jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2002781 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 juillet 2020 et 17 mai 2021, M. A C, représenté par Me Lahalle, demande au tribunal :
1°) de déclarer la société Eiffage Rail Express, la société SNCF Réseau et la société SNCF Mobilités, conjointement et solidairement, ou l'une à défaut de l'autre, responsables des dommages subis du fait de la réalisation et du fonctionnement de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne Pays-de-la-Loire ;
2°) d'annuler en conséquence la décision implicite de rejet lui ayant refusé l'indemnisation de ce préjudice ;
3°) de condamner la société Eiffage Rail Express, la société SNCF Réseau et la société SNCF Mobilités, conjointement et solidairement, ou l'une à défaut de l'autre, à lui verser la somme de 110 000 euros avec intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande préalable, au titre de la perte de valeur vénale de sa propriété et du trouble de jouissance ;
4°) de mettre à la charge de la société Eiffage Rail Express, de la société SNCF Réseau et de la société SNCF Mobilités, conjointement et solidairement, ou l'une à défaut de l'autre, une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
5°) de condamner la société Eiffage Rail Express, la société SNCF Réseau et la société SNCF Mobilités, conjointement et solidairement, ou l'une à défaut de l'autre, aux entiers dépens qui comprendront le coût de l'expertise de M. B et de son sapiteur.
Il soutient que :
- la création et l'exploitation de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne-Pays de la Loire ont été la cause d'une perte de valeur de sa propriété et de trouble de jouissance dont il est fondé à être indemnisé dès lors que cette ligne est située à moins de 150 mètres de la limite de propriété et de l'habitation ;
- depuis la mise en fonctionnement de la ligne LGV, il subit des troubles de jouissance liés aux passages des TGV, tant visuels que sonores, compte tenu de la proximité par rapport à la voie ;
- il subit également une dévalorisation importante de son habitation ;
- la société nationale SNCF a conservé le même numéro de RCS que la société SNCF Mobilités, et ne peut donc pas soutenir ne pas venir aux droits et obligations de celle-ci, quand bien même les compétences qui lui sont désormais dévolues ne sont plus celles de la précédente entité ;
- au moment de la création de la ligne LGV et de sa mise en service, la société SNCF Mobilités avait seule compétence en matière de trafic ferroviaire.
Par un mémoire enregistré le 1er mars 2021, l'établissement public SNCF Mobilités, représenté par Me Peltier, demande au tribunal :
1°) de le mettre hors de cause ;
2°) de mettre à la charge de M. C le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) à titre subsidiaire, de réduire le montant des sommes demandées par le requérant à de plus juste proportions.
Il fait valoir que :
- l'établissement public SNCF Mobilités est devenu au 1er janvier 2020 la société nationale SNCF en application des dispositions de la loi du 27 juin 2018 pour un nouveau pacte ferroviaire et de l'ordonnance du 3 juin 2019 relative au groupe SNCF ;
- en vertu de l'article L. 2102-1 du code des transports, la société nationale SNCF n'est pas compétente en matière de gestion du trafic et des infrastructures et ses missions sont indépendantes des problématiques pouvant survenir dans le cadre de la construction et de la mise en service d'une nouvelle ligne ferroviaire ;
- l'article 29-1 de la loi du 4 août 2014 a réuni la totalité des fonctions liées à la gestion de l'infrastructure au profit de l'établissement public industriel et commercial SNCF Réseau
et organisé le transfert du patrimoine de l'établissement public SNCF Mobilités vers l'établissement public industriel et commercial SNCF Réseau qui, à compter de cette date, a dû répondre des droits et obligations résultant des anciennes missions de gestion de l'infrastructure déléguée de la SNCF ;
- en conséquence, SNCF Mobilités n'est pas susceptible de répondre des activités de gestion de l'infrastructure qui étaient exercées avant la réforme ferroviaire pour le compte de Réseau ferré de France à savoir l'entretien et le fonctionnement des installations techniques et de sécurité du réseau ferré national ainsi que la gestion opérationnelle du trafic et des circulations sur le réseau ferroviaire ; les nuisances subies à l'occasion de la construction ou de l'exploitation des ouvrages publics entraînent la responsabilité du maître de l'ouvrage public concerné.
Par des mémoires enregistrés les 29 mars 2021 et 7 avril 2021, la société Eiffage Rail Express, représentée par Me Di Francesco, conclut :
1°) au rejet de la requête en tant qu'elle est dirigée contre elle ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de l'ensemble des demandes de M. C et à ce qu'il soit mis à sa charge la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par des mémoires, enregistrés les 22 avril 2021, 28 février 2022, 10 juillet 2023 et 8 février 2024, la société SNCF Réseau, représentée par Me Nahmias, conclut ;
1°) au rejet de la requête en tant qu'elle est dirigée contre elle ;
2°) au rejet de l'ensemble des demandes indemnitaires de M. C et de la demande de prise en charge des dépens et à ce qu'il soit mis à la charge de l'intéressé la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle ne dispose pas de la qualité de maître d'ouvrage de la LGV Bretagne-Pays
de Loire ;
- l'ensemble des demandes indemnitaires de M. C sont infondées, faute pour le requérant de démontrer le caractère certain, spécial et anormal du préjudice qu'il estime subir.
Vu :
- le code des transports ;
- la loi n° 2014-872 du 4 août 2014 ;
- l'ordonnance n° 2004-559 du 17 juin 2004 ;
- l'ordonnance n° 2019-552 du 3 juin 2019 ;
- le décret n° 2011-917 du 1er août 2011 ;
- le code de justice administrative.
Vu :
- l'ordonnance n° 1803164 du 2 juin 2000 du président du tribunal administratif de Rennes portant taxation et liquidation des frais de l'expertise de M. B ;
- les autres pièces du dossier.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tourre, première conseillère,
- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,
- les observations de Me Cazo, représentant M. C,
- les observations de Me Di Francesco, représentant la société Eiffage Rail Express,
- et les observations de Me Baud, représentant la société SNCF Réseau.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est propriétaire d'une maison au lieu-dit L'Ourme sur la commune de Domagné (Ille-et-Vilaine). Estimant subir des préjudices du fait de l'implantation et de la mise en exploitation de la ligne à grande vitesse Bretagne-Pays-de-Loire, située à environ
125 mètres de la limite de sa propriété et à 150 mètres de sa maison, M. C a demandé au tribunal que soit ordonnée une expertise, dont le rapport a été déposé le 9 avril 2020.
Il demande au tribunal la condamnation solidaire et conjointe, ou l'une à défaut de l'autre, de la société Eiffage Rail Express, de la société SNCF Réseau et de la société SNCF Mobilités, à lui verser la somme de 110 000 euros en réparation du préjudice lié à la perte de valeur vénale de sa propriété et du trouble de jouissance.
Sur la détermination de la personne publique responsable :
2. En premier lieu, aux termes du II de l'article 25 de la loi du 4 août 2014 portant réforme ferroviaire : " L'établissement public dénommé " Réseau ferré de France " prend la dénomination : " SNCF Réseau " et l'établissement public dénommé " Société nationale des chemins de fer français " prend la dénomination : SNCF Mobilités ". Aux termes du I de l'article 29 de cette même loi : " Les biens appartenant à SNCF Mobilités, ainsi que ceux appartenant à l'État et gérés par SNCF Mobilités et attachés aux missions de gestion de l'infrastructure mentionnées à l'article L. 2111-9 du code des transports, dans sa rédaction résultant de la présente loi, (), sont, à la date du 1er janvier 2015, transférés en pleine propriété à SNCF Réseau. À cette même date, SNCF Réseau est substitué à SNCF Mobilités pour les droits et obligations de toute nature, y compris immatériels, attachés à ces mêmes missions. Ces opérations sont réalisées de plein droit, nonobstant toute disposition ou stipulation contraire, et entrainent les effets d'une transmission universelle de patrimoine. Elles n'ont aucune incidence sur ces biens, droits et obligations et n'entrainent, en particulier, ni la modification des contrats et des conventions en cours conclus par SNCF Réseau, SNCF Mobilités ou les sociétés qui leur sont liées au sens des articles L. 233-1 à L. 233-4 du code du commerce, ni leur résiliation () ". Aux termes du 3° du I de l'article 18 de l'ordonnance du
3 juin 2019 portant diverses dispositions relatives au groupe SNCF : " a) L'établissement public SNCF Réseau est transformé de plein droit, du seul fait de la loi, en société anonyme dont l'intégralité du capital est attribuée à l'établissement public SNCF Mobilités. Cette société est la société SNCF Réseau mentionnée à l'article L. 2111-9 du code des transports dans sa rédaction applicable à compter du 1er janvier 2020. / L'établissement public SNCF Mobilités est transformé de plein droit, du seul fait de la loi, en société anonyme. L'intégralité du capital est détenue par l'État. Cette société est la société nationale SNCF mentionnée à l'article L. 2101-1 du code des transports dans sa rédaction applicable à compter du 1er janvier 2020 ; / b) La transformation de l'établissement public SNCF Réseau en société anonyme n'emporte ni création d'une personne juridique nouvelle ni cessation d'activité./ L'ensemble des biens, droits, obligations, contrats, conventions et autorisations de toute nature de l'établissement public SNCF Réseau, (), sont de plein droit et sans formalité ceux de la société anonyme SNCF Réseau à compter de la date de la transformation. Celle-ci n'a aucune incidence sur ces biens, droits, obligations, contrats, conventions et autorisations ni sur ceux de la société mentionnée au I de l'article L. 2111-3 du code des transports ou des sociétés titulaires d'une concession, d'un contrat ou d'une convention mentionnée à l'article L. 2111-11 du code des transports et n'entraine, en particulier, pas de modification des contrats et des conventions en cours conclus par ces sociétés, l'établissement public SNCF Réseau ou les sociétés qui lui sont liées au sens des articles L. 233-1 à L. 233-4 du code du commerce, ni leur résiliation ()./ En particulier, la société SNCF Réseau est maintenue en qualité de maître d'ouvrage, en lieu et place de l'établissement public SNCF Réseau, dans les marchés de travaux en cours d'exécution () ". Aux termes de l'article L. 2111-9 du code des transports, dans sa rédaction applicable à compter du 1er janvier 2020 : " La société SNCF Réseau a pour mission d'assurer () : () 2° La gestion opérationnelle des circulations sur le réseau ferré national ; 3° La maintenance ; comprenant l'entretien et le renouvellement de l'infrastructure du réseau ferré national ; 4° le développement, l'aménagement, la cohérence et la mise en valeur du réseau ferré national ; () ; 6° La gestion et la mise en valeur d'installations de service ; () ; / SNCF Réseau est le gestionnaire du réseau ferré national () ".
3. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que l'établissement public industriel et commercial Réseau Ferré de France (RFF), devenu l'établissement public industriel et commercial SNCF Réseau, puis, à compter du 1er janvier 2020, la société SNCF Réseau, est substitué, à compter du 1er janvier 2015, à la SNCF, devenue l'établissement public SNCF Mobilités, puis la société nationale SNCF, pour les droits et obligations de toute nature causés par l'existence, le fonctionnement ou l'entretien des ouvrages du réseau ferré national. Parmi ces obligations, figure la charge des indemnisations susceptibles de résulter de l'exercice des missions précitées, quelle que soit la date à laquelle est intervenu le fait générateur du dommage. Il ressort également des stipulations du contrat de partenariat conclu le 28 juillet 2011 entre l'établissement public industriel et commercial Réseau Ferré de France (RFF) et la société Eiffage Rail Express (ERE) que le titulaire est responsable des dommages causés aux tiers, ainsi que des frais et indemnités qui en résultent, survenus à l'occasion de l'exécution par le titulaire ou sous sa responsabilité des obligations mises à sa charge au titre du contrat, à l'exclusion des dommages liés aux activités de gestion du trafic et des circulations imputables à RFF. Ainsi, l'établissement public SNCF Mobilités, devenu la société nationale SNCF est fondé à demander sa mise hors de cause, dès lors que sa responsabilité n'est pas susceptible d'être engagée, en qualité de gestionnaire du réseau, pour les dommages que M. C estime avoir subis du fait de la présence et du fonctionnement de l'ouvrage constitué par la voie ferroviaire située à proximité de sa propriété.
4. En second lieu, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 17 juin 2004 sur les contrats de partenariat, applicable au litige : " I. - Le contrat de partenariat est un contrat administratif par lequel l'État ou un établissement public de l'État confie à un tiers, pour une période déterminée en fonction de la durée d'amortissement des investissements ou des modalités de financement retenues, une mission globale ayant pour objet la construction ou la transformation, l'entretien, la maintenance, l'exploitation ou la gestion d'ouvrages, d'équipements ou de biens immatériels nécessaires au service public, ainsi que tout ou partie de leur financement à l'exception de toute participation au capital. / Il peut également avoir pour objet tout ou partie de la conception de ces ouvrages, équipements ou biens immatériels ainsi que des prestations de services concourant à l'exercice, par la personne publique, de la mission de service public dont elle est chargée. / II. - Le cocontractant de la personne publique assure la maîtrise d'ouvrage des travaux à réaliser. Après décision de l'État, il peut être chargé d'acquérir les biens nécessaires à la réalisation de l'opération, y compris, le cas échéant, par voie d'expropriation. () La rémunération du cocontractant fait l'objet d'un paiement par la personne publique pendant toute la durée du contrat. Elle est liée à des objectifs de performance assignés au cocontractant. () ". Aux termes de l'article 11 de cette ordonnance : " Un contrat de partenariat comporte nécessairement des clauses relatives : / a) A sa durée ; / b) Aux conditions dans lesquelles est établi le partage des risques entre la personne publique et son cocontractant ; / c) Aux objectifs de performance assignés au cocontractant, () / d) A la rémunération du cocontractant () ".
5. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'un contrat de partenariat conclu sur le fondement des dispositions de l'ordonnance du 17 juin 2004, d'une part, a pour effet de confier la maîtrise d'ouvrage des travaux à réaliser au titulaire de ce contrat, d'autre part, détermine le partage des risques liés à cette opération entre ce titulaire et la personne publique.
6. D'une part, par un contrat de partenariat approuvé par décret du 1er août 2011, l'établissement public industriel et commercial Réseau ferré de France, aux droits duquel est venue la société SNCF Réseau, et conclu pour une durée de 25 ans, a confié à la société Eiffage Rail Express la conception, la construction, le fonctionnement, l'entretien, la maintenance, le renouvellement et le financement de la ligne ferroviaire à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire entre Connerré et Cesson-Sévigné et des raccordements au réseau existant, ainsi que cela est précisé à l'article 2.1 du contrat. L'article 5.1 de ce contrat, qui porte sur le champ des obligations contractuelles générales de la société Eiffage Rail Express au titre de la réalisation de la ligne ferroviaire, prévoit qu'" en qualité de maître d'ouvrage de la Ligne, le titulaire réalise l'ensemble des opérations nécessaires à la réalisation de la Ligne, et notamment les acquisitions foncières, les études de conception et l'exécution des travaux dans les conditions prévues au Contrat et dans le respect de la réglementation et des Règles de l'art ".
7. D'autre part, ce contrat de partenariat, conclu en avril 2011, prévoit en son article 36 relatif aux responsabilités que " le titulaire [la société Eiffage Rail Express] est responsable des dommages causés aux tiers, ainsi que des frais et indemnités qui en résultent, survenus à l'occasion de l'exécution, par le titulaire ou sous sa responsabilité, des obligations mises à sa charge au titre du contrat, à l'exclusion des dommages liés aux activités de gestion du trafic et des circulations imputables à RFF [Réseau Ferré de France]. () / () / Le titulaire supporte seul les conséquences pécuniaires de ces dommages. Il ne peut exercer d'action contre RFF à raison de ces dommages et garantit RFF contre toute action ou réclamation des tiers et toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encore pour de tels dommages ou préjudices ".
8. M. C sollicite l'indemnisation de la perte de valeur vénale de sa propriété et de troubles de jouissance à raison tant de la présence de la LGV Bretagne-Pays de la Loire située à proximité immédiate de sa propriété que de son fonctionnement, du fait notamment des nuisances sonores liées au passage des trains. Un tel dommage causé à un tiers, qui revêt un caractère permanent dès lors qu'il est inhérent à l'existence et au fonctionnement mêmes de l'ouvrage public, est survenu dans le cadre de l'exécution par la société Eiffage Rail Express de la mission globale qui lui a été confiée par l'article 2.1 du contrat de partenariat, et donc à l'occasion de " l'exécution des obligations mises à sa charge au titre du contrat ". Il ne saurait s'analyser en un dommage lié " aux activités de gestion du trafic et des circulations ". Dès lors, en application des stipulations de l'article 36.1 du contrat de partenariat, la responsabilité des préjudices invoqués par M. C du fait de la présence et du fonctionnement de l'ouvrage public que constitue la LGV Bretagne-Pays de la Loire ne peut être recherchée qu'auprès de la société Eiffage Rail Express sans que cette société ne puisse utilement invoquer la circonstance que le tracé de la ligne a été décidé avant la signature du contrat et lui a été imposé. Par suite, M. C est fondé à rechercher la responsabilité de la société Eiffage Rail Express au titre des dommages permanents inhérents à la présence et au fonctionnement de l'ouvrage public.
Sur les dommages dont M. C demande réparation :
En ce qui concerne la perte de valeur de la propriété :
9. Le préjudice résultant de la perte de valeur vénale du bien appartenant à M. C à raison de l'existence et du fonctionnement de la LGV Bretagne-Pays de la Loire ne peut faire l'objet d'une indemnisation par le maître de l'ouvrage au titre de la responsabilité sans faute que si, excédant les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics, il revêt un caractère grave et spécial.
10. Il résulte de l'instruction que la maison de M. C est une longère ancienne en pierres de 143 m² habitables, rénovée à la fin des années 1990 et début 2000, avec une extension réalisée en ossature bois en 2014 et un garage de 40 m². Toutefois, ainsi que le fait valoir la société Eiffage Rail Express, il n'y a pas lieu de retenir la valeur et la superficie de l'extension de 24 m² consistant en une cuisine avec verrière donnant sur la ligne à grande vitesse, dès lors que celle-ci a été conçue et réalisée en 2014, soit postérieurement à la déclaration d'utilité publique. La propriété est située à environ 4 kilomètres du centre-bourg de Domagné, à 25 kilomètres de Rennes et à 20 kilomètres de Vitré. La ligne à grande vitesse est située à environ 150 mètres de la maison et à 125 mètres de la limite de la propriété, dont elle est séparée par des terrains cultivés. Elle ne fait l'objet d'aucun aménagement acoustique et est située en remblais. Il ressort de l'étude acoustique réalisée par l'expert que M. C est particulièrement exposé à l'intérieur comme à l'extérieur de l'habitation à des pics de bruit lors des passages de trains à grande vitesse et que si la projection sonore sur cette propriété ne dépasse pas les seuils règlementaires, les niveaux sonores générés, avec des pics dépassant souvent 75 dB(A) conjugués au nombre d'occurrences de passage de train, sont de nature à nuire à toute tranquillité, de nuit comme de jour, et dégradent en particulier significativement la jouissance des terrasses d'agrément. Par ailleurs, le préjudice visuel lié à la présence de la voie, même sans tenir compte de l'extension avec verrière réalisée postérieurement à la déclaration d'utilité publique, est significatif dès lors que la voie est très proche et située en remblais.
11. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la proximité de la ligne à grande vitesse a entraîné une dégradation de l'environnement immédiat de la propriété de M. C, et par suite une diminution de valeur vénale de celle-ci, dont il sera fait une juste appréciation, eu égard au prix du mètre carré moyen dans le secteur, aux caractéristiques de l'habitation permettant l'estimation de sa valeur, à la configuration des lieux, à la proximité immédiate de la ligne et à l'estimation des nuisances sur le site, en l'évaluant à la somme de 60 000 euros.
En ce qui concerne le trouble de jouissance :
12. M. C fait état de nuisances sonores anormales. La circonstance que les seuils prévus par l'arrêté du 8 novembre 1999 relatif au bruit des infrastructures ferroviaires ne sont pas méconnus ne suffit pas à exclure l'existence d'un préjudice grave et spécial liés à des nuisances sonores susceptibles d'engager la responsabilité, même sans faute, de la société Eiffage Rail Express. En outre, alors que les seuils fixés par cet arrêté rendent compte du niveau moyen d'énergie acoustique reçu par le tympan sur une durée déterminée, il y a lieu de prendre également en compte, pour l'appréciation du préjudice de jouissance subi par le requérant, l'importance des émergences sonores générées par le passage des trains, tenant à la fois au
niveau maximal des pics de bruit (LAmax) et leur répétition. Si, en l'espèce, les nuisances sonores n'excèdent pas les seuils fixés par l'arrêté du 8 novembre 1999 de jour et de nuit, en revanche, s'agissant des émergences sonores, M. C est exposé à l'extérieur de son habitation comme à l'intérieur à une fréquence rapprochée correspondant au passage répété
des TGV à des niveaux d'émergence sonore significatifs et perturbants. Il résulte ainsi de l'instruction, et compte tenu de ce qui précède, que le fonctionnement de la ligne ferroviaire occasionne un préjudice sonore dont le niveau excède la gêne que peuvent normalement être appelés à subir, dans l'intérêt général, les riverains d'un tel ouvrage. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des troubles de jouissance que causent à M. C les bruits provoqués par la ligne à grande vitesse en les évaluant à 20 000 euros.
13. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la société Eiffage Rail Express à verser à M. C une somme de 80 000 euros en réparation des préjudices imputables à l'existence et au fonctionnement de la LGV Bretagne-Pays de la Loire. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 4 mai 2020, date de réception de la réclamation préalable du requérant par la société Eiffage Rail Express.
Sur les frais liés au litige :
14. D'une part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
15. Il convient, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Eiffage Rail Express les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 12 189,36 euros TTC par une ordonnance du 2 juin 2000 du président du tribunal et mis à la charge de M. C.
16. D'autre part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne permettent pas d'en faire bénéficier la partie tenue aux dépens. Par suite, les conclusions présentées sur ce fondement par la société Eiffage Rail Express ne peuvent être accueillies. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Eiffage Rail Express le versement d'une somme de 1 500 euros à M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens et de rejeter les conclusions présentées par les sociétés SNCF Réseau et SNCF Mobilités à ce même titre.
D É C I D E :
Article 1er : La société Eiffage Rail Express est condamnée à verser à M. C la somme de 80 000 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 4 mai 2020.
Article 2 : La somme de 12 189,36 euros TTC au titre des dépens est mise à la charge définitive de la société Eiffage Rail Express.
Article 3 : La société Eiffage Rail Express versera la somme de 1 500 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la société Eiffage Rail Express, à la société SNCF Réseau et à l'établissement public SNCF Mobilités.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
L. TourreLe président,
Signé
G. Descombes
Le greffier,
Signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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01/06/2026
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01/06/2026