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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2003782

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2003782

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2003782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2020, sous le n° 2003782, l'Association pour l'Application de la Loi Littoral dans le Pays d'Auray (AALLPA) demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 5 mars 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune du Palais a approuvé le plan local d'urbanisme ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Palais le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération méconnaît les dispositions de l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme ;

- les modifications apportées après l'enquête publique portent atteinte à l'économie générale du projet de plan local d'urbanisme ;

- la délibération méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme en tant qu'elle classe en zone UC les lieudits de Bordardoué, Port-Salio et Bordustard ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-13 du code de l'urbanisme en tant qu'elle classe en zone UBa certaines parcelles du lieudit La Ramonette ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-22 du code de l'urbanisme en tant qu'elle prévoit une opération d'aménagement et de programmation n° 10 classée en zones 1AU et 1AUe dans une coupure d'urbanisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2021, la commune du Palais, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'AALLPA le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 septembre 2020 et le 17 mars 2022, sous le n° 2003815, l'association Les amis des chemins de ronde du Morbihan, représentée par le Cabinet Busson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 5 mars 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune du Palais a approuvé le plan local d'urbanisme ;

2°) d'annuler la décision rejetant son recours gracieux ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Palais le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération méconnaît les dispositions de l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme ;

- les modifications apportées après l'enquête publique portent atteinte à l'économie générale du projet de plan local d'urbanisme ;

- la délibération méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme en tant qu'elle classe en zone UC les lieudits de Bordardoué, Port-Salio et Bordustard ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-13 du code de l'urbanisme en tant qu'elle classe en zone UBa certaines parcelles du lieudit La Ramonette ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-22 du code de l'urbanisme en tant qu'elle prévoit une opération d'aménagement et de programmation n° 10 classée en zones 1AU et 1AUe dans une coupure d'urbanisation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 29 septembre 2021 et le 4 avril 2022, la commune du Palais, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'association Les amis des chemins de ronde du Morbihan le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que l'association ne justifie pas de son intérêt à agir contre la délibération en litige au regard de ses statuts ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique dit loi ELAN ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Mme B, représentant l'AALLPA, de Me Lemire, du Cabinet Busson, représentant l'association Les amis des chemins de ronde du Morbihan, et de Me Guil, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune du Palais.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération en date du 23 avril 2019, le conseil municipal de la commune du Palais a arrêté le projet de plan local d'urbanisme, puis, il l'a approuvé par une délibération du 5 mars 2020. Par les deux requêtes, enregistrées au tribunal les 4 et 7 septembre 2020, l'Association pour l'Application de la Loi Littoral dans le Pays d'Auray et l'association Les amis des chemins de ronde du Morbihan demandent l'annulation de cette dernière délibération.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune du Palais dans l'instance n° 2003815 :

2. Si la commune soutient que l'action dirigée contre le plan local d'urbanisme du Palais ne se rattache à aucun but statutaire de l'association Les amis des chemins de ronde du Morbihan dont l'objet principal est la sauvegarde des chemins, passages et sentiers publics côtiers, il ressort des statuts de cette association versés aux débats qu'elle entend également " veiller à la préservations des sites " parcourus par les sentiers et à la préservation de " l'environnement des chemins " et à la préservation du " patrimoine paysager de l'ensemble du territoire des communes littorales et communes d'estuaires du Morbihan ". Il en résulte que la commune du Palais n'est pas fondée à soutenir que l'objet de l'association serait limité à la seule protection des chemins alors que les extraits des statuts précités justifient d'un intérêt à agir recouvrant également les espaces naturels que traversent les sentiers. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune du Palais ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme :

3. Aux termes du second alinéa de l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme, ajouté à cet article par la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Le schéma de cohérence territoriale précise, en tenant compte des paysages, de l'environnement, des particularités locales et de la capacité d'accueil du territoire, les modalités d'application des dispositions du présent chapitre. Il détermine les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés prévus à l'article L. 121-8, et en définit la localisation ".

4. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction résultant de l'entrée en vigueur de la loi du 23 novembre 2018 : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. / L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages. ".

5. Aux termes de l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme : " Les zones urbaines sont dites "zones U". Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter ".

6. Aux termes du préambule de la zone UC du règlement du plan local d'urbanisme : " La zone UC correspond aux entités urbaines identifiées du Palais dont l'enjeu d'intégration avec la zone agricole et naturelle est primordial. / Suite à la promulgation de la loi Elan, seules les extensions limitées des constructions sont autorisées. / La possibilité de réaliser des constructions nouvelles au sein des zones Uc est conditionnée à l'identification ultérieure et à la reconnaissance par le schéma de cohérence territoriale du Pays d'Auray ". Aux termes de l'article UC1 du règlement de plan local d'urbanisme : " Sont seuls autorisés : / - L'extension mesurée des habitations existantes dans la zone dans les conditions suivantes : / - sans élévation du bâtiment principal, en continuité du volume existant, / - que l'extension ne crée pas de logement nouveau et n'excède pas 50% par rapport à l'emprise au sol du bâtiment existant à la date d'approbation du présent plan local d'urbanisme dans la limite de 50m2 ; / - selon les règles de réciprocité de l'article L. 666-3 du code rural et de la pêche maritime ; / - sous condition d'une bonne intégration paysagère à l'environnement bâti existant. ".

7. En l'espèce, la commune du Palais fait partie de la communauté d'agglomération du Pays d'Auray dont le schéma de cohérence territoriale a été approuvé le 14 février 2014. Il est constant que ce document n'avait été ni modifié ni révisé, à la date d'approbation du plan local d'urbanisme en litige le 5 mars 2020, pour mettre en œuvre et déterminer les critères d'identification des secteurs déjà urbanisés prévus à l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dans sa rédaction résultant de l'entrée en vigueur de la loi du 23 novembre 2018.

8. Par ailleurs, il ressort des pièces des dossiers, et ainsi que le relèvent les associations elles-mêmes, que le secteur de Bordardoué compte 22 habitations, celui de Port-Salio 25 habitations et celui de Bordustard 80 habitations. Si ces espaces construits ne présentent ni un nombre, pour les deux premiers seulement, ni une densité significatifs de constructions permettant de les qualifier de village au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, ils ont pu être qualifiés par les auteurs du plan local d'urbanisme d'" entité urbaine ", sans autre précision, cette dénomination n'étant pas réservée à des groupements de constructions répondant nécessairement aux critères de détermination des villages et agglomérations.

9. Par ailleurs, il résulte des dispositions précitées du règlement de la zone UC que, contrairement aux droits à construire pouvant être accordés en secteur déjà urbanisé, tel que défini par les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, les constructions nouvelles sont interdites en zone UC et que seules des extensions limitées des constructions existantes y sont autorisées.

10. Dans ces conditions, alors qu'aucune disposition du code de l'urbanisme n'interdit de classer en zone urbaine des secteurs dans lesquels seules les extensions sont autorisées, les associations requérantes ne sont pas fondées à soutenir que les dispositions de l'article UC1 permettraient de densifier les secteurs classés en zone UC, en méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 121-3 et L. 121-8 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'existence de modifications du projet de plan local d'urbanisme portant atteinte à l'économie général du plan local d'urbanisme :

11. Aux termes de l'article L. 153-43 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête publique, ce projet, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par délibération de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale ou du conseil municipal. ".

12. Il est loisible à l'autorité compétente de modifier le plan local d'urbanisme après l'enquête publique, sous réserve, d'une part, que ne soit pas remise en cause l'économie générale du projet et, d'autre part, que cette modification procède de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.

13. En l'espèce, d'une part, la commission d'enquête a émis, à l'issue de l'enquête publique, un avis favorable au projet de plan local d'urbanisme arrêté, sous réserve d'introduire en zone UC une disposition soumettant les demandes d'autorisation de constructions et installations nouvelles au régime dérogatoire prévue par la loi ELAN. Pour lever cette réserve, la commune du Palais a complété en ce sens le règlement de la zone UC. La modification du projet arrêté après l'enquête publique procède ainsi de cette même enquête.

14. En outre, il est constant qu'à l'issue de l'enquête publique, le préambule du règlement de la zone UC a été complété par un paragraphe disposant que " Suite à la promulgation de la loi Elan, seules les extensions limitées des constructions sont autorisées. La possibilité de réaliser des constructions nouvelles au sein des zones Uc est conditionnée à l'identification ultérieure et à la reconnaissance par le schéma de cohérence territoriale du Pays d'Auray. ".

15. D'une part, de telles précisions, ne figurant qu'au préambule de la zone UC, dépourvu de toute portée juridique, ne sauraient être regardées comme portant atteinte à l'économie générale du projet de plan local d'urbanisme dès lors que ces termes à caractère informatif se limitent à préciser que seule une localisation des lieudits de la zone UC en tant que secteurs déjà urbanisés par le schéma de cohérence territoriale permettrait d'y admettre les constructions nouvelles.

16. D'autre part, comme le fait valoir la commune en défense, la superficie des trois zones UC concernées ne représente qu'environ 0,32 % du territoire communal et la modification les concernant ne peut ainsi être regardée comme ayant porté atteinte à l'économie générale du projet de plan local d'urbanisme.

17. Enfin, la circonstance que les lieudits de Port-Salio et Bordardoué se situent à l'intérieur du périmètre des espaces proches du rivage et qu'ils ne peuvent, en conséquence, faire l'objet d'une identification en tant que secteur déjà urbanisé est à cet égard sans influence au regard du moyen tel qu'invoqué par les associations requérantes. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme en tant que la délibération du 5 mars 2020 classe en zone UC et en secteurs déjà urbanisés les lieudits de Bordardoué, Port-Salio et Bordustard :

18. Les associations requérantes ne peuvent utilement soutenir que les zones UC des secteurs de Bordardoué et de Port Salio seraient situées en espaces proches du rivage et que le secteur UC de Bordustard, se trouverait hors espace proche du rivage, et retiendraient une enveloppe qui ne serait pas limitée au périmètre déjà bâti dès lors que la délibération en litige du 5 mars 2020 ne peut, ainsi qu'il a été dit au point 15, être regardée comme ayant entendu classer ces trois lieudits en secteurs déjà urbanisés au titre de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme tel qu'il résulte de la loi ELAN.

19. En outre, si les associations requérantes font valoir qu'une partie de la zone agricole restante pourrait servir d'exutoire et d'espace récepteur pour les installations d'assainissements des secteurs de Bordustar, Port Salio et Bordardoué, d'une part, cette circonstance, à la supposer établie, n'est pas de nature à démontrer une méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. D'autre part, la commune fait valoir sans être sérieusement contredite que le zonage UC implique la mise aux normes des zonages d'assainissement dans la limite de 20 mètres de la construction principale sans augmenter l'enveloppe urbaine de la zone UC. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de des articles L. 121-8, L. 121-13 et L. 121-16 du code de l'urbanisme en tant qu'elle classe en zone UBa certaines parcelles du lieudit La Ramonette :

20. Aux termes de l'article L. 121-13 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage () est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. / Toutefois, ces critères ne sont pas applicables lorsque l'urbanisation est conforme aux dispositions d'un schéma de cohérence territoriale () ". Aux termes de l'article L. 121-16 du même code : " En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont interdites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage ou des plus hautes eaux pour les plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement ".

21. Une opération qu'il est projeté de réaliser en agglomération ou, de manière générale, dans des espaces déjà urbanisés ne peut être regardée comme une " extension de l'urbanisation " au sens de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme que si elle conduit à étendre ou à renforcer de manière significative l'urbanisation de quartiers périphériques ou si elle modifie de manière importante les caractéristiques d'un quartier, notamment en augmentant sensiblement la densité des constructions. La seule réalisation dans un quartier urbain d'un ou plusieurs bâtiments qui est une simple opération de construction ne peut être regardée comme constituant une extension de l'urbanisation au sens de la loi.

22. Aux termes de l'article UB1 du plan local d'urbanisme : " Hors espace urbanisé de la bande des 100 mètres, les constructions, extensions de constructions existante, installations ou changements de destination sont interdits. Cette interdiction ne s'applique pas aux bâtiments nécessaires à des services publics ou à des activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau et notamment à l'atterrage des canalisations et à leurs jonctions nécessaires à l'exercice des missions de service public. ". Aux termes de l'article UB2.1 : " Dans le secteur UBa, l'emprise au sol des constructions est limitée à 60% de l'unité foncière. ". Il résulte de ces dispositions que les constructions nouvelles sont autorisées en zone UBa, laquelle recouvre notamment le secteur de La Ramonette.

23. S'il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande d'autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la conformité du projet avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral, il résulte des dispositions précitées, que, s'agissant d'un plan local d'urbanisme, il appartient à ses auteurs de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de sa compatibilité avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral. Dans le cas où le territoire concerné est couvert par un schéma de cohérence territoriale, cette compatibilité s'apprécie en tenant compte des dispositions de ce document relatives à l'application des dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral, sans pouvoir en exclure certaines au motif qu'elles seraient insuffisamment précises, sous la seule réserve de leur propre compatibilité avec ces dernières.

24. Il ressort des pièces des dossiers que le schéma de cohérence territoriale du Pays d'Auray a été approuvé le 14 février 2014, soit antérieurement au plan local d'urbanisme de la commune du Palais approuvé par la délibération contestée du 5 mars 2020. Le schéma de cohérence territoriale du Pays d'Auray met en œuvre les dispositions particulières de la loi littoral, précisant notamment au titre de l'action 2, les modalités d'application de la continuité de l'urbanisation et des notions de " villages " et " d'agglomération ". Ainsi, " la définition de village est établie en combinant les critères non exhaustifs suivants: / - présence d'un noyau et d'une trame urbaine traditionnelle ou hiérarchisée (caractère principal), / - présence d'un nombre significatif de constructions héritées de la centralité passée du site, / - présence d'équipements et de lieux de vie : le site doit alors permettre un développement qui fasse jouer un rôle actif dans le projet communal : il doit s'agir d'un enjeu différent d'une opportunité de quelques constructions. ". L'agglomération, quant à elle, est définie " comme étant un ensemble urbain de taille significative (dont chefs-lieux de commune) disposant d'un cœur d'habitat dense et regroupé, comprenant des services, des activités et/ou des équipements. ". Enfin, le schéma de cohérence territoriale du Pays d'Auray explicite la notion de continuité urbaine qui " peut être constituée parfois : / - par un ouvrage d'infrastructure linéaire dont l'effet doit être apprécié au cas par cas, / - un espace naturel significatif qui n'assumerait pas une fonction sociale, récréative ou environnementale au sein d'un ensemble urbain constitué à terme (telle qu'une coulée verte urbaine par exemple), / - un ensemble de constructions organisé de façon lâche et diffuse bien qu'il soit en continuité dans un espace plus dense (village ou l'agglomération). ". Une cartographie annexée page 102 au plan local d'urbanisme identifie Le Palais comme un village au sens de ces notions.

25. En outre, au titre de l'action n° 4 " Gérer la notion d'extension limitée dans les espaces proches du rivage ", le document d'orientation et d'objectifs précise que " Les espaces proches du rivage sont déterminés en croisant les critères suivants, qui émanent de la jurisprudence : / - la co-visibilité avec la mer, critère principal, qui peut être corrigé à la hausse ou à la baisse en fonction des autres critères suivants, / - la distance par rapport au rivage, / - la nature et l'occupation de l'espace (urbanisé, naturel, existence d'une coupure liée à une infrastructure,) où la présence d'un espace remarquable au sens de la loi littoral peut constituer un indice déterminant. ". Le document cartographique des modalités d'application de la loi littoral inclut le secteur de La Ramonette en espace proche du rivage.

26. Il résulte de ces dispositions que le schéma de cohérence territoriale du Pays d'Auray met en œuvre les dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-13 du code de l'urbanisme au titre des actions 2 et 4 et qu'il doit être tenu compte de ces dispositions, qui ne sont elles-mêmes pas incompatibles avec les dispositions particulières au littoral, afin d'apprécier la compatibilité du plan local d'urbanisme en cause au regard des dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-13 du code de l'urbanisme.

27. Il ressort des pièces des dossiers que le lieu-dit La Ramonette, se trouve dans un secteur comportant moins d'une dizaine de constructions. Ce secteur est nettement séparé des lieux-dits Bordilla et Port Halan, à l'ouest, par une voie communale et un vaste espace à dominante naturelle et boisée et, au sud, par la même voie qui se prolonge et délimite une surface peu dense qui ne comprend que quelques constructions isolées situées sur de grandes parcelles. Il est, également, séparé de l'agglomération située au nord par un espace à dominante naturelle et boisée, puis par les murs d'enceinte de la ville fortifiée, au-delà de la porte de Locmaria. Par suite, les associations requérantes sont fondées à soutenir que le classement en zone UBa du lieudit La Ramonette méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

28. Ainsi qu'il vient d'être dit, ce même secteur étant compris dans un secteur d'urbanisation diffuse qui ne se trouve pas en continuité avec les agglomérations ou villages existants, son classement en zone UBa est également susceptible de permettre des extensions illégales de l'urbanisation, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme.

29. En revanche, dès lors que le règlement littéral de la zone UBa n'autorise pas, " Hors espace urbanisé de la bande des 100 mètres ", les constructions, extensions de constructions existante, installations ou changements de destination, le classement dans une telle zone ne peut être regardé comme étant illégal au regard des dispositions de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme.

30. Par ailleurs, aux termes du plan local d'urbanisme en litige, les secteurs de Penecam/Le Gouerch sont classés respectivement en zones 1AU correspondant au " secteur d'accueil des nouveaux logements dont les opérations devront s'effectuer sous la forme d'une opération d'ensemble " et 1AUe correspondant au " secteur destiné aux équipements d'intérêt collectif du Palais et plus spécifiquement les équipements sportifs et de loisirs ".

31. Or, il ressort des pièces des dossiers et notamment des photographies aériennes comme des plans produits par les requérantes que la zone 1AU, faisant l'objet de l'orientation d'aménagement et de programmation n° 10, se situe au sud du quartier de Bordilia et s'étend sur un vaste espace compris entre une grande surface commerciale au nord, le collège Michel Lotte au sud-ouest qui se prolonge par plusieurs bâtiments et terrains à vocation sportive. A l'ouest comme à l'est, la zone principale classée en 1AU borde le lotissement densément construit de la rue de La Grande Prairie et plus au sud, un groupe d'une dizaine de construction desservies par la rue Pénécam et une vingtaine de maisons disposées linéairement le long de la rue de Borthelo.

32. Il en résulte, en dépit d'une densité parfois peu élevée en raison de la présence de plusieurs équipements publics ou commerces majeurs et de grande taille, que la zone 1AU doit être regardée comme se trouvant en continuité d'espaces urbanisés au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

33. S'agissant de la zone 1AUe de l'orientation d'aménagement et de programmation n° 10, l'environnement dans lequel elle se situe ne présente pas les mêmes caractéristiques. Il ressort à cet égard des pièces des dossiers comme des données issues du site Géoportail que la zone 1AUe est bordée à l'ouest par un espace composé de deux bâtiments importants abritant des salles dédiées aux activités sportives ainsi que de plusieurs cours de tennis et d'un terrain de sports de ballon. Au sud, de l'autre côté de la rue du Gouerch qui constitue la limite du zonage 1AUe, le lieudit du même nom ainsi que celui de Borthélo regroupent plus d'une soixantaine de constructions organisées selon une densité variable mais globalement significative, notamment autour de la route de Bergarosse.

34. S'il est constant que la zone 1AUe jouxte dans sa partie sud-est une zone naturelle humide, celle-ci est préservée par un zonage Nzh, et la ZNIEFF de type 2 de Belle-Ile-en-mer, située à proximité, est séparée de la zone 1AUe d'une distance de plus de 50 mètres et par la route de Borthélo.

35. Dans ces conditions, au regard de la configuration du site, de la nature et des dimensions des constructions présentes dans ce secteur, la zone 1AUe doit être regardée comme étant située dans le prolongement des quartiers urbanisés au sud de l'agglomération du Palais. Ce moyen doit ainsi être écarté en toutes ses branches.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de de l'article L. 121-22 du code de l'urbanisme en tant qu'elle prévoit une orientation d'aménagement et de programmation dans une coupure d'urbanisation :

36. Aux termes de l'article L. 121-22 du code de l'urbanisme : " Les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme doivent prévoir des espaces naturels présentant le caractère d'une coupure d'urbanisation. ".

37. Les coupures d'urbanisation que l'article L. 121-22 du code de l'urbanisme impose de prévoir dans les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme ont pour finalité de s'opposer à l'urbanisation continue des zones agglomérées bordant le littoral en préservant, au sein ou à proximité de ces zones, des espaces demeurés à l'état naturel et qui ne seraient pas déjà protégés à cet égard à un autre titre.

38. Aux termes de l'action n° 3 " Mettre en œuvre des coupures d'urbanisation littorales ", les auteurs du schéma de cohérence territoriale ont indiqué que " L'objectif est de prévoir des espaces de respiration entre les espaces urbanisés le long du littoral. Ceci doit permettre de maitriser la capacité d'accueil des espaces littoraux, en maintenant des espaces agro-naturels de taille suffisante et en valorisant les spécificités paysagères des espaces littoraux. Ces espaces, pour jouer leur rôle, doivent avoir une certaine profondeur. ". En outre, il est précisé que " Les coupures sont réalisées à une échelle schéma de cohérence territoriale et leur dessin peut être affiné à l'échelle des plan local d'urbanisme, afin de ne comprendre aucun espace urbanisé. Elles ne constituent que les coupures structurantes à l'échelle du schéma de cohérence territoriale ; les plan local d'urbanisme peuvent prévoir d'autres coupures, plus petites. ". La carte des modalités d'application de la loi littoral figure par un tracé en courbe de couleur jaune une coupure d'urbanisation qui entoure l'agglomération du Palais en passant par les lieudits La Roserière au nord et Port Guen au sud.

39. Il résulte de ces dispositions que le schéma de cohérence territoriale du Pays d'Auray met en œuvre les dispositions de l'article L. 121-22 du code de l'urbanisme au titre de l'action 3 et qu'il doit être tenu compte de ces dispositions, qui ne sont elles-mêmes pas incompatibles avec les dispositions particulières au littoral, afin d'apprécier la compatibilité du plan local d'urbanisme en cause au regard des dispositions de l'article L. 121-22 du code de l'urbanisme.

40. En l'espèce, en raison de l'absence d'une coupure d'urbanisation identifiée par le schéma de cohérence territoriale et de la configuration des lieux, marquée notamment par la présence de constructions sur les parcelles situées de part et d'autre de cette zone ainsi que par la présence d'une route départementale n° 190 longeant ces terrains et les équipements publics scolaires et sportifs mentionnés précédemment et de la route de Borthélo, cet espace enherbé faisant l'objet de l'orientation d'aménagement et de programmation n° 10 et classé en zones 1AU et 1AUe ne présente pas, par sa situation et ses caractéristiques, le caractère d'une coupure d'urbanisation au sens de l'article L. 121-22 du code de l'urbanisme précité. Par suite, ce moyen doit être écarté.

41. Il résulte de tout ce qui précède que les associations requérantes sont seulement fondées à demander l'annulation du classement du lieudit La Ramonette en zone Uba, en tant que le règlement y autorise les constructions nouvelles.

Sur les frais liés au litige :

42. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les associations requérantes, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent à la commune du Palais une somme que celle-ci demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

43. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune du Palais le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à l'association Les amis des chemins de ronde du Morbihan au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

44. Il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune du Palais le paiement d'une somme de 400 euros à verser à l'Association pour l'Application de la Loi Littoral dans le Pays d'Auray au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La délibération du 5 mars 2020 est annulée en tant qu'elle classe le lieudit La Ramonette en zone Uba dont le règlement autorise les constructions nouvelles.

Article 2 : La commune du Palais versera à l'association Les amis des chemins de ronde du Morbihan la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La commune du Palais versera à l'Association pour l'Application de la Loi Littoral dans le Pays d'Auray la somme de 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune du Palais au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à l'association Les amis des chemins de ronde du Morbihan, à l'Association pour l'Application de la Loi Littoral dans le Pays d'Auray et la commune du Palais.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

F. A

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2003782, 2003815

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