mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2003729 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | DOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 août 2020 et 6 janvier 2022,
M. D C, représenté par Me Douard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur l'a sanctionné de l'exclusion temporaire de fonction d'une durée de 15 jours dont 11 avec sursis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en réparation de ses préjudices ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision attaquée ;
- la saisine du conseil de discipline est irrégulière : il n'est pas justifié de la compétence de la préfète de la zone de défense et de sécurité Ouest pour saisir le conseil de discipline et si le rapport de saisine comporte la qualité et une signature, toutefois il manque le nom et le prénom du signataire ;
- la décision attaquée méconnait le principe du non bis in idem ;
- la sanction est disproportionnée, dans la mesure où il n'a pas manqué à son devoir de loyauté, qu'elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits quant au devoir de rendre compte et d'une erreur d'appréciation ;
- il a subi de réels préjudices du fait de la décision de l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- M. A était compétent tour adopter la décision litigieuse ;
- Mme B était bien compétente pour signer le rapport de comparution devant le conseil de discipline, alors même que son nom n'était pas mentionné, en outre cette absence n'a pas eu d'incidence sur le sens de la décision ;
- la circonstance que la sanction lui ait été notifiée deux fois n'atteste pas que les mêmes faits ont été sanctionnés deux fois ;
- M. C a sciemment manqué de se rendre à la convocation du 5 mars 2019 et en tout état de cause les faits dont la matérialité et le caractère fautif ne sont pas contestés suffisent à justifier la sanction ;
- les précédentes sanctions adoptées à l'encontre du requérant pouvaient être prises en considération pour apprécier le niveau de la sanction à infliger et le rapport de comparution mentionne les félicitations précédemment obtenues par M. C ;
- la sanction est proportionnée : les faits reprochés sont établis par les pièces du dossier, M. C a manqué à ses obligations statutaires et déontologiques, les faits, médiatisés, ont porté atteinte au crédit et au renom de la police nationale.
Par un courrier du 8 juin 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. C tendant à la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 1 000 euros en réparation de ses préjudices en raison de l'absence de l'intervention d'une décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;
- le décret n° 95-1197 du 6 novembre 1995 ;
- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- l'arrêté du 30 décembre 2005 portant déconcentration en matière de gestion des fonctionnaires actifs de services de la police nationale ;
- l'arrêté du 6 juin 2006 portant règlement général d'emploi de la police nationale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique,
- et les observations de Me Douard, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, gardien de la paix depuis le 1er décembre 2001, a été affecté le 1er septembre 2017 à la circonscription de sécurité publique de Rennes (35), en brigade de nuit. Le 9 novembre 2018, vers 1h30, il est intervenu avec un équipage dans le jardin d'un pavillon
pour contrôler un individu suspect qui, s'avérant être chez lui, se rebellait en injuriant les policiers qui l'immobilisaient au sol. Le père de cet individu est alors sorti pour prendre la défense de son fils. Lorsque les policiers s'apprêtaient à quitter les lieux, le fils est revenu pour les filmer, et a porté des coups sur la carrosserie du véhicule de service. Sur ordre de son chef de bord, officier de police judiciaire, M. C a poursuivi le père et le fils à l'intérieur de leur domicile. Un collègue de M. C, qui l'accompagnait a fait usage d'arme lacrymogène dans le salon, puis à nouveau dans l'allée en sortant du domicile. M. C avec ses collègues ont quitté les lieux sans intervenir. Par la suite, il a rédigé un rapport en ne mentionnant pas la réalité des faits, notamment les détails de l'intervention au domicile, visant à se dédouaner et à justifier faussement l'usage du gaz lacrymogène par son collègue. En outre, il a déposé plainte avec ses collègues, contre le père et son fils pour outrage, rébellion et dégradation de bien public. Les père et fils, ont de leur part déposé également plainte auprès de la gendarmerie contre les policiers pour violation de domicile, violences volontaires aggravées et dégradations de biens privés. Le 19 novembre 2018, l'inspection générale de la police nationale (IGPN) a donné mission à sa délégation de Rennes de diligenter une enquête administrative. Par un jugement du 3 septembre 2019, le tribunal correctionnel de Rennes a condamné M. C à trois mois d'emprisonnement avec sursis. Le 9 septembre 2019, le préfet de la zone de défense et de sécurité Ouest l'a convoqué devant la commission administrative paritaire devant se réunir en formation disciplinaire le 10 octobre 2019. A l'issue de sa réunion du 10 octobre 2019, le conseil de discipline a émis à l'unanimité un avis sur la sanction d'exclusion de fonctions de quinze jours dont onze avec sursis. Par un arrêté du 2 juin 2020, dont M. C demande l'annulation, le ministre de l'intérieur lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de ses fonctions d'une durée de quinze jours dont onze avec sursis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration. ".
3. Aux termes de l'article 2 du décret 25 octobre 1984 : " L'organisme siégeant en conseil de discipline () est saisi par un rapport émanant de l'autorité ayant pouvoir disciplinaire ou d'un chef de service déconcentré ayant reçu délégation de compétence à cet effet ". Selon l'article 4 du décret du 6 novembre 1995 : " Le pouvoir de prononcer les sanctions disciplinaires du premier groupe ainsi que le pouvoir de saisir les commissions administratives paritaires locales siégeant en conseil de discipline peut être délégué, par arrêté du ministre de l'intérieur, aux préfets et, dans la zone de défense et de sécurité de Paris, au préfet de police ". Selon l'article 3 de l'arrêté du 30 décembre 2005 : " Les préfets, et, dans la zone de défense et de sécurité de Paris, le préfet de police ainsi que le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie reçoivent délégation pour saisir les commissions administratives paritaires locales siégeant en conseil de discipline, citées aux deuxième et troisième alinéas précédents. ".
4. Il ressort de l'examen du rapport de comparution devant le conseil de discipline que s'il comporte la mention selon laquelle il est signé par " la préfète ", il n'y est nullement fait mention du prénom et nom du signataire. En outre, ni la signature manuscrite, qui est illisible, ni aucune autre mention de ce document ne permettent d'identifier la personne qui en est l'auteur. Par suite, ce rapport est entaché d'illégalité. Dès lors et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu de prononcer l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a sanctionné M. C de l'exclusion temporaire de fonction d'une durée de 15 jours dont 11 avec sursis.
Sur les conclusions indemnitaires :
5. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
6. Il ne résulte pas de l'instruction que M. C aurait formulé une demande préalable tendant à l'indemnisation de son préjudice dont il se dit victime ni qu'il aurait adressé une telle demande à l'administration à fin de régularisation. Il en résulte que les conclusions indemnitaires présentées par M. C doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 2 juin 2020 est annulé.
Article 2 : L'État versera à M. C la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Moulinier, premier conseiller,
M. Grondin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
Y. E
Le président
Signé
G. Descombes
Le greffier,
Signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026