mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2003608 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LARZUL-BUFFET-LE ROUX & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 août 2020, et un mémoire, enregistré le 25 octobre 2022, Mme F D, ainsi que son époux, M. E D et ses enfants, Mme C D, Mme B D et M. A D, représentés par la SELARL Larzul-Buffet-Le Roux et Associés, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 mars 2020 ayant refusé le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité à Mme F D ainsi que la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Rennes a refusé de retirer cette décision du 4 mars 2020 et a rejeté la demande indemnitaire formée devant lui ;
2°) d'enjoindre au recteur d'académie de Rennes d'accorder à Mme F D le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de condamner l'Etat à verser, en réparation de leurs préjudices, les sommes respectives de 45 000 euros à Mme F D, de 3 000 euros à M. E D et de 1 500 euros à chacun des enfants de ces derniers, ces sommes devant être assorties des intérêts et de leur capitalisation ;
4°) d'ordonner, avant dire droit, une expertise ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, tant en droit qu'en fait ; en méconnaissance de l'article 19 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ainsi que des articles 3 et 4 de l'arrêté du 4 août 2004, la commission de réforme ne comprenait pas de pneumologue, alors que la pathologie de Mme D relève de cette spécialité médicale ; ainsi, Mme D a été privée d'une garantie de procédure ; Mme D, dont le taux d'incapacité était de 15 %, pouvait bénéficier de l'allocation temporaire d'invalidité en vertu de l'article 65 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la pathologie de Mme D a été aggravée à l'occasion du service, ce qui engage la responsabilité sans faute de l'administration ; par ailleurs, la responsabilité pour faute de l'administration est engagée dès lors qu'elle a manqué à son devoir de préservation de l'hygiène et de la sécurité au travail, énoncé à l'article 23 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et qu'elle n'a pas permis à Mme D de consulter son dossier administratif dans des conditions adaptées ; à cet égard, le rectorat était prévenu des difficultés rencontrées par Mme D depuis octobre 2016, date de réalisation de premiers travaux insuffisants ; les désordres à l'origine des troubles de santé de Mme D étaient présents avant même cette date ; le rectorat n'est pas intervenu auprès de la commune de Dol de Bretagne afin que des travaux soient réalisés ; il n'est pas établi que Mme D ait été reçue par sa hiérarchie ; la maladie de Mme D a été reconnue imputable au service depuis le 7 mars 2018 mais sa situation n'a été régularisée au plan financier que le 28 novembre 2019 ; les préjudices causés à Mme D comprennent une incapacité permanente partielle dont le taux est de 15 %, des souffrances physiques, un préjudice moral, des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice d'agrément ; au titre de l'incapacité permanente partielle, il y a lieu de lui verser 25 000 euros ; il y a lieu de lui verser 20 000 euros au titre des autres préjudices ; les membres de sa famille ont également subi des préjudices distincts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2021, le recteur de l'académie de Rennes conclut, à titre principal, au rejet de la requête et demande au tribunal, à titre subsidiaire, d'appeler en garantie la commune de Dol de Bretagne.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 60-1089 du 6 octobre 1960 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jouno,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Mlekuz, représentant Mmes et MM. D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F D, professeure des écoles, est affectée depuis le 1er septembre 2013 à l'école primaire Louise Michel à Dol de Bretagne (Ille-et-Vilaine). Elle a déposé, le 19 juin 2017, une déclaration de maladie d'origine professionnelle, laquelle faisait état de surinfections bronchiques et de pneumopathies. Le 10 octobre 2017, Mme D a bénéficié d'une première expertise médicale. Par décision du 7 mars 2018, le recteur a accordé à Mme D un congé pour invalidité temporaire imputable au service à plein traitement du 5 au 7 avril 2017 et a requalifié, comme tel, cinq congés de maladie ordinaire consentis au cours des mois de septembre 2016, novembre et décembre 2016 ainsi qu'en janvier et en février 2017. Une seconde expertise médicale a été réalisée le 25 juin 2018. Dans son rapport du 14 mars 2019, l'expert, médecin agréé, a retenu, s'agissant de Mme D, un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) de 15 % et a fixé la date de consolidation au 1er novembre 2018. Un certificat médical établi le 27 mars 2019 par le médecin traitant de Mme D a quant à lui fixé la date de consolidation au 30 mars 2019. Par décision rectorale du 18 avril 2019, les soins prescrits à Mme D au titre de la période du 1er mai 2018 au 30 mars 2019 ont été pris en charge. Le dossier de Mme D a été soumis à la commission de réforme d'Ille-et-Vilaine lors de sa séance du 5 septembre 2019 car celle-ci avait demandé à bénéficier de l'allocation temporaire d'invalidité (ATI). La commission a alors ajourné ce dossier et sollicité une nouvelle expertise auprès d'un autre médecin, afin que soient précisés l'état antérieur de Mme D et le taux d'IPP associé à ce dernier. Le 15 novembre 2019, une troisième expertise médicale a ainsi été diligentée. Dans son rapport, l'expert, médecin agréé, a estimé que la date de consolidation devait rester fixée au 1er novembre 2018, que le taux d'IPP à la date de consolidation était effectivement de 15 %, que, compte tenu de l'état pathologique préexistant, à savoir un asthme et des dystrophies bronchiques, le taux d'IPP imputable à l'affection d'origine professionnelle était de 0 % et que les " soins à poursuivre [l'étaient] en dehors de toute séquelle de maladie professionnelle ". Dans sa séance du 23 février 2020, la commission de réforme s'est estimée favorable à la reconnaissance d'une maladie aggravée en service, a retenu une date de consolidation au 30 mars 2019 avec un retour à l'état antérieur. Elle a fixé le taux de l'IPP à " 15 % au titre de l'asthme modéré bien contrôlé avec traitement continu ", ce niveau d'IPP résultant intégralement, selon elle, de l'état antérieur et aucunement de l'activité professionnelle. Enfin, elle n'a pas retenu de soins post-consolidation. Par un courrier du 4 mars 2020, le recteur a estimé que, ainsi que l'avait retenu la commission de réforme réunie en séance le 13 février 2020, le taux d'IPP applicable à la situation de Mme D était de 15 %, qu'il était ainsi inférieur au taux de 25 % prévu s'agissant des maladies " hors tableau " et qu'il résultait intégralement de son état antérieur. En conséquence, le recteur a retenu que l'ATI que Mme D sollicitait ne pouvait lui être allouée. Par courrier du 27 avril 2020, Mme D a demandé au recteur de retirer cette décision et lui a demandé de l'indemniser des préjudices qu'elle et les membres de sa famille avaient subis. Par la présente requête, elle demande au tribunal, conjointement avec son époux et ses enfants, d'une part, d'annuler la décision du 4 mars 2020 ainsi que la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Rennes a refusé de retirer cette décision et a rejeté sa demande indemnitaire, d'autre part, de condamner l'Etat à lui verser une indemnité principale de 45 000 euros et d'allouer 3 000 euros à M. E D ainsi que 1 500 euros à chacun de ses enfants de ces derniers à titre de dommages-intérêts.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, la décision du 4 mars 2020 vise l'article 65 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et énonce avec clarté les motifs de fait retenus pour refuser le bénéfice de l'ATI à Mme D. Dès lors, elle comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, ainsi que l'exigent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article 19 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, alors applicable : " La commission de réforme ne peut délibérer valablement que si la majorité absolue des membres en exercice assiste à la séance ; un praticien de médecine générale ou le spécialiste compétent pour l'affection considérée doit participer à la délibération. () ".
4. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le président de la commission de réforme est désigné par le préfet () / Cette commission comprend : / 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes () ". Aux termes de l'article 4 de cet arrêté : " Les médecins généralistes et spécialistes visés à l'article 3 ci-dessus sont désignés par le préfet ()". Aux termes de l'article 16 de ce même arrêté : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. / Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. () ". Il résulte des dispositions précitées que, dans le cas où il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée est nécessaire pour éclairer l'examen du cas du fonctionnaire, l'absence d'un tel spécialiste est susceptible de priver l'intéressé d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée.
5. Mme D soutient que, en méconnaissance de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 ainsi que des articles 3 et 4 de l'arrêté du 4 août 2004, la commission de réforme ne comprenait pas de pneumologue, alors que sa pathologie relève de cette spécialité médicale. Elle en déduit qu'elle a été privée d'une garantie de procédure.
6. Toutefois, s'il est constant qu'aucun pneumologue n'a participé aux débats de la commission de réforme, le 23 février 2020, il est manifeste que, compte tenu de la nature de la pathologie de Mme D, à savoir un asthme sur terrain allergique associé à des dystrophies bronchiques, la présence, en séance, d'un tel spécialiste n'était pas nécessaire. Des médecins généralistes, tels que ceux ayant siégé, pouvaient parfaitement appréhender les questions soulevées par son état de santé. D'ailleurs, il ressort des pièces du dossier, notamment d'un courrier de transmission du 8 décembre 2016 ainsi que des certificats médicaux produits par Mme D, que celle-ci était suivie à titre principal, pour cette pathologie, par son médecin traitant, médecin généraliste, et non pas par un pneumologue. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 19 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ainsi que des articles 3 et 4 de l'arrêté du 4 août 2004 ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
7. Aux termes de l'article 65 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984, applicable au litige : " Le fonctionnaire qui a été atteint d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'au moins 10 % ou d'une maladie professionnelle peut prétendre à une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec son traitement dont le montant est fixé à la fraction du traitement minimal de la grille mentionnée à l'article 15 du titre Ier du statut général, correspondant au pourcentage d'invalidité. () ". Aux termes de l'article 1er du décret n° 60-1089 du 6 octobre 1960, dans sa rédaction alors applicable : " L'allocation temporaire d'invalidité prévue à l'article 65 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat est attribuée aux agents maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : / a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux rémunérable au moins égal à 10 % ; / b) Soit de l'une des maladies d'origine professionnelle énumérées dans les tableaux mentionnés à l'article L. 461-2 du code de la sécurité sociale ; / c) Soit d'une maladie reconnue d'origine professionnelle dans les conditions prévues par les troisième et quatrième alinéas de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale ; / dans ces cas, par dérogation aux règles prévues par cet article, le pouvoir de décision appartient en dernier ressort au ministre dont relève l'agent et au ministre chargé du budget ; / dans le cas mentionné au quatrième alinéa du même article, le taux d'incapacité permanente est celui prévu audit alinéa, mais, par dérogation aux règles auxquelles renvoie cet article, ce taux est apprécié par la commission de réforme mentionnée à l'article L. 31 du code des pensions civiles et militaires de retraite en prenant en compte le barème indicatif mentionné à l'article L. 28 du même code. () ".
8. Aux termes de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale : " () Est présumée d'origine professionnelle toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée dans un tableau de maladies professionnelles peut être reconnue d'origine professionnelle lorsqu'il est établi qu'elle est directement causée par le travail habituel de la victime. / Peut être également reconnue d'origine professionnelle une maladie caractérisée non désignée dans un tableau de maladies professionnelles lorsqu'il est établi qu'elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime et qu'elle entraîne le décès de celle-ci ou une incapacité permanente d'un taux évalué dans les conditions mentionnées à l'article L. 434-2 et au moins égal à un pourcentage déterminé. () ". Aux termes de l'article R. 461-8 du même code : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 % ".
9. Pour refuser à Mme D le bénéfice d'une ATI, le recteur a tout d'abord retenu implicitement que cette maladie n'était pas au nombre des accidents et maladies visés au a) et au b) de l'article 1er du décret n° 60-1089 du 6 octobre 1960. Il a ainsi examiné la situation de Mme D au regard du c) de ce même article et a relevé que sa maladie n'était pas désignée dans un tableau de maladies professionnelles, au sens de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale, et qu'elle n'entraînait ni son décès ni un taux d'IPP au moins égal à celui fixé à l'article R. 461-8 de ce même code, soit 25 %. Le recteur en a déduit que Mme D n'était pas éligible au bénéfice de l'ATI.
10. Pour contester cette décision, Mme D soutient que le recteur a commis une erreur d'appréciation ainsi qu'une erreur de droit dès lors que sa maladie a été reconnue comme étant imputable au service et que son taux d'IPP était de 15 %, taux supérieur à celui de 10 % mentionné à l'article 65 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984.
11. Toutefois, d'une part, le taux d'incapacité de 10 % auquel Mme D fait ainsi référence est celui applicable en cas, non pas de maladie d'origine professionnelle, mais d'accident de service. Or, il est constant que Mme D n'a pas subi de tel accident. D'autre part, et au surplus, il ressort des pièces du dossier que l'asthme dont souffre Mme D, lequel est accompagné de dystrophies bronchiques et a donné lieu à des pneumopathies à répétition, n'est pas au nombre des maladies mentionnées au b) de l'article 1er du décret n° 60-1089 du 6 octobre 1960. Enfin, et au surplus, il ressort des pièces du dossier que cette maladie n'était pas désignée dans un tableau de maladies professionnelles, au sens de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale, qu'elle n'était pas de nature à provoquer le décès de Mme D et qu'elle induisait un taux d'IPP de 15 %, lequel résultait intégralement de l'état antérieur de Mme D, taux en tout état de cause inférieur à celui de 25 % fixé à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. Par suite, en refusant de lui octroyer l'ATI sollicitée, le recteur n'a commis ni l'erreur d'appréciation ni l'erreur de droit alléguées.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions accessoires à fin d'injonction.
Sur les conclusions indemnitaires :
13. Les dispositions de l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre cette personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
14. Lorsqu'un fonctionnaire, victime d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle, impute les préjudices qu'il estime avoir subis non seulement à la collectivité publique qui l'emploie, mais aussi à une autre collectivité publique, notamment en raison du défaut d'entretien normal d'un ouvrage public dont elle a la charge, et qu'il choisit de rechercher simultanément la responsabilité de ces deux collectivités publiques en demandant qu'elles soient solidairement condamnées à réparer l'intégralité de ses préjudices, il appartient au juge administratif, d'une part, de déterminer la réparation à laquelle a droit le fonctionnaire en application des règles exposées au point précédent et de la mettre à la charge de la collectivité employeur et, d'autre part, de mettre à la charge de l'autre collectivité publique, s'il n'a pas été mis à la charge de l'employeur et s'il estime que sa responsabilité est engagée, le complément d'indemnité nécessaire pour permettre la réparation intégrale des préjudices subis.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute de l'Etat au titre de la garantie contre les risques courus par ses agents dans l'exercice de leurs fonctions :
15. A supposer que Mme D puisse être regardée comme ayant invoqué des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que ceux ayant vocation à être couverts par une ATI, il ne résulte pas de l'instruction que de tels préjudices résultent de la maladie qui l'a affectée, en ce qu'elle est d'origine professionnelle. En effet, d'une part, cette maladie justifie certes une incapacité évaluée à 15 %, mais il ressort de l'expertise diligentée le 15 novembre 2019 que l'incapacité ainsi évaluée est entièrement imputable à son état antérieur. D'autre part, Mme D ne fait état d'aucun préjudice patrimonial qui ne serait pas lié au taux d'incapacité de 15 % dont elle se prévaut.
16. De même, si Mme D fait état de souffrances physiques, d'un préjudice moral, de troubles dans ses conditions d'existence et d'un préjudice d'agrément, elle lie l'ensemble de ces préjudices à son incapacité, laquelle, ainsi qu'il vient d'être rappelé, n'est pas liée à son activité professionnelle, en qualité de professeure des écoles, mais à son état antérieur, caractérisé par un asthme et, au surplus, par des antécédents tabagiques. Ainsi, il n'est pas établi que Mme D ait subi des préjudices personnels susceptibles d'être indemnisés par l'Etat au titre de la responsabilité pour risque.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute au titre du défaut d'entretien normal d'un ouvrage public :
17. Il résulte de l'instruction que l'école primaire Louise Michel, où était affectée Mme D entre la survenue de sa maladie, reconnue comme étant d'origine professionnelle, et la date de la consolidation de celle-ci, était abritée dans des bâtiments en granit, rénovés en 2013. Lors de ces travaux de rénovation, l'isolation a été refaite, notamment. A la suite de travaux d'entretien effectués en 2014, un " trou " a été laissé béant dans la salle de classe de Mme D. Ayant été avertis de l'existence de cette béance, les services municipaux ont cherché à le combler, durant la semaine du 14 au 20 novembre 2016. Le 6 mars 2017, Mme D a consigné des observations sur le registre de santé et sécurité au travail : elle a indiqué qu'à la suite de travaux d'entretien, un " trou " avait été laissé ouvert dans un des murs de sa salle de classe, qu'un courant d'air persistait depuis lors et qu'elle avait contracté cinq pneumopathies depuis septembre 2016. Elle suspectait une exposition à des particules nocives. Le 23 mars 2017, l'organisme " Capt'air Bretagne " a pratiqué des tests afin de déterminer quelle était la qualité de l'air dans la salle de classe de Mme D. Il ressort du compte-rendu établi par cet organisme le 4 avril 2017 que, dans la salle M102, où Mme D enseignait, un mur comportait des fissures et que, jusqu'en octobre 2016, un " trou " y avait été laissé complètement béant, laissant apparaître de la laine de verre. Une plaque d'aggloméré était posée pour le recouvrir, mais n'était pas parfaitement occlusive. Les prélèvements opérés dans l'air, à l'intérieur de la classe de Mme D, ont révélé un niveau de composants organiques volatils (COV) de 134 µg/m3, alors qu'une telle valeur ne devient significative, selon le compte-rendu en question, qu'à partir de 1000 µg/m3. Les niveaux de CO2, NO2 et CO, dans cette classe, étaient respectivement de 688 ppm, 0 ppm et 5,3 ppm, soit très inférieurs aux valeurs-plafonds mentionnées par le compte-rendu, lesquelles s'établissent respectivement à 1000 ppm, 20 ppm pour une heure d'exposition et 10 ppm pour 8 heures d'exposition. Des prélèvements ont été également pratiqués dans la classe et sur deux murs du couloir adjacent afin de rechercher la charge fongique et les résultats se sont révélés positifs pour le seul couloir. L'organisme " Capt'air Bretagne " a enfin préconisé d'obstruer parfaitement le " trou " constaté dans le mur de la salle de classe dès lors que " les particules fines provenant de l'isolation sont a minima irritantes ". Les travaux d'obstruction du trou en question ont été réalisés le 7 avril 2017.
18. Mme D doit être regardée comme soutenant que l'existence d'une béance dans sa salle de classe jusqu'en avril 2017 est constitutive d'un défaut d'entretien normal du bâtiment accueillant l'école primaire et que ce défaut d'entretien normal est la cause nécessaire des pneumopathies répétées qu'elle a contractées fin 2016 et, plus généralement, de la dégradation de son état de santé.
19. Toutefois, il résulte des éléments de fait mentionnés ci-dessus que, d'une part, les prélèvements opérés le 23 mars 2017 dans l'air de la salle de classe de Mme D n'ont pas révélé des valeurs, notamment de COV, supérieures aux plafonds admissibles. D'autre part, la seule contamination fongique détectée concernait des murs d'un couloir, à l'intérieur duquel il n'est pas établi que Mme D ait été amenée à travailler ou à rester de manière pérenne.
20. Ainsi, il ne peut certes être exclu que, entre la fin de l'année 2016 et le mois d'avril 2017, Mme D ait été exposée à des " courants d'air " ainsi qu'à des particules de laine de verre dans une proportion supérieure à ce qui aurait été le cas en l'absence d'un " trou " sur l'un des murs de sa salle de classe. Mais il n'est pas établi qu'une telle circonstance ait été, d'une quelconque manière, la cause de la dégradation de son état de santé, entre la fin de l'année 2016 et le début de l'année 2017 notamment. Autrement dit, il n'est pas établi qu'un lien de causalité existe entre le défaut allégué d'entretien normal de l'école primaire et les préjudices invoqués, lesquels sont présentés comme étant en lien avec la dégradation de santé de Mme D.
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat pour faute :
21. En premier lieu, Mme D soutient que sa maladie a été reconnue imputable au service depuis le 7 mars 2018 mais que sa situation n'a été régularisée au plan financier que le 28 novembre 2019. Toutefois, ni elle ni aucun autre membre de sa famille ne justifient d'un préjudice patrimonial ou personnel lié à ce retard allégué.
22. En deuxième lieu, Mme D soutient que la responsabilité pour faute de l'administration est engagée dès lors que celle-ci a manqué à son devoir de préservation de l'hygiène et de la sécurité au travail, énoncé à l'article 23 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983. Elle ajoute que les services du rectorat n'ont pas été diligents après qu'elle eut signalé la présence d'un " trou ", qu'elle estimait dangereux, dans sa salle de classe et en déduit qu'elle a subi, de ce fait, des préjudices. Toutefois, ce moyen doit, en tout état de cause, être écarté par les motifs exposés aux points 19 et 20 ci-dessus.
23. En troisième lieu, Mme D prétend que sa hiérarchie ne lui a pas permis de consulter son dossier administratif dans des conditions adaptées et qu'elle n'a pas été reçue en entretien par sa hiérarchie. Toutefois, d'une part, ce moyen manque en fait. D'autre part, aucun lien de causalité n'existe entre la faute ainsi invoquée et les préjudices allégués, lesquels, ainsi qu'il a été souligné, sont présentés par Mme D et les autres requérants comme étant la seule conséquence de l'état de santé de celle-ci.
24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que, sur leur fondement, une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : Le recours de Mmes et MM. D est rejeté.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D, à M. E D, à Mme C D, à Mme B D, à M. A D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Rennes.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
Le président-rapporteur,
signé
T. JounoL'assesseur le plus ancien,
signé
E. Albouy
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2003608
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026