s'est prononcé en faveur d'une mise à la retraite de Mme C pour invalidité. Le 12 novembre 2013, le comité médical supérieur a confirmé l'avis du comité médical départemental. En vue de la saisine de la commission de réforme, l'administration a sollicité l'expertise du Dr B, par courrier du 13 mai 2014, lequel a conclu en septembre 2014 qu'aucun trouble ne permettait de décrire une infirmité pour mise à la retraite pour invalidité. Par une ordonnance du 22 septembre 2014, le tribunal administratif de Rennes, statuant sur la requête de Mme C, a prescrit une expertise. L'expert a conclu le 20 août 2015 à l'aptitude de l'intéressée à son poste. Par courrier du 4 décembre 2015, Mme C a sollicité sa réintégration. Par un courrier du 5 janvier 2016, l'intéressée a été informée que, malgré sa saisine, le comité médical départemental avait refusé de statuer sur sa reprise à temps plein, dès lors que lui-même et le comité médical supérieur, dans des avis rendus les 14 novembre 2012 et 12 novembre 2013, avaient conclu à son inaptitude totale et définitive à toutes fonctions. Par avis du 19 avril 2016, la commission de réforme a estimé que l'intéressée était apte aux fonctions d'enseignant avec un aménagement de poste et avec l'avis du médecin du personnel dès notification. Par arrêté du 25 avril 2016, Mme C a été affectée provisoirement à Saint-Brieuc à compter du 26 avril 2016, puis, par arrêté du 21 juin 2016, dans le département des Yvelines à compter du 1er septembre 2016. Par courrier du 26 décembre 2019, Mme C a sollicité la régularisation de sa situation administrative du 8 novembre 2012 au 24 avril 2016. À la suite du silence gardé par l'administration, la requérante demande au tribunal d'annuler la décision implicite intervenue le 2 mars 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Rennes a refusé de procéder à cette régularisation de sa situation administrative.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 51 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. () La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés [de maladie] ". L'article 43 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'État, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions prévoit que " la mise en disponibilité ne peut être prononcée d'office qu'à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie () et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 41 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Le bénéficiaire d'un congé de longue maladie ou de longue durée ne peut reprendre ses fonctions à l'expiration ou au cours dudit congé que s'il est reconnu apte, après examen par un spécialiste agréé et avis favorable du comité médical compétent () ". Aux termes de l'article 42 du même décret dans sa version applicable au litige : " Si, au vu de l'avis du comité médical compétent et, éventuellement, de celui du comité médical supérieur (), le fonctionnaire est reconnu apte à exercer ses fonctions, il reprend son activité (). / Si, au vu du ou des avis prévus ci-dessus, le fonctionnaire est reconnu inapte à exercer ses fonctions, le congé continue à courir ou est renouvelé. Il en est ainsi jusqu'au moment où le fonctionnaire sollicite l'octroi de l'ultime période de congé rétribué à laquelle il peut prétendre. / Le comité médical doit alors, en même temps qu'il se prononce sur la prolongation du congé, donner son avis sur l'aptitude ou l'inaptitude présumée du fonctionnaire à reprendre ses fonctions à l'issue de cette prolongation. / Si le fonctionnaire n'est pas présumé définitivement inapte, il appartient au comité médical de se prononcer, à l'expiration de la période de congé rémunéré, sur l'aptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions. / A l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, le fonctionnaire reconnu apte à exercer ses fonctions par le comité médical reprend son activité. / S'il est présumé définitivement inapte, son cas est soumis à la commission de réforme qui se prononce, à l'expiration de la période de congé rémunéré, sur l'application de l'article 47 ci-dessous ". En vertu de l'article 47 du même décret dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit reclassé dans un autre emploi (), soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Pendant toute la durée de la procédure requérant soit l'avis du comité médical, soit l'avis de la commission de réforme, soit l'avis de ces deux instances, le paiement du demi-traitement est maintenu jusqu'à la date de la décision de reprise de service ou de réintégration, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que dans son avis rendu le 14 novembre 2012, le comité médical des Côtes-d'Armor s'est prononcé pour la prolongation du congé longue durée de Mme C jusqu'au 8 novembre 2012, puis en faveur d'une inaptitude définitive à la fonction enseignante et à toutes fonctions et d'une mise à la retraite pour invalidité. Cet avis a été contesté par l'intéressée le 5 mars 2013. Le premier alinéa de l'article 9 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires prévoit que, dans ce cas, l'autorité administrative ne peut statuer sur la demande du fonctionnaire qu'après avoir recueilli l'avis du comité médical supérieur. Mme C a donc été régulièrement placée en disponibilité d'office à titre conservatoire dans l'attente de l'avis du comité médical départemental puis du comité médical supérieur. Dans son avis du 12 novembre 2013, le comité médical supérieur a confirmé l'avis du comité médical départemental. Mme C a, par suite, été régulièrement placée en disponibilité d'office dans l'attente de l'avis de la commission de réforme, conformément à l'article 47 du décret du 14 mars 1986. Dans sa séance du 19 avril 2016, la commission de réforme a prononcé l'avis suivant : " apte aux fonction d'enseignant avec un aménagement de poste et avec l'avis du médecin du personnel dès notification. Du 8 novembre 2012 jusqu'à la notification : disponibilité pour raisons de santé ". Contrairement à ce que soutient l'intéressée, le recteur de l'académie de Rennes ne pouvait légalement la réintégrer dès 2012, contre l'avis du comité médical départemental, sans méconnaître l'article 41, cité au point précédent, du décret du 14 mars 1986. Il suit de là que, contrairement à ce que soutient Mme C, son placement en disponibilité d'office du 8 novembre 2012 au 25 avril 2016 était régulier. En conséquence, le recteur de l'académie de Rennes ne pouvait aucunement édicter une décision rétroactive afin de " régulariser sa situation administrative ".
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie du présent jugement en sera adressée au recteur de l'académie de Rennes.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Albouy, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.
La rapporteure,
signé
L. ALe président,
signé
F. Etienvre
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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