vendredi 9 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2002554 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LE BIHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juin 2020, M. D F, représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 septembre 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de faire droit à sa demande, de manière rétroactive à compter du 21 août 2019 ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une personne incompétente, à défaut pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration de justifier d'un arrêté de délégation de signature régulièrement publié ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, à défaut d'avoir été précédée de l'entretien individuel prévu par l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, à défaut pour lui d'avoir été mis en mesure de présenté des observations écrites dans un délai de quinze jours comme le prévoit l'article L. 744-8 du même code ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du même code.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 décembre 2019.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant congolais né le 25 décembre 1973, est entré en France le 17 avril 2019. Il a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure dite Dublin le 21 août 2019. Le même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en raison de la tardiveté de sa demande d'asile. Par courrier du 5 septembre 2019, l'intéressé en a sollicité le bénéfice auprès de cet office, lequel a confirmé sa décision de refus par une décision du 26 septembre suivant dont M. E demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme C B, directrice territoriale à Rennes de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui bénéficie d'une délégation de signature régulière, conformément à la décision du 15 janvier 2019 publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée du 26 septembre 2019 vise les dispositions dont elle fait application et relève que M. E a, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France. Elle relève que le courrier de demande de l'intéressé du 5 septembre 2019 reçu le 9 septembre 2019, et non le 9 octobre 2019 comme indiqué par erreur dans la décision, ne justifie pas des raisons expliquant ce délai avant de déposer sa demande d'asile. Cette décision comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de son caractère insuffisamment motivé doit, par suite, être écarté.
4. En troisième lieu, compte tenu de la motivation de la décision attaquée et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E aurait justifié, par la production de documents, les raisons mentionnées dans son courrier du 5 septembre 2019 pour lesquelles il n'a pas été en mesure de déposer sa demande d'asile dans un délai de 90 jours depuis son arrivée en France, l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne peut pas être regardé comme n'ayant pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à l'entretien individuel de vulnérabilité de M. E après le dépôt de sa demande d'asile, conformément à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les dispositions de cet article n'imposent pas la réalisation d'un nouvel entretien de vulnérabilité à l'occasion de l'examen d'une décision confirmant le refus d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le requérant ne peut, dès lors, utilement soutenir que la décision attaquée n'a pas été précédée d'un tel entretien.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / () La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ". Aux termes de l'article L. 723-2 du même code, dans sa version applicable : " III. - L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".
8. Il résulte des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'obligation de mettre l'étranger en mesure de présenter des observations écrites ne s'applique pas aux décisions de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. E, qui a pu apporter l'ensemble des informations et pièces qu'il estimait utiles à l'appui de sa demande du 5 septembre 2019, ne saurait utilement soutenir que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.
9. En dernier lieu, depuis le 1er novembre 2015, les personnes souhaitant demander l'asile en France sont préalablement reçues au sein de l'une des structures de premier accueil des demandeurs d'asile, qui sont pilotées et financées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans le cadre d'un marché public passé avec des opérateurs extérieurs. Ces structures de premier accueil des demandeurs d'asile procèdent au pré-enregistrement de la demande d'asile des intéressés, leur fournissent une information sur la procédure d'asile en France et leur délivrent un rendez-vous dans un guichet unique pour demandeur d'asile, guichet unique regroupant les services de la préfecture et de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. En Île-de-France, depuis le 2 mai 2018, les demandeurs d'asile doivent nécessairement, pour obtenir un rendez-vous en structures de premier accueil des demandeurs d'asile, contacter une plateforme téléphonique dédiée, mise en œuvre par l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
10. En l'espèce, il est constant que M. E est entré en France le 17 avril 2019 et n'a déposé une demande d'asile que le 21 août 2019, soit plus de 90 jours après son arrivée sur le territoire français. S'il allègue être resté pendant trois mois à Paris et y avoir tenté vainement de joindre la plate-forme téléphonique mise en place par l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour l'Île-de-France avant de venir à Rennes où il a déposé sa demande d'asile, il se borne à produire un communiqué de presse de la Ligue des droits de l'Homme datant du 26 novembre 2019 relatif à la difficile accessibilité de ce numéro téléphonique, sans apporter aucune pièce justificative des démarches qu'il aurait entreprises à compter de son arrivée sur le territoire français, notamment des appels dont il se prévaut vers cette plateforme téléphonique. A défaut pour le requérant d'établir que le dépassement du délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile serait imputable à l'impossibilité de joindre la plateforme téléphonique, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. E doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Bozzi, premier conseiller,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
C. A
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026