jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2002903 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juillet 2020 et 17 mai 2021, M. B C, représenté par Me Lahalle, demande au tribunal :
1°) de déclarer la société Eiffage Rail Express et la société SNCF Réseau, conjointement et solidairement, ou l'une à défaut de l'autre, responsables du dommage subi du fait de la réalisation et du fonctionnement de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne Pays-de-la-Loire ;
2°) d'annuler en conséquence la décision implicite de rejet, lui ayant refusé l'indemnisation de ce préjudice ;
3°) de condamner conjointement et solidairement, ou l'une à défaut de l'autre, la société Eiffage Rail Express et la société SNCF Réseau à lui verser la somme de 30 000 euros avec intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande préalable, au titre de la perte de valeur vénale de sa propriété ;
4°) de mettre à la charge, conjointement et solidairement, ou l'une à défaut de l'autre, de la société Eiffage Rail Express et de la société SNCF Réseau, une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
5°) de condamner conjointement et solidairement, ou l'une à défaut de l'autre, la société Eiffage Rail Express et la société SNCF Réseau, aux entiers dépens qui comprendront le coût de l'expertise de M. A et de son sapiteur.
Il soutient que la création et l'exploitation de la ligne à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire ont été la cause d'une perte de valeur de sa propriété dont il est fondé à être indemnisé.
Par un mémoire enregistré le 7 avril 2021, la société Eiffage Rail Express, représentée par Me Di Francesco, conclut :
1°) au rejet de la requête en tant qu'elle est dirigée contre elle ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de l'ensemble des demandes du requérant ;
3°) à titre très subsidiaire, au chiffrage de la perte de la valeur vénale de la propriété à la somme de 20 000 euros et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par des mémoires, enregistrés les 6 mai 2021, 28 février 2022, 10 juillet 2023, et 8 février 2024, la société SNCF Réseau, représentée par Me Nahmias, conclut ;
1°) au rejet de la requête en tant qu'elle est dirigée contre elle ;
2°) au rejet de l'ensemble des demandes indemnitaires de M. C et à ce qu'il soit mis à la charge de l'intéressé la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle ne dispose pas de la qualité de maître d'ouvrage de la LGV Bretagne-Pays
de Loire ;
- l'ensemble des demandes indemnitaires de M. C sont infondées, faute pour le requérant de démontrer le caractère certain, spécial et anormal du préjudice qu'il estime subir.
Vu :
- l'ordonnance n° 1705006 du 2 juin 2000 du président du tribunal administratif de Rennes portant taxation et liquidation des frais de l'expertise de M. A ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2004-559 du 17 juin 2004 ;
- le décret n° 2011-917 du 1er août 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tourre, première conseillère,
- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,
- les observations de Me Cazo, représentant M. C, présent,
- les observations de Me Di Francesco, représentant la société Eiffage Rail Express,
- et les observations de Me Baud, représentant la société SNCF Réseau.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est propriétaire d'une maison à usage d'habitation et d'une dépendance ancienne, situées au lieu-dit " La Pécotière " sur la commune du Pertre (Ille-et-Vilaine). Estimant subir des préjudices du fait de l'implantation et de la mise en exploitation de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne-Pays-de-Loire, située à environ 360 mètres de la propriété, et de la sous-station électrique qui lui est dédiée, située à environ 240 mètres, M. C a demandé au tribunal que soit ordonnée une expertise, dont le rapport a été déposé le 7 janvier 2020.
Il demande au tribunal la condamnation solidaire et conjointe, ou l'une à défaut de l'autre, de la société Eiffage Rail Express et de la société SNCF Réseau à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice lié à la perte de valeur vénale de sa propriété.
Sur la détermination de la personne publique responsable :
2. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 17 juin 2004 sur les contrats de partenariat, applicable au litige : " I. - Le contrat de partenariat est un contrat administratif par lequel l'État ou un établissement public de l'État confie à un tiers, pour une période déterminée en fonction de la durée d'amortissement des investissements ou des modalités de financement retenues, une mission globale ayant pour objet la construction ou la transformation, l'entretien, la maintenance, l'exploitation ou la gestion d'ouvrages, d'équipements ou de biens immatériels nécessaires au service public, ainsi que tout ou partie de leur financement à l'exception de toute participation au capital. / Il peut également avoir pour objet tout ou partie de la conception de ces ouvrages, équipements ou biens immatériels ainsi que des prestations de services concourant à l'exercice, par la personne publique, de la mission de service public dont elle est chargée. /
II. - Le cocontractant de la personne publique assure la maîtrise d'ouvrage des travaux à réaliser. Après décision de l'État, il peut être chargé d'acquérir les biens nécessaires à la réalisation de l'opération, y compris, le cas échéant, par voie d'expropriation. () La rémunération du cocontractant fait l'objet d'un paiement par la personne publique pendant
toute la durée du contrat. Elle est liée à des objectifs de performance assignés au
cocontractant. () ". Aux termes de l'article 11 de cette ordonnance : " Un contrat de partenariat comporte nécessairement des clauses relatives : / a) A sa durée ; / b) Aux
conditions dans lesquelles est établi le partage des risques entre la personne publique et son cocontractant ; / c) Aux objectifs de performance assignés au cocontractant, () / d) A la rémunération du cocontractant () ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'un contrat de partenariat conclu sur le fondement des dispositions de l'ordonnance du 17 juin 2004, d'une part, a pour effet de confier la maîtrise d'ouvrage des travaux à réaliser au titulaire de ce contrat, d'autre part, détermine le partage des risques liés à cette opération entre ce titulaire et la personne publique.
4. D'une part, par un contrat de partenariat approuvé par décret du 1er août 2011, l'établissement public industriel et commercial Réseau ferré de France, aux droits duquel est venue la société SNCF Réseau, et conclu pour une durée de 25 ans, a confié à la société Eiffage Rail Express la conception, la construction, le fonctionnement, l'entretien, la maintenance, le renouvellement et le financement de la ligne ferroviaire à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire entre Connerré et Cesson-Sévigné et des raccordements au réseau existant, ainsi que cela
est précisé à l'article 2.1 du contrat. L'article 5.1 de ce contrat, qui porte sur le champ des obligations contractuelles générales de la société Eiffage Rail Express au titre de la réalisation de la ligne ferroviaire, prévoit qu'" en qualité de maître d'ouvrage de la Ligne, le titulaire réalise l'ensemble des opérations nécessaires à la réalisation de la Ligne, et notamment les acquisitions foncières, les études de conception et l'exécution des travaux dans les conditions prévues au Contrat et dans le respect de la réglementation et des Règles de l'art ".
5. D'autre part, ce contrat de partenariat, conclu en avril 2011, prévoit en son article 36 relatif aux responsabilités que " le titulaire [la société Eiffage Rail Express] est responsable des dommages causés aux tiers, ainsi que des frais et indemnités qui en résultent, survenus à l'occasion de l'exécution, par le titulaire ou sous sa responsabilité, des obligations mises à sa charge au titre du contrat, à l'exclusion des dommages liés aux activités de gestion du trafic et des circulations imputables à RFF [Réseau Ferré de France]. () / () / Le titulaire supporte seul les conséquences pécuniaires de ces dommages. Il ne peut exercer d'action contre RFF à raison de ces dommages et garantit RFF contre toute action ou réclamation des tiers et toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encore pour de tels dommages ou préjudices ".
6. M. C sollicite l'indemnisation de la perte de valeur vénale de sa propriété à raison tant de la présence de la LGV Bretagne-Pays de la Loire située à proximité immédiate de sa propriété que de son fonctionnement, du fait notamment des nuisances sonores liées au passage des trains. Un tel dommage causé à un tiers, qui revêt un caractère permanent dès lors qu'il est inhérent à l'existence et au fonctionnement mêmes de l'ouvrage public, est survenu dans le cadre de l'exécution par la société Eiffage Rail Express de la mission globale qui lui a été confiée par l'article 2.1 du contrat de partenariat, et donc à l'occasion de " l'exécution des obligations mises à sa charge au titre du contrat ". Il ne saurait s'analyser en un dommage lié " aux activités de gestion du trafic et des circulations ". Dès lors, en application des stipulations de l'article 36.1 du contrat de partenariat la responsabilité des préjudices invoqués par les requérantes du fait de la présence et du fonctionnement de l'ouvrage public que constitue la LGV Bretagne-Pays de la Loire ne peut être recherchée qu'auprès de la société Eiffage Rail Express sans que cette société puisse utilement invoquer la circonstance que le tracé de la ligne a été décidé avant la signature du contrat et lui a été imposé. Par suite, M. C est fondé à rechercher la responsabilité de la société Eiffage Rail Express au titre des dommages permanents inhérents à la présence et au fonctionnement de l'ouvrage public.
Sur le dommage dont M. C demande réparation :
7. Le préjudice résultant de la perte de valeur vénale du bien appartenant à M. C à raison de l'existence et du fonctionnement de la LGV Bretagne-Pays de la Loire ne peut faire l'objet d'une indemnisation par le maître de l'ouvrage au titre de la responsabilité sans faute que si, excédant les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics, il revêt un caractère grave et spécial.
8. Il résulte de l'instruction que le bien dont M. C est propriétaire, constitué notamment d'une maison ancienne des années 1900 rénovée en 2000 de 73 m² habitables et d'une dépendance ancienne de 17 m², est situé à environ 360 mètres de la ligne à grande vitesse et à environ 240 mètres de la sous-station électrique qui lui est dédiée. Il longe la route
départementale 29. Il ressort de l'étude acoustique réalisée par l'expert que la contribution sonore de la ligne à grande vitesse apparaît négligeable compte tenu de la distance importante et de l'effet masquant du bruit routier élevé, que la gêne sonore ferroviaire (nombre de passages nuit/jour et pic sonore à chaque événement) n'a pas de réalité physique puisque le niveau moyen de bruit ambiant (trains et autres bruits) est égal au niveau moyen du bruit résiduel (tous bruits sauf trains) et qu'ainsi la gêne sonore alléguée provient de la contribution des bruits routiers et non des bruits d'origine ferroviaire. Le préjudice sonore lié à la ligne grande vitesse est donc seulement modéré. Par ailleurs le caractère de gravité des nuisances visuelles résultant de la présence de la ligne et de la sous-station électrique n'est pas établi, alors que cette dernière n'est pas visible de la propriété mais seulement de la route départementale qui la borde. Dans ces conditions, ni les caractéristiques, ni la localisation de cette propriété, ni la configuration des lieux, du tronçon de la ligne à grande vitesse et de la sous-station électrique en cause, ne suffisent à justifier, eu égard aux nuisances qui en résultent, d'un préjudice présentant un caractère de gravité excédant celui que peuvent normalement être appelés à subir, dans l'intérêt général, les riverains d'un tel ouvrage.
9. Il en résulte que le préjudice invoqué par M. C ne présente pas un caractère grave et spécial excédant les sujétions susceptibles d'être, sans indemnité, normalement
imposées dans l'intérêt général aux riverains des ouvrages publics. Par suite, M. C n'est pas fondé à en obtenir réparation sur le fondement de la responsabilité sans faute de la société Eiffage Rail Express.
Sur les dépens :
10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils
sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de
l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les
parties () ".
11. Il convient de mettre à la charge définitive de M. C les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 10 429,79 euros TTC par une ordonnance du 2 juin 2000 du président du tribunal.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Eiffage Rail Express et de la société SNCF Réseau, qui ne sont pas, dans la présente instance, parties perdantes, la somme que M. C réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C le versement à ces sociétés de sommes au titre de ces mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La somme de 10 429,79 euros TTC au titre des dépens est mise à la charge définitive de M. C.
Article 3 : Les conclusions présentées par la société Eiffage Rail Express et par la société
SNCF Réseau sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la société Eiffage Rail Express et à la société SNCF Réseau.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
L. TourreLe président,
Signé
G. Descombes
Le greffier,
Signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026